DES SIGNES ET DES ATTRIBUTS DIVINS
Parmi les signes et les attributs appliqués à Dieu dans Ticonographie chrétienne, il en faut distinguer de deux sortes : les uns qui remplacent toute autre figure, les autres qui accompagnent les figures destinées à le personnifier plus complètement. Les premiers, par eux-mêmes, le représentent tout entier, dans ce sens qu'ils expriment son action tout entière, selon rétendue que comporte le sujet du tableau : mais on ne peut pas dire qu'ils le personnifient. La main divine avait pris, dans ce sens, dès l'origine, une importance dont aucun autre signe analogue n'a jamais approché; cependant son règne n'a pas toujours duré. Quand les figures humaines entières de Dieu sont devenues plus communes, quand on n'a plus eu aucune crainte de les poser dans la gloire et de les suspendre dans le ciel, l'emploi delà main divine est naturellement devenu plus rare, et sen usage a cessé ou à peu près lorsque ces figures ont complètement prévalu , c'est-à-dire du xiii* au xiv* siècle. « Bottari », dit le Ré?. P. Cahier, a croyait avoir beaucoup fait en montrant que l'usage c de ce symbole avait persisté jusqu'au xi" siècle ; le fait est que le < xu* siècle et même le xiu<» l'employèrent volontiers , comme un « signe qui n'avait point du tout perdu pour les peuples son ancienne t signification > ^.
Nous disons le ciel font signifier Dieu ; et Notre-Seigneur Jésus-Christ enjoint expressément de ne pas jurer par le ciel, parce qu'il est le siège de la gloire do Dieu. En conséquence, dans l'iconographie, l'image du ciel a été prise pour exprimer l'idée de Dieu d'une manière encore plus élémentaire. Dans l'archaïsme des bas temps et pendant tout le moyen âge, cette image est formée de quelques rayons d'arcs concentriques plus ou moins ornés, très-souvent constellés , ou seulement d'une section de sphère azurée; fréquemment de son sein s'échappe la main divine; mais il n'est pas rare qu'elle soit isolée, et c'est alors qu'elle à toute sa valeur propre.
Les modernes, lorsqu'ils se furent fait une règle de n'admettre dans leurs œuvres aucune forme ni aucun effet qui ne pût s'observer dans la
1. Mélangei dTArehiohgie, T. I, p. 212 ; Vitraux de Bourges, pi. i, pi. xiv. A. B. PI. d*éltt<le un, fig. 0.
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nature, substituèrent à ces indications conventionnelles une illuminatioD du ciel, un rayonnement lumineux ; mais Tidée foudamentale est demeurée jusqu'à nos jours.
* De même que la main avait paru conveyable pour représenter Dieu, parce qu'il fait tout, il semblerait que Ton aurait dû également employer l'œil, pour dire qu'il voit tout Ml ne paraît pas cependant qu'on l'ait beaucoup fait, et c'est tout au plus s'il nous souvient vaguement d'avoir aperçu quelque part un œil dans un triangle^à la place des caractères hébraïques du nom divin. Il Cbt nécessaire au contraire de mentionner l'association de ces caractères et du triangle, comme un signe usité depuis une époque peu éloignée, pour représenter Dieu, considéré en général; mais il ne faudrait pas prendre ce signe comme se rapportant spécialement à Dieu le Père, si on s'altachaità la distinctiondes personnes. Il y a lieu cependant d'en parler avant d'arriver à l'étude des figures delà Trinité : en effet, c'est le triangle qui, par lui-même^ est pris pour une image de ce mystère; mais le nom de Dieu, dès qu'il s'y montre, doit primer la figure géométrique qui sert à Tencadrer, et ce nom n'exprime pas expressément la Trinité des personnes , bien que, pour nous chrétiens, éclairés comme nous le sommes, la notion de cette Trinité en soit inséparable, et le triangle a précisément pour mission de le dire.
Les attributs qui conviennent le mieux à Dieu, quand il est personnifié, sont d'abord tous les attributs de la dignité souveraine. Il est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs : il est fréquent, en conséquence, qu'on lui fasse porter le sceptre; il l'est moins qu'on le couronne autrement que du nimbe crucifère; le représentait-on comme l'Ancien desjours, il semblait que sa tête ne dût être ceinte que d'une belle couronne de cheveux blancs. Aux époques précédentes, on n'attachait qu'une importance plus sensiblement secondaire aux personnifications divines conçues en dehors de l'Incarnation, et ces insignes de dignité étaient portés plutôt par le Dieu fait homme que par son Père céleste. La couronne royale ou impériale, quoi qu'il en s )it, sied toujours à Dieu, et mieux encore la tiare pontificale, à cause de bon caractère sacré et de l'idée de plénitude qui sy attache^ quand elle est complétée par ses trois couronnes. On étend aussi quelquefois sur ses épaules la chape et d'autres ornements pontificaux. Ceci ne saurait qu'être approuvé, pourvu que ces insignes aient tous rapport à la suprême juridiction, et non pas au caractère du prêtre en tant que sacrificateur. Dans ce sens, c'est le Fils de Dieu qui est le prêtre et le
1. « Les anciens E^^ypiiens représentaient Diea par un œil à !*extréini(é d'nn sceptre, « pour montrer qu*il voit et guûverne tout. (R.) »
sacrificateur par excellence, et Dieu le Père se pose plus particulièrement comme celui auquel tout sacrifice est offert.
De tous les attributs, celui qui convient le mieux à Dieu est le globe porte entre ses mains. Les empereurs se sont prévalus de cet attribut, lorsqu'ils ont voulu se faire considérer comme les maîtres du monde : l'hyperbole était partout, ou pouvait la laisser; mais uii trouver quelqu'un, après Dieu, qui puisse seulement embrasser de son regard l'humble spbèreoù nous habitons, ou lui imprimer de sa main la plus petite oscillation?
De même que les symboles précédents, le globe a été aussi attribué à Dieu le Fils, plus souvent et aussi justement qu'à Dieu le Père: il n'y aurait donc aucun attribut absolument distinctif, qui par lui-même servit à ne jamais confondre la première Personne divine avec la seconde. Mais, avant même que l'uned'elles n'ait été distinguée par l'adoption du type du Père étemel, on les reconnaît ordinairement à la nature de leurs rôles et de leurs opérations ; puis ces insignes ne leur sont 'pas attribués également en toutes circonstances : c'est surtout en Tabsence du Père que le Fils revêt tous ceux de ladomination absolue. Quand leurs imrges sont rapprochées, afin de mieux marquer Tordre hiérarchique de la procession et de ne pas les confondre, on réserve pour le Père au moins la tiare et le globe, tandis que le livre , qui a été souvent donné à Dieu le Père, demeure plus oonvenablement dans les mains du Fils.