DU FILS
Il n'y a qu*un seul Dieu, il y a trois Personnes en Dieu: celte double vérité, fondement de toute doctrine chrétienne, est fondanaentale aussi <ians les conceptions de l'art qui en dérive. Tout se lie dans une vérité aussi essentielle, à tel point que, voulant parler de Dieu et de la manière de le représenter en tant qu'il est un, nous n'avons pu le faire sans toucher aussi % la distinction des Personnes. Mais nous ne nous sommes attaché qu'à Dieu le Père, le considérant tout à la fois comme le Père de toutes chosçs, dans le sens indiqué par la révélation chrétienne, et comme le principe dont procèdent éternellement le Fils et le Saint- Esprit.
Abordant maintenant plus directement le dogme des distinctions persomielles, nous avons à étudier les représentations des Personnes divines prises chacune en particulier, puis telles qu'on peut les réunir en groupe pour exprimer la pensée de la Trinité et de leur action commune. Nous ne reviendrons pas sur la Personne du Père, relativement à laquelle nous avons déjà rempli notre tâche selon la mesure que nous nous sommes proposée. Nous passons donc immédiatement à l'étude de la Personne du Fils.
La figure du Fils de Dieu fait homme occupe dans l'iconographie chrétienne une place tellement prépondérante, qu'il ne sera pas de trop de lui consacrer à elle seule plusieurs études spéciales. Il ne doit être parlé en celle-ci que des flgures où l'on s'est proposé de représenter la seconde Personne divine en dehors de son Incarnation, à moins que, la représentant comme incarnée, on ait voulu, par son association avec les deu\
autres Personnes, exprimer leur Trinité. Le fait de rincarnation domine cependant toute la matière, et ce sont les traits que la seconde Personne a daigné prendre en se faisant homme, qui doivent toujours constituer le type visible le mieux approprié au Fils de Dieu.
Pendant le cours de sa vie mortelle, il a passé, jusqu'à l'âge de trentetrois ans, par toutes les phases de Tenfance, dûlajeunesseètdel'âge mûr. D'un autre côté, par des raisons diverses qui seront exposées en leur lieu, Tart chrétien a consacré, pour le représenter, des figures empruntées à ces différents âges: peut-on s'en autoriser pour les lui appliquer indifféremment quand on le représente eu tant que Dieu ?Nous ne le pensons pas, et il nous parait préférable au moins de recourir alors, pour cliaque Ecole, au type dont elle se sert pour le représenter à l'état d'homme parfait, soit qu'elle ait adopté le type plus historique de l'homme de trente ans avec tous les signes de la virilité, ou qu'elle ail fait prévaloir le type plus symbolique de l'immortel jeune homme.
Les compositions oii le Fils de Dieu, au moment de s'incarner dans le sein de Marie, descend du ciel sous la figure d'un enfant, ordinairement chargédes instruments de la Passion, — com|»ositions assez fréquentes sur la fin du xv« siècle *, — ont été justement blâmées par l'autorité ecclésiastique. Il est vrai que la forme d'enfant n'est pas ce qu'il y a de plus blâmabledans ce procédé trop naïf, mais c'est l'idée même de faire descendre avec un corps le Fils de Dieu dans le sein de Marie, au moment où il va au contraire en prendre un dans ce sein sacré. Sans approuver une composition où, en pareille circonstance, le Sauveur serait représenté adulte, ou reconnaîtra qu'elle ne favoriserait pas autant la confusion.
II a été parlé précédemment d'une composition qui occupe une division à la suite de la Vie de Notre-Seigneur ^ sur un diptyque en ivoire du XIV® siècle, conservé au musée du Vatican *, et nous avons dit que le Père y tient sur ses genoux son divin Fils sOus la figure d'un enfant. Dans ces termes, on voit qu'il s'agit de glorifier le Fils incarné, comme reposant dans le sein paternel après toutes les épreuves de sa vie mortelle ; mais, s* on n'avait égard qu'à la seule divinité du Verbe éternel, il serait permis de critiquer une composition où l'on aurait voulu, par ce moyen, exprimer
I. On en voit deux exemples dans la galerie de Milan : Van est de Jean Sanzio, le père de Raphaël ; nous pouvons eu citer un troisième de la main de Francis ; Ayala dit avoir observé la môme chose dans des gravures de bréviaire. La pensée des artistes, dans ces compositions, est certainement exempte de toute erreur ; ils étaient bien loin dé vouloir favoriser celte des Valentiniens ; mais Terreur est dans les termes, et ce procédé iconogra^ pbique peu convenable est expresst^meot condamné par saint Antonin, Sumnui, 5« part., T. 1, 8, c. 4, $ II; par Ayala. Pictor Chriiii, Lib. I, cap. vu, H 3.
2. Annalei archéoloijiquts, T.XXVn ; Gori, The$, vei. dypL, T. 111