‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 93 sur 216 · DU SAINT-ESPRIT SOUS FIGURE HUMAINE · texte numérisé non relu

DU SAINT-ESPRIT SOUS FIGURE HUMAINE

Dans la plupart des compositions dont il a été précédemment parlé, où Ton rencontre leSaint-Esprit, il est représenté sous lafigureordinairede la colombe: ce mode de représentation ne peut souffrir l'ombre de difficulté, la troisième Personne de la sainte Trinité s*étant véritablement manifes* téesous cette forme. C'est une nuestion susceptible d'être controversée^ au contraire, que desavoir jusqu à quel point le Saint-Esprit peut légitimaient être représenté sous une figure humaine. Poser la question en ces termes, c'est annoncer que la solution doit se trouver entre les extrêmes, et que les figures humaines du Saint-Esprit ne doivent être ni interdites d'une manière absolue, ni autorisées sans restriction. Il y a de bonnes raisons, en effet, pour croire que les trois Personnes divines peuvent être représentées par trois figures humaines semblables, et il y a une décision du pape BenoStXIV,en vertu de laquelle il ne serait plus permis,s'il l'a jamais été, d'imiter lesexenipl^s^^ue l'on peut, il est vrai, citer en assez grand nombre, — où le Saint-Esprit a été isolément représenté en homme ^

La légitimité de la représentation des trois Personnes divines, par trois ligiAres humaines semblables, se fonde principalement sur l'apparition des trois Anges h Abraham , ces trois Anges étant générafement considérés comme représentant le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Ils se présentent au nombre de trois, et ils parlent comme n'étant qu'une. Le mot

i. En 17ii, révoque d'Aagsbourg avait défendu Tusage des figures du Saint-Esprit représenté en jeune liomme , figures qui 8*étaient répandues dans son diocèse , et il avait consulté le Pape sur sa détermination. Benoît XIV, par sa lettre doctrinale de Tannée sui- Taote. rapprouva pleinement, et établit solidnment le principe d'après lequel il n*est pas permis de représenter les Personnes divines sous d*autres ligures que celles sous lesquelles elles se sont manifestées d'après les saintes Écritures.

Tous les auteurs qu*il cite ne sont pas d'accord pour autoriser la représentation des trois Personnes divines par trois figures humaines semblables ; mais, comme il ne conclut pas à leur rejet, on peut au moins interpréter en leur fdveurjee principe :que le doute s*inlerprète fïTorableroent. (Benedict. XIV, Constiiuiiones selectœ, ini*. Venise . 1784, p. 158.)

1 M. Didron a publié (^Hist. de Dieu, Icon. rhrét., p. 55) une miniature du !• jiècle où, des trois Anges apparaissant à Abraham, celui qui lui parle devient une figure divine, avec le nimbe crucifère, de la barbe e( sans aile», tandis que les deux autres demeurent des Anges. Mous Tavons reproduite ci-dessus, p. iU.

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faciamus, dont la Genèse se sert lors de la création de l'homme, implique ausài ridée d'un acte où Tart chrétien semble être invité à faire figurer les trois Personnes , comme agissant simultanément sans manifester leurs opérations distinctes, et par conséquent sous les mêmes formes: en effet, c'est ainsi que le Saint-Esprit est représenté en homme, avec le Père et le Fils, sur le sarcophage dumusée de Latran. Les trois figures sont foncièrement semblables, comme l'ont très-bien fait observer M. le commandeur de Rossi et M. Tabbé MartignyS contrairement à la pensée du R. P. Garucci, qui ne nous semble pas avoir été fondé à relever des différences sans importance que l'on peut constater dans leurs traits. L'ordre hiérarchique est cependant maintenu entre ces trois figures, Le Père présidant le conseil divin est seul assis, le Fils est probablement placé à côté de lui, par conséquent ce serait le Saint-Esprit qu'il faudrait reconnaître derrière son siège.

