JoBué, cap
Nous n'en connaissons pas d exemple cependant, et sur les deux fonds de Terre où nous la voyons nimbée pour la première fois, il est à remarquer qu'elle est représentée en Orante, c^est-à^dire dans un râle qui se confond, pour ainsi dire, avec la personnification de l'Église; cette observation s'étend à la figure nimbée de sainte Agnès, qui, représentée dans les mêmes conditions, ne se distingue que par le nom dont elle est accompagnée* Aucune des images primitives de la sainte Viei^, dont M. de Aossi a fait l'objet d'une publication spéciale, ne porte le nimbe ^ et nous ne savons si, à part les deux fonds de verre dont nous venons de parler, il en existe aucune qui, le portant, soit plus ancienne que celle de la mosaïque du v» siècle, è Saint- Apollinaire m Classe de Ravenne : or, là il est commun à Marie et à la nombreuse rangée de Saintes qui, àla suite des Mages, viennent rendre hommage à son divin Fils ^«
Saint Pierre, sous le rapport du nimbe, parait donc avoir été d'abord plus favorisé que Marie, et il en est de même de saint Paul, quand il est associé à saint Pierre. Songez d'ailleurs à la grandeur du ministère de saint Jean-Baptiste dans le baptême de Notre-^igneur,où, pour la première fois, il apparaît nimbé : vous comprendrezaiors que, conformément à son caractère bien connu, l'art chrétien primitif se sôit proposé, dans l'attribution du nimbe, nou pas précisément aucune dignité ou glorification au point de vue personnel, mais plutôt la délégation divine, le ministère sacré, la qualité éminente : la virginité, par exemple, personnifiée dans un Saint ou une Sainte, mais comme un patrimoine de l'Eglise prise en général, et comme exprimant une certaine assimilation avec son divin Chef; et ce serait dans ce sens surtout que l'usage s'en serait étendu successivement à tous les Saints, parce qu'ils font revivre en eux la personne sacrée du Sauveur.
On se rendra mieux compte encore de la signification et de la propagation du nimbe dans l'art chrétien primitif, en comparant son usage avec celui des autres signes d'une valeur analogue, auxquels il finit par se substituer uniquement, et qui ont concouru, par conséquent, à fixer son sens iconographique. Ainsi, sur un fond de verre, le monogramme du Christ, que nous verrons jouer un rôle important dans la formation du Dîmbe crucifère, est appliqué derrière la tête de saint Laurent, assurément comme pour dire de lui alier Christus ^. Sur le sarcophage qui, à l'entrée <le l'église de Saint-Trophime d'Arles, offre la scène du don du volume, tous les apôtres ont la tête surmontée d'une couronne de fleurs ou de
1. Imaçini scelte deUa B* Virgine Maria traite deUe eatacombe. Roma, 1863. S. CiampiDÎ, VeL mon., T. H, pi. xxvii. 3. Gsinicet, Veltri omati, pi. XX, fig. 1.
feuillage (tM>ir notre planche ni, fig. 6). Or, c'est une couronne semblable qui est substituée à la couronne d'épines, sur le sarcophage du musée de Latrah représentant plusieurs scènes de la Passion que nous mettrons (pi. v) sous les yeux de nos lecteurs. Dans un grand nombre d'autres monuments' c'est aussi sous cette forme que la couronne est offerte au Christ vainqueur *.
Lorsque le nimbe prenait, dans TEglise, cette signification divine ou presque divine, il avait acquis le privilège de représenter, dans un certain ordre de monuments civils, dans les monnaies impériales, par exemple, la puissance en général, et plus particulièrement la puissance publique : on cite à cet égard un grand nombre de médailles de Constantin, de Crispus, de Fausta, de Constance >. Les empereurs de Constantinople, dit M. Didron, d'après Montfaucon, ont toujours mis le nimbe à leurs images, jusqu'à la prise de cette ville par Mahomet II, en 1455 ^ ; il ne faut pas plus s'en étonner que de la prodigalité avec laquelle on se servit en Orient du terme de dtvin. Ce terme, les Grecs du Bas-Empire ne le trouvaient même pas suffisant : ces empereurs si souvent destinés à se voir égorgés le lendemain, on ne se contentait pas de les appeler saints et divins, dit le savant Allenuini, on les disait très-saints et très-divins : nam non modo sanctum^ sed sanctissimum et divinimmum^ et nostra diviniias, nottrum numen ^.
Cet usage réagit sur l'iconographie chrétienne proprement dite ; on le comprend d'autant mieux que le nimbe avait été attribué aux empereurs païens, comme il l'était aux empereurs chrétiens, précisément en raison (lu caractère sacré dont on les jiigeait revêtus. Hais il en résulta qu'il fut aussi compris comme un signe d'élévation, d'autorité et de force, quel (fue fût le bon ou le mauvais usage que l'on en fît. En conséquence, revenant à la mosaïque du grand arc de Sainte-Marie-Hajeure» nous ferons observer que deux figures d'Hérode y sont données par Ciampini, comme nimbées : dans l'une , le roi juif est représenté recevant les Mages ; dans l'autre, ordonnant le massacre des Innocents. Pour admettre l'existence de ces nimbes, nous nous rapportons au texte de l'auteur ^, avec une confiance que nous n'aurions pas dans sa seule gravure : d'autant plus que dans celle de Yalentini, exacte d'ailleurs à reproduire tous les autres nimbes, à l'exception de ceux des animaux évangéliques, une des figures
1 . Par les vieillards de TApocalypse, par exemple, T* 1, pi. iv.