‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 68 sur 216 · Petr., Il, t · texte numérisé non relu

Petr., Il, t

!I8 GUIDE DE l'art GHRÉTIEFf.

SaiDt-Venance ; nous avons vu qu'il était de même appliqué à l'Orante figurant TEglise, sur un sarcophage du musée de Latran ; il devînt plus usuel au moyen âge, et l'on observe dans les mosaïques du xiiP siècle, à Saint-Jean de Latran et à Sainte-Marie-Majeure, tonte une gradation de tailles ménagées de degré en degré, en raison de la subordination des personnages. ^

La figure de Notre-Seigneur, dans le premier de ces monuments, a le double des proportions accordées à la sainte Vierge, à saint Jean-Baptiste et à la série d'ApAtres immédiatement rangés avec elle an-dessous de lui. Au milieu d'eux, saint François d'Assise et saiint Antoine de Padoue sont glissés comme furtivement, en des proportions elle^-mémes presque de moitié inférieures d'un nouveau degré. Il en est ainsi du pape Nicolas lY, à genoux aux pieds de la sainte Vierge, comme auteur du monument, tandis que les artistes auquel il en avait confié l'exécution. Frère Jacques da Turrita et Frère Jacques de Camerino, religieux franciscains, se sont représentés à leur tour aussi à genoux, mais de beaucoup plus petite dimension, aux pieds de saint Jacques et de saint Barthélemi, dans une rangée inférieure où figurent le surplus des Apôtres.

A Sainte-Marie-Majeure, la sainte Vierge, couronnée par son divin Fils, partage avec lui l'honneur de la taille colossale; saint François et saint Antoine, encore appelés là par les artistes de leur Ordre, et admis cette foi« franchement dans la rangée intermédiaire, ne sont désormais que légèrement inférieurs de taille aux princes des Apdtres ; le troisième degré de taille, très-caractérisé, est réservé uniquement pour le pape Nicolas IV et le cardinal Jacques Colonna. Nous ne parlons pas des Anges qui, dans les deux monuments et dans beaucoup d'autres^ de temps plus ou moins rapproché, sont aussi représentés en figures de petite dimension, non plus par motif de subordination» mais plutôt par raison d'espace et d'&gencement, étant tepus à part des autres personnages : car il est bon de se rappeler, en les voyant, que naturellement on ne les voit pas.

Dans les deux basiliques, on remarque de petites!^ures plus réduites de proportion encore que (outes les autres, et qui se jouent dans une sorte de frise azurée, régnant au-dessous des compositions principales. On reconnaît, parmi elles, le Jourdain personnifié, et ce sont ses eaux qui s'épanchent dans la bande tout entière. On a voulu lui attribuer une idée riante, au moyen de fieurs, d'arbustes, d'animaux, de personnages humains, jetés sur ses bords ou plongés dans son sein ; ce ne sont en euxmêmes que de minimes accessoires, et voilà pourquoi on les a faits si petits.

Au total. Tordre qui repose sur les dimensions des personnages, est plus généralement fondé encore sur celui des idées mises en relief, que sur celui du rang hiérarchique. Les plus élevés en dignité sont représentés les plus grands de dimensioir, parce que, ordinairement, quand on les représente, c'est pour eux-mêmes. Mais quand Tattention doit se porter principalement sur un autre, alors on ne se fait pas plus de scrupule de laisser la figure de Notre-Seigneur plus petite que celle de Tun de ses serviteurs, objet de son assistance, qu'on ne le faisait dans les monuments de Tart primitif. Ainsi, dans le tableau de la Glorification de saint Thomas cHAquin, peint à la fin du xiv® siècle, par Traini, conservé dans l'église de Sainte-Catherine, à Pise, et publié par M. Rosini. dans son HUnnte de la peinture italienne^ l'Ange de l'école surpasse de beaucoup en dimension, non-seulement les papes, les évéques, les fidèles qu'i' iostruit, mais aussi les écrivains sacrés et Notre-Seigneur lui-même, auxquels il emprunte tputes ses lumières.