A ce groupe en correspond un autre, fort analogue de composition, dans la rangée inférieure des sculptures qui ornent le sarcophage. Dans ce second groupe, la sainte Vierge, assise sur le siège correspondant à celui de Dieu le Père, tient son divin Fils sur ses genoux, et celui-ci reçoit les présents des Mages. Derrière le siège de Marie, on remarque une figure d'homme debout, d'une grande ressemblance de traits et d'attitude avec celle du Saint-Esprit qui se voit' au-dessus. Qui représente cette figure? ou lé Saint-Esprit encore, ou saint Joseph? Malgré toute la confiance que nous avons dans les jugements de M. de Rossi et notre tendance sympathique à toujours les suivre^ dans cette circonstance nous hésitons à nous ranger avec lui à la première de ces opinions. La similitude 4^ deux figures s'explique par la disposition symétrique que l'on a voulu donner aux deux compositions, par le caractère le plus ordinaire des figures dans l'art chrétien de cette époque^ caractère généralement peu personnel : on s'attachait au fait, et saint Joseph avait de fait sur la terre pour mission de protéger Jésus et Marie ; mais ensuite, conformément à ce large symbolisme, en vertu duquel le fait représenté devenait l'expression d'une vérité plus générale, il serait possible que, dans cette occasion, la figure qui, en propre, appartenait à saint Joseph, fût considérée comme une image de Dieu et plus particulièrement de la Personne du Saint-Esprit.

Que dire des compositions où le Saint-Esprit est représenté en homme, conjointement avec les deux autres Personnes divines, mais non pas avec une figure semblable? Ceci devait arriver lorsque le type de l'Ancien des jours eut prévalu pour le Père, ce type ne convenant qu'à lui seul : c'est

ainsi que, dans plusieurs miniatures des xiv«,xv® et xvi<^ siècles, dont nous 1. De Rossi, BuUetin éTArch,, 1865, p. 70; Martigny, Dict. det ^nt. ehrêt., p. 641

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dsTons également la connaissance à M. Didron ■, le Saint-Esprit prend successivement )a figure d'un enfant, d'un jeune homme imberbe, d'un jeune homme à barbe naissante.

Après avoir admis qu'accompagné du Père et du Fils, le Saint-Esprit peul légitimement être représenté sous figure humaine, on ne doit pas sans, doute être strict jusqu'à disputer sur les nuances que l'on peut établir «lire eux quant aux modifications de l'âge ; mais il ne faut pas

Triuit^ Àligarea humïinei dJEEemblabln. {Hini>luKduxv<iiide.]

oublie; <|ue les Irois Personnes divines sont aussi anciennes l'une que liutre, et, dès que ces prétentions à marquer leur distinction par de umblables moyens deviennent trop accusées, elles doivent avertir de ne pas aller trop loin en des mystères où tout ce qui peut être mis sous les yeuiestd'uneimpuissauce radicale pour rendre la vérilë. On s'aperçoit '''ailleurs, de plus en plus, que les miniatures, à partir du xiv* siècle, ne peuvent avoir que très-peu d'autorité en iconographie chrétienne, car telles abondent de fantaisies individuelles. C'en est une plus injustifiable encore, de donner comme attribut la colombe au Sainl-Esprit après [ Hu'on l'a représenté en homme, de telle sorte qu'étant accoutumé à voir la colombe le représenter pleinement, il semblerait, en la voyant associée ^trois figures huniaine,s,que l'on a voulu représenter quatre Personnes au lieu de trois : ce qui arrive lorsque la colombe plane au-dessus de la Wie de la figure humaine représentant elle-même le Saint-Esprit, comme liansla miniature reproduite cj-dessus, oîi elle s'étend daus son nimbe,

t- Bill de Dieu {Icoa. ehrét.], p. ÎÎ3, IS3. 60t.

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quoi<)ue niinbûe i son tour du nimbe crucifère. Placée plus secondairement sur la main de la figure humaine, comme dans une sculpture de ' l'église de Verrières (département de l'Aube), également publiée par M. Didron', elle ne peut plus induire en erreur,et alors la choseest tolérable.

h Baiale Vierge. (Scal|iiure de Verrièrei , ny* siècle.)

Au résumé, c'est le mot de tolérance qu'il faut appliquer aux figures tiumainosdu Saint-Esprit, dans les conditions les plus acceptables oii elles puissent être repi'ésentées, dès lors que le Père prend celle de l'Ancien des jours; et nous pensons au contraire qu'en toutes circonstances, la figure de la colombe lui est assez bien appropriée pour suHirc à tous les besoins de l'art.

I. HM. lit Dieu [kon. ehril., p. &0B). Nous reproduisons celle vignelle el 11 prfciiilcnlc, comme beaucoup d'autres, au inojea d'un cliché dû au concours bienvcillanl de U. EJouirJ Uidron.

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