Ann. arch., T. XVI, p
1 Hiiifrire de Dieu {Iconographie chréi.), p. 300.
un caractère prophétique; la pensée est juste dans sa généralité, elle est be'.le; mais qui la particulariserait, en l'associant à l'Annonciation, par exemple, retomberait au contraire dans l'inconvénient que nous avons signalé.
Il est toujours délicat, en effet, la pensée de l'Incarnation étant mise en avant, de représenter le Fils de Dieu avec un corps avant que le mystère ne soit accompli. Dans le Roman des trois pèlerinages, ce beau manuscrit de la bibliothèque Ste-Geneviève (Y. f. 9), orné de miniatures du xiv* siècle, dont nous avons eu déjà occasion de parler, le Fils de Dieu prend congé de son Père avant de venir s'incarner sur la terre, et reçoit de ses mains le bourdon et la panetière, comme s'il allait entreprendre un long pèleri- ' nage. Dans cette circonstance, observeM. Didron,il se présente nu, et comme un enfant de dix ans *; tandis qu'au retour de son pèlerinage, c'est-à-dire après l'accomplissement de tous les événements de sa vie mortelle, il revient d'un âge mûr et vêtu. Il ne nous parait pas douteux que le miniaturiste, dans la première de ces deux figures, n'ait été dirigé parcette pensée : — que le Fils de Dieu en se faisant homme avait commencé par naître enfant et entièrement nu, — sans entrer dans le détail des variétés de formes quicaractérisenten réalité les diff'érentes périodes de l'enfance, détail dans lequel l'iconographie chrétienne n'est peut-être jamais entrée avant l'époque oii elle a été absorbée par le naturalisme des idées modernes. Il y a du vrai dans ce mode de représentation , et l'on voit par là qu*il ne s'agit nullement d'élever l'esprit jusqu'aux conditions d'existence du Verbe divin, au sein de.la famille céleste , mais de s'attacher immédiatement, au moyen d'une fiction plus ou moins ingénieuse, tmx conditions de la vie qu'il a daigné mener ici-bas. La conception de l'auteur^ à ce point de vue serait donc facilement admise; mais nous ne pouvons lui pardonner les pensées triviales qu'il attribue au Fils de Dieu, surtout au retour de son pèlerinage: les vers cités par H. Didron en donnent un trop triste échantillon. Nous avions souri au contraire à son fond de foi naïve, à sa liberté d'imagination quant à la manière de présenter les vérités chrétiennes, comme aux gracieux enfantillages de ses enluminures, dans les parties de ses poèmes où il met principalement en scène des Vertus morales et n'aborde pas des sujets aussi élevés.
Le Verbe éternel étant considéré comme tel, il est assurément permis de le représenter dans toutes les opérations divines qui peuvent s'attri-
1. Hiit, de Dieu {Iconog. chrét.), p. 301. M. Didron a publié, pour réclaircisscmeul (fe son texte , les deux miniatures dont nous parlons, fol. 165 et 235 du manuscrit.
2. Guillaume de GuUleville, moine de Chalis (probablement Ghaaiis, abbaye du département de rOise, près de Senlis), pense M. Didron.
btterau Fils, préférablement au Père et au Saint-Esprit, ou concurrem* ment avec eux. Il est souvent difficile de reconnaître si on Ta voulu, faire, dans ces monuments anciens où les traits du Verbe incarné sont attribués k toute manifestation de la divinité, sous figure humaine ; mais il est descirconstancesoùl'incertitude n'est plus possible, lorsque, par exemple, le Père est simultanément représenté, ou lorsque le Fils est désigné par un nom qui lui appartienne en propre. Dans le premier c^s se trouve le groupe de la Création de la femme^ sur le sarcophage du musée de Latran, où le Fils ne joue pas le rôle principal, mais où il assiste le Père assisi sur un siège d'honneur. Lady Easlake a publié, d'après une Bible française du n* siècle, conservée à la bibliothèque de Bruxelles, une suite de minialures représentant la Création des Anges et la Chute d'une partie d'entre eux, où figurent les trois Personnes divines. dans autant de différentes scènes. Dans l'une de ces scènes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit tiennent conseil ; dans une seconde , chacune de ces trois Personnes divines est occupée de la formation d'un ange; dans une troisième, elles président au châtiment des coupables. Toutes les trois sont nimbées : mais celle-là seule qui tient le milieu , porte le nimbe crucifère ^. Il paraît y avoir là une contradiction : car, bien que le nimbe crucifère soit attribué à toutes les Personnes divines, il est plus particulièrement propre au Fils, et une seule d'entre elles le portant, on doit croire que c'est la seconde qui est ainsi distinguée; mais, d'un autre côté, l'action des trois Personnes étant la même dans les miniatures, la place du milieu devrait être celle du Père : il faut donc en conclure que, d'une manière ou d'une autre, le miniaturiste s'est trompé, soit en accordant la présidence au Fils, soit en faisant du nimbe crucifère, exclusivement l'attribut du Père. . Sur une plaque d'ivoire publiée par Gori, et que nous reproduisons (pi. x), le nom de Jésus-Christ (C. XP., est appliqué à une figure divine, qui étend la main sur le corps encore inanimé d'Adam, pour lui donner la vie. Du côté opposé, une main divine ordonne en quelque sorte à Eve de sortir du côté d'Adam endormi. L'intention de l'artiste semble ainsi s'être manifestée assez clairement. La main divine représente le Père^; Il Fils est désigné d'une manière non moins certaine par les sigles qui l'accomptgnent. On aurait donc voulu mettre en scène à la fois le Père et le Fils, dans cette double création : ce serait une manière de rendre le faeiamuide la Genèse. Hais il faut remarquer que, dans la scène centrale représentant la Mort (TAàel, il semble que l'on a voulu aussi opposer la mort et la vie. Alors , le Fils n'apparaîtra pas seulement comme Créateur, mais aussi comme le souverain Réparateur. Ne serait-ce pas pour cette raison