Ce procédé a été réputé barbare depuis qu'on a prétendu tout représenter par l'imitation de la nature, même les idées^ c'est-à-dire tout ce qu'ily a déplus invisible naturellement. Comment disconvenir cependant qu'on ne saurait , privé de ce moyen, dire tout ce qui peut clairement s'exprimer avec son aide? Nous ne condamnerions donc pas Tartiste qui, l'employant avec sobriété, introduirait ainsi l'expression d'une forte idée de plus dans une composition symbolique.

Il n'est point de notre sujet d'approfondir le mystérieux symbolisme des nombres, et d'en ét(g|ier l'application dans les différentes branches del'art ; il nous suffit de voir quel rôle les nombres jouertl communément dans l'iconographie chrétienne. Le nombre des personnes et des choses y revient souvent comme un moyen facile de dire qui elles sont. C'est par leur nombre de quatre que ces filets ondulés qui, apparaissant sur les flancs de la montagne sainte, se font reconnaître pour les quatre fleuves du Paradis terrestre, représentent les quatre Evangélistes. Le nombre douze est celui' des tribus d'Israël et celui des Apôtres, nombres correspondants, car les douze Apôtres, d'après les paroles de Notre-Seigneur,

doivent juger les douze tribus : par conséquent douze brebis, douze colombes, se rapportent non-seulement à Tune ou à l'autre de ces deux idées, mais mieux encore à Tune et à Tautre tout ensemble. Les douze

tribus représentent Funiversalité du peuple de Dieu, c'est-à-dire l'Eglise en tant qu'enseignée ; les douze Apôtres la représentent par ses cbefs, en tant qu'eux-mêmes ils reçoivent les enseignements du divin Pasteur, pour l&s répandre à leur tour. Douze personnages rangés en conseil, se font, à plus forte raison, reconnaître pour le collège apostolique.

Autel de Saint- Victor , à Marseille (ensemble restitué *).

L'unité par excellence appartient à Dieu ; mais il y a tant de motifs pour ne représenter souvent qu'un seul personnage, ou pour n'en mettre qu'un seul en relief, qu'il n'y a pas lieu de s'y attacher beaucoup, comme ayant une signification iconographique. L'unité, cependant, jointe à l'élévation, dans une position centrale, peut être considérée comme généralement propre ou à Dieu même ou à ceux qui ont des titres particuliers pour être ses représentants avec un caractèro d'excellence : saint Pierre, le chef de l'Eglise, saint Michelje chef delà milice céleste, là sainte Vierge, bénie entre toutes les femmes, et aussi sous ligure de femme, l'Eglise personnifiée.

Le nombre deux est particulier aux princes des Apôtres, saint Pierre

1. Nous donnons Tautel de Saint-Victor de Marseille, tel que le P. Oassy en a propose la restitution.

DlSPOSmONS SYMBOLIQUES. 121

et saint Paul, comme ayant concouru ensemble à la fondation de l'Eglise romaine, comme ayant scellé le même jour leur prédication par le martyre, comme étant les acolytes en service ordinaire du Fils de Dieu. Les saints Pères se plaisent, à Tenvi, à leur appliquer toutes les expressions honorifiques qui reposent sur le nombre deux : ce sont là les deux oliviers choisis, croissant devant le Seigneur ; les deux candélabres sans cesse allumés en sa présence S les deux chérubins de Tarche de la Nouvelle Alliance. Le nombre deux établit une présomption en leur faveur, mais pourvu qu'ils soient d'ailleurs suflSsamment désignés con^ne étant des Apôtres : appliqué à des Anges, quelquefois seulement à des figures imberbes, ce même nombre met sur la voie pour reconnaître saint Michel et saint Gabriel. Un troisième ange, et Ton reconnaît facilement saint Raphaël.

Le nombre trois est le nombre par excellence , réunissant la vertu de l'unité à celle de la multiplicité: aussi est-il le nombre de Dieu. Appliqué i des Apdtres, lorsqu'il s'agit de l'histoire évangélique, il sert à désigner saint Pierre, saint Jacques et saint Jean , spécialement appelés par Notre-Seigneur à l'accompagner^ dans les circonstances les plus impor* tantes de sa vie. Si ce n'était précisément ce nombre trois, appliqué aux brebis placées sous l'auréole centrale dans la mosaïque de Saint-Apollinaire in Classe^ k Ravenne,on ne verrait pas aussi clairement qu'au moyen de cet emblème on a voulu figurer ces trois Apôtres, et glorifier l'instrument du salut, placé au centre de l'auréole, en assimilant son triomphe à celui de la transfiguration : pensée que la présence deMoîseet d'Élie vient confirmer d'une manière indubitable.

Le nombre trois est encore celui des vertus théologales, comme le nombre quatre, celui des vertus cardinales , nombre d'une application très-fréquente à raison de ses rapports symétriques et du besoin de trouver quatre figures correspondantes pour occuper les quatre angles d'un tableau, les quatre pendentifs d'une voûte, les quatre branches d'une croix. Les (juatre Évangélistes s'offrent le plus naturellement pour remplir les conditions voulues ; et c'est en grande partie probablement par on motif d'agencement iconographique, que les quatre Pères de l'Église latine, saint Grégoire le Grand, saint Ambroise, saint Augustin et saint Jérôme, les quatre Pères de l'Église grecque, saint Athanase, saint Jean Chrysostôme,'saint Basile et saint Grégoire de Nazianze, ont été choisis en pareil nombre pour représenter spécialement les Docteurs.

1. Application des paroles de la vision de Zacharie , iv, 3-12, el de celle de TÂpocalypse ,

Tandis que le nombre trois est le nombre divin, le nombre des choses célestes, le nombre du triangle qui s*élance, le nombre quatre est le nombre terrestre, le nombre du carré qui fournit la base la plus solide. A ce titre, il convient aux Évangélistes, car sur eux s'assied la saine doctrine dans ses conditions d'existence temporelle; il convient de même aux Docteurs et aussi aux quatre grands Prophètes; il convient aux vertus cardinales qui sont dans ce monde la base d'une vie bonnéte. Mais, au point de vue pratique oii nous nous sommes placé , nous le considérons surtout comme un nombre commode ; les nombres impairs au contraire le sont pçu, à moins qu'on n'y comprenne le personnage central : alors,

ils renferment aussi toute la vertu de l'unité, et c'est pourquoi leur valeur symbolique est plus élevée.

Le nombre cinq est celui des Vierges sages; mais en leur donnant pour pendant les Vierges folles, on atteint le nombre dix, et l'on revient à la symétrie. Dans une peinture des catacombes ^, on n'a, il est vrai, représenté que les Vierges sages de chaque côté d'une Orante centrale; mais on les a représentées deux fois, tour à -tour, s'avançaot avec leurs lampes allu* mées et assises à la table du festin. Dans la peinture du cimetière de Cyriaque, publiée par M. de Rossi^, ce sont bien les Vierges sages et les Vierges folles que Ton a opposées les unes aux autres de chaque cdté de Notre-Seigneur;et au moyen âge, cette opposition est devenue fréquente dans les sculptures de nos cathédrales.

Le nombre six n'est que d'une application rare, ou plutôt peu précise en iconographie ; nous n'en recherchons pas le motif, ne nous étant pas proposé d'approfondir le mystère des nombres. C'est celui des urnes de Gana; mais les artistes de toutes leà époques se sont peu attachés à te reproduire exactement : ils feraient assurément mieux de s'y conformer. Nous nous occuperons des ailes des séraphins dans la vision d'Isaïe, lorsque nous étudierons l'iconographie des anges.

Le nombre sept est l'un des plus mystérieux, des plus employés dans le langage des livres sacrés : il le doit à ce ({u'il contient le nombre trois et le nombre quatre, c'est-à-dire le nombre pair et le nombre impair parfaits, et à l'idée d'universalité qui s'y attache en conséquence. C'est aussi le nombre de la semaine, le nombre des dons du Saint-Esprit, et des notes de la musique^. Cette similitude n'a pas lieu sans quelques

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