DIEU DANS LA CREATION
Leà sujets qui donnent lieu de repr<^senter Dieu, participent des deux modes(fe représentation historique et symbolique. Nous avons vu que,tout d'abord, les chrétiens s'étaient servi de son image pour exprimer son intervention dans les circonstances au moins où la sainte Écriture la rapporte comme partie intégrante des faits, et ce n'est que bien plus tard qu'on l'a vu prendre place dans des représentations où la pensée du mystère de la rédemption, habituelle dans les produits de l'art primitif, sera rendue avec plus d'appareil et dans un ordre d'idées plus général. Dans le premier cas, Dieu est réputé descendre vers nous, et, s'il ne pose pas le pied 8ur la terre, il est réputé du moins s'en rapprocher, et il est agissant; dans le second, la pensée est conviée à s'élever avec lui, dans la gloire des cieux où il réside à jamais.
154 GUIDE OE L AAT GHRJSTIKN.
Dans Tart chrétien primitif, tous les faits sont pris au figuré pour exprimer des idées, et dans ce sens toutes les représentations sont symboliques; maiSy quant au mode de représentation, le fait est uniquement considéré comme tel, et souvent même il est réduit à ses termes les plus élémentaires.
Au contraire, lorsque, dans la suite, on représente Dieu le Père, au moment du baptême du Sauveur, lui rendant un solennel témoignage, le sujet est foncièrement historique; et cependant la figure divine, quand elle apparaît au sommet du tableau, fait plutôt envisager Dieu tel qu'il réside immuable au sein de l'éternel séjour: en conséquence, nous mettrons nos expressions plus en conformité avec les situations, en disant que nous parlons successivement de Dieu en action, puis de Dieu dans la gloire, cet ordre étant déterminé par la marche progressive que suivit en réalité l'iconographie chrétienne.
Le plus grand des actes de Dieu en dehors de lui-même est l'acte de la création, et c'est principalement le Créateur façonnant ses ouvrages qui nous est apparu dans les monuments chrétiens jusqu'au lui* siècle. A cette époque et dans les âges suivants, la Création est encore un des sujets qui ont le plus heureusement inspiré les grands artistes : pour l'attester, il suffit de rappeler la statuaire des cathédrales de Chartres et d'Orvieto, les fresques de Cimabuë, dans la basilique d'Assise, et de Buffalmaco^ ou plutôt de Pierre d'Orvieto, à Pise ; celles enfin de Michel-Ange et de Raphaël au Vatican.
Dans aucune autre de ses œuvres, Hichel-Ange ne s'est autant spiritualisé, non qu'il y fasse la part moins large à l'exubérance des forces musculaires, mais en suivant la voie pii toujours il s'élève, par la'vigueur avec laquelle il enlève les fardeaux les plus lourds ; d'ailleurs, soo Créateur commande en Dieu plus qu'il n'agit comme un homme. Celui de Raphaël, d'une puissance lui-même contre laquelle lutteraient trop bien des forces mécaniques, a cependant beaucoup de grandiose et de surhumain : pour débrouiller le chaos, il fait des efforts qui répondent mal au fiât de la Genèse ; mais lorsqu'il fixe à leurs places les astres du jour et de la nuit, par un mouvement aussi large que facile,^ la seule de ses figures, parmi les peintures des Loges, qui ait été vraiment exécutée de la main du maître^, — on sent cette main, et nul autre génie mortel n'en eût fait autant. Comme pensée, cependant^ ces puissants artistes, non-
1. Le Créateur planant sur la terre encore déserte, que nous publierons T. IV, n'a pas été peint, dans les Loges , de la main de Raphaël ;. nous donnerons, a?ons-nous dit, d*après un dessin original : aussi est-il bien moins lourd, moias matériel que la figure correspondante des Loges, exécutée par Joies Boroain.
DE Dieu. 153
seulement sont demeurés au-dessousdu teile sacré : — qui pourrait l'éjjaler si son pinceau n'était soulevé par celui qui inspira la plume dsHoïse? — mais, sous ce rapport, par-dessus les espaces ob ils ont vraiment plané, ils ool délaissé les régions supérieures, où reposent les œuvres des xil', mr et xnr" siècles.
K. Didron a mis en regard du Dieu de Rapliaël une miniature du in* siècle qui représente également la création du soleil et de la lune, posés à leur place par un large mais doux et majestueux mouvement du Créateur. L'enlumineur innommé n'a pas seulement ta primauté d'idées : comme dignité d'attitude, comme élévation de t'àine, il l'emporte*.
Deux impressions résultent principalement de la lecture de Hoîse : la puissance du Créateur et la complaisance qu'il met dans ses œuvres. Parmi les sculptures de la cathédrale de Chartres, dont la mise en lumière est due également à H. Didron, on remarque une 6gure où, pour rendre celle pensée , le céleste Ouvrier modèle de ses mains le disque qu'il va tout à l'heure jeter, plein de lumière, dans les cieux. Rien d'ailleurs de trivial ou de vulgaire dans l'opénlion : elle est calme, elle est simple, de cette simplicité qui devient sublime dans les graodes choses. La niche où repose le Créa* leor est étroite , son dais est peu orné : mais ou sent que c'est un trône, et il n'y a que Dieu pour travailler sur un trâne. Deux Anges, dans une niche voisine , tiennent à leur tour le soleil et la lune, comme chargés, ou de les mettre à leur place ou de les soutenir ; pas de mouvement , pas d'cITort, mais " <lelapaix,du recueillement, du la satisfaction. Tel est, en ^énérnl, le caractère de la série de figures analogues, au moyeu desquelles les iii jours de la création se déroulent à Chartres»,
Au xu*siècle,dans te psautier de la bibliotfaè que nationale, où ces six jours sontégnicment représentés, le Créateur demeure plus Dieu eneore,s'ilestpermis<leparler ainsi:touj'>ursau )!■
iein de la gloire, où il n'a qu'à vouloir, sans Ditu Criiteur (Cbiriret).