‹ Guide de l'art chrétien (volume 2)Chapitre 96 sur 216 · FIGURES GRