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DE LA DROITE ET DE LA GAUCHE

Les considérations posées sur l'ordre de préséance de haut en bas serviront à nous éclairer sur celui qui s'établit de la droite à la gauche. Le chef, le M|)érieiir^ celui qui plaide l'assemblée, celui que Ton

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prétend le plus honorer, étant au milieu, les places les plus honorables ensuite sont les plus rapprochées de lui, et en principe la droite préféra blement à la gauche.

En iconographie, la droite et la gauche s'apprécient par rapport à ce personnage central, ou, à son défaut, par un signe qui le représente, son siège, par exemple. En iconographie chrétienne, Notre-Seigneur est représenté par sa croix, par son monogramme ; sa présence peut encore être sous-entendue, au point central où Ton est accoutumé de la voir, bien qu'il n'y paraisse plus aucun signe. Hors de là, il n'y a plus rien de précis par rapport à la droite et la gauche , car elles peuvent s'entendre de la droite et de la gauche du spectateur, et, s'il n'y a que deux personnages, de lieur droite ou de leur gauche à eux-mêmes : alors celui qui est i gauche pefit, par cela même, être réputé le premier, car donner sa droite, c'est agir comme étant le premier.

La préférence accordée à la droite repose sur un fond d'idées^ communes à tous les temps et à tous les lieux; les écrivains sacrés et l'Eglise se les sont appropriées, et il est impossible d'y voir une appréciation arbitraire. Voyez plutôt ces textes : Sade a dextris mets,,, Dominus a dexfns fuis..., Astitit Regina a dextris tuts».. In sempùemum sedet in dextris tuis... Sedet ad dexteram Patris ^; on pourrait en citer un grand nombre d'autres analogues. Il est facile à constater, en effet, que généralement, dans l'iconographie chrétienne, la droite n'a pas été donnée indifféremment et sans quelque motif de préférence. Mais si la place supérieure par excellence , celle du milieu, a pu être donnée, par circonstance » non pas toujours au premier en dignité, mais à celui que l'on voulait le plus honorer accidentellement, — à peu près comme Assuérus voulut que Mardochée reçût des honneurs pour ainsi dire souverains, sans prétendre pour cela lui céder son trône, ni même Télever avec continuité au rang où demeurait Âmaii, -^ à plus forte raison a-t-on pu donner la droite par une préférence accidentelle, en dehors d'aucun ordre hiérarchique continu. N'est-ce pas ^insi qu'au temps des noces, les jeunes époux reçoivent les. honneurs de la table, préférablement aux anciens delà famille?

Il faut encore considérer qu'en beaucoup de choses, l'ordre hiérarchique n'est pas unique; Tordre de Tautoritéet du commandement n'est pas toujours celui de la dignité, encore moins celui du mérite : un jeune prince, simple officier dans une armée, est militairement inférieur au général, tout en lui demeurant socialement supérieur; le premier dans une assemblée civile ne l'est pas dans une académie; on peut, ainsi, être tous les jours dans le cas de siéger au-dessus de son supérieur et au-

1. Ps. cix, 1, 5; Ps. xuv, 10 ; Epiit. ad Hebr., x, 13; Symbole des Apôtres.

desflOQs de son inférieur, sans que les lois de la hiérarchie aient éprouvé la moindre atteinte : tout dépend de Tordre des idées mises en jeu. Saint Jean-Baptiste est assurément^ parmi les hommes qui ne sont que des hommes, le plus grand de tous, au témoignage même du Sauveur^ : si on s'attache à la notion de l'Eglise , saint Pierre, cependant, sera trèsl^timement placé avant lui. C'est ce qui est arrivé dans la mosaïque de l'oratoire de Saint-Venance (T. I , pi. vu), où saint Jean-Baptiste ne vient qu'après saint PieiTe, bien qu'à ses titres généraux il joigne celui de patron du baptistère dont cet oratoire n'est qu'une dépendance. C'est au contraire non moins légitimement que, dans beaucoup d'autres monuments, il est, avec la sainte Vierge, placé dans une catégorie à part, dans une région plus élevée, immédiatement à côté de Notre-Seigneur, au-dessus de tous les autres Saints, de saint Pierre lui-même : exemple imité par Raphaël dans la Dispute du Saint-Sacrement; que, dans la mosaïque de Saint-Jean de Lalran , il est placé à la droite , saint Pierre étant à la gauche, et cela indépendamment des raisons spéciales qui ont amené d'ailleurs le prince des Apôtres à cette place.

Dans la Cène, si on étudie bien le récit évangélique, on arrivera à cette conclusion que saint Jean, le disciple bien-aimé, y était couché à la droite de Jésus et saint Pierre à sa gauche, de sorte que la tête de saint Jean reposant sur le sein de Jésus, la tête de Jésus aurait reposé sur celui de saint Pierre. La chose est certaine quant à saint Jean, si les convives étaient couchés sur le côté gauche, pour laisser toute liberté au mouvement de la main droite. Saint Pierre étant du côté opposé à saint Jean, on s'explique très-bien que, faisant un mouvement eu arrière, il lui ait adressé un signe, afin que celui-ci demandât quel était le traître, et que saint Jean, pour répondre à ce désir, ait rapproché sa tête du Sauveur, jusqu'à la presser, à la lettre, contre le sein sacré près duquel il reposait.

Cette situation convenait au disciple bien-aimé, à celui qui est le type, parmi les Apôtres, de la vie affective et contemplative; il convenait aussi qu'à ce titre il reçût les honneurs de la table où allait être institué le sacrement d'amour. Saint Pierre, alors, toujours le premier en dignité, cependant, nous semble, de son côté, admirablement placé dans la situation qui lui serait ainsi faite, le Seigneur daignant se reposer en quelque sorte sur lui, comme pour rappeler qu'il Ta choisi pour être le fondement de son Eglise.

Les deux saints Jean de l'Evangile, le précurseur et l'évangéliste, sont chacun le type d'un mode d'excellence particulière, qui leur a valu d'être choisis tour à tour pour être placés en regard de Marie, au-dessus de tous

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