‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 83 sur 216 · DE88IM DB B088I · texte numérisé non relu

DE88IM DB B088I

Trinité (xii* siècle).

0RAV6 PAR A. FOU.

pas, et la figure du Père ne porte pas l'empreinte d'un âge plus avancé que celle du Fils, conformément à l'usage général du temps.

II est une miniature des Emblemata Biblicaoh, à première vue, on serait tenté de reconnaître une image de Dieu sous figure de vieillard. Sur ce texte d'Isaîe : a Ecce servum meum sumpiam », la miniature représente

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en effet un vieillard qui tient sur ses genoux un enfant. L'enfant porte ]e nimbe crucifère, le vieillard n'a pas même le nimbe simple : ce n*est donc pas Dieu le Père qui est ainsi représenté, mais le prophète qui a prédit la venue de l'Enfant divin.

On en a la preuve dans ce qui suit :1e texte d'Isale est ainsi interprété : In hoc loco loquitur Deus de xp* [Christo) qui assumpsit camem suam et fuit obediens usque ad mortem ; et, en regard de cette interprétation , on voit le Christ mort sur la croix, mais un sceptre à la main ; le Père, au-dessus, soQsune figure d'âge mûr, tend les bras vers lui, et le Saint-Esprit, dans l'espace intermédiaire^ descend sur sa tète.

Le groupe supérieur rappelle un diptyque en ivoire du xiv* siècle, conservé au musée chrétien du Vatican, où, dans un groupe analogue à celui ou nous venons de reconnaître Isaîe, on voit Dieu le Père, sous figure de vieillard ; Dieu le Fils, sous figure d'enfant ; au milieu d'eux, le Saint- Esprit, sous figure de colombe, et les quatre emblèmes évangéliques qui les accompagnent.

Somme toute, au xiv* siècle, si l'on représentait Dieu le Père de cette manière, ce fut encore par exception. Dans l'école de Giotto, si prépondérante alors en Italie, comme dans les œuvres d*art de tous genres quj s'exécutaient chez nous, c'est sous les traits du Christ, ou avec des traits analogues, qu'en général on continua de le mettre en scène. Eu Allemagne, dans la seconde moitié du xv^ siècle, le premier des Holhein peignait encore ainsi à Sainte -Catherine d'Augsbourg, dans un Couronnement de la Vierge^ les trois Personnes divines avec la plus grande similitude de traits ^

Hais, vers la même époque, Benozzo Gozzoli, au Campo Santo de Pise, avait adopté franchement le type d'une verte vieillesse, pour représenter Dieu, quand il doit parler dans les scènes de la Bible. Les frères Yivarini, à Venise, un peu après Ambrogio Borgognone, à Milan, suivaient cet exemple, dans ce même sujet du couronnement de la Vierge, oii le Père préside, tandis que le Sauveur dépose la couronne sur la tête de la trèssainte Vierge.

Ces figures de Dieu le Père ont toutes pour trait commun une extrême douceur, caractère distinctif des œuvres dont elles font partie. Le Père étemel de Raphaël, .dans la fresque de Saint-Sever, à Pérouse, reproduit, avec peu de différence, dans la Dispute du Samt- Sacrement, est encore un placide vieillard, mais avec une tendance vers la force et la majesté puissante qui menace déjà de tourner à la sévérité.

C'est à Michel-Ange cependant qu'il appartient de concevoir ce vieillard

1. Foreter, MonumenU dt la Peinture en Allemagne, T. I, p. 20.

robuste, capable de remuer le monde de la force de son poignet, mais susceptible aussi de sentir peser sur son esprit le poids des choses qu'il gouverne, au point d'en paraître soucieux et comme assombri. Alors on ne veut plus dans Tart que du large, de la vigueur, du mouvement, et rÊtre suprême devra l'emporter sur tous par Tampleur de ses poses et la vigueur de» ses traits. Rapl\aël céda sous ce rapport à l'ascendant de sou rival : le Dieu Créateur des fresques de la chapelle Sixtine et celui des Loges du Vatican sont manifestement de même école *.

Dieu Créateur (Michel-Ange).

La partie était gagnée, désormais : le type du Père éternel devait demeurer sans concurrent dans Tart chrétien, soit que Ton voulût i^présenter le Dieu biblique, ou Dieu le Père du Nouveau Testament. Jusqu'alors, on avait pu s'autoriser de la Vision de Daniel 2, et au même titre de celle d'Ézéchiel 3, pour représenter Dieu sous une forme humaine; mais il ne paraît pas (^u'on ait recouru au texte du premier, pour décider qu'on devait le faire conformément à la description qu'il en donne, plutôt qu'à celui du second, où l'image de Dieu demeure Jndétprminée.

1. I^e JHtu Créateur^ de Raphaël, sera publié dans notre quatrième volume, d'après on dessin original.

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