DOCTRINE PAR RAPPORT AUX IMAGES DE DIEU
Mafgré les hautes considérations qui précèdent, toutes les images que nous pouvons faire de Dieu sous figure humaine, en dehors des conditions réalisées par Thumanité du Sauveur, demeurent, non-seulement insuffisantes, ma's radicalement impropres à rendre leur divin modèle, si on prend les choses à la lettre. C'est à ce point de vue que les ont envisagées les Pères du deuxième concile de Nicée, et longtemps après eux^ les
défenseurs des saintes images. S'attacbant à justifier celles qui étaient dans l'Eglise directemeot l'obiel d'un culte » ils ne s'étudièrent ni à comprendre ni à définir la légitimité et l'utilité de ces autres images dont nous avons pris à tâche de nous occuper d'abord, comme formant une catégorie distincte. Saint Jean Damascène va jusqu'à concéder aux iconoclastes, que ce serait une grave erreur, le comble de la démence, de faire aucune image du Dieu ^invisible : Extremœ dementiœ ae impielaih fuerit Deum figurare^. In gravi quidem versaremus ert'ore si wlinvisibilis Dei faceremus imaginem^ etc. 3. Saint Théodore Studite, qui soutenait également la doctrine de l'Eglise par rapport aux images, au ne siècle, dit qu'on ne saurait peindre Dieu, parce qu'on ne peut lui attribuer aucune forme. Nicéphore Cailixte, au xrv« siècle, reprochait encore aux Jacobites, comme une absurdité^ de peindre l'Eternel^. Saint Thomas d'Aquin, s'appuyant de saint Jean Damascène, dit qu'on ne peut faire de lui aucune image corporelle ^.
En effet, les images de Dieu dont il s'agit se justifient, parce qu'elles n'ont pas pour but, précisément, de le représenter, mais seulement d'indiquer, selon le langage de l'art, ou son action ou quelques-uns de ses attributs. Au moyen de cet éclaircissement, on concilie la rigueur des termes que nous venons de citer, avec la prati({ue qui s'était introduite parmi les chrétiens dans le cours du is^ siècle, au plus tard, comme nous leverrons bientôt, mais d'une manière timide encore, si bien que, dans les conditions de la condamnation prononcée le 7 décembre 1690, par le pape Alexandre VIII, contre la proposition contraire, on peut dire que cet usage n'a prévalu que postérieurement au xni* siècle. Jusqu'à cette époque, nous ne rencontrerons aucune figure de Dieu le Père représenté dans la gloire, comme celles auxquelles il semble que se rapporte plus directement la proposition condamnée ^.
La doctrine de l'Eglise, éclaircie sur ce point, lors de la nouvelle controverse sur les images qui s'est élevée au xvi» siècle contre les iconoclastes modernes, a été résumée en termes décisifs, dans la lettre de Benoit XIV à l'évêque d'Augsbourg : a Personne n'ignore, dit-il, que ce serait une < erreur impie, sacrilège, et injurieuse à la nature divine^ de penser que ' le Dieu tout- puissant, tel qu'il est en lui-même, puisse être représenté
1- ŒaTres de saint Jean Damascène, éd. Lequiea, 2 vol. in-ful. Paris, 1712, De Fide orikoâùxa, p. Î80.
2< a., id. Oratio apoloyedoa tertia, p. 2i5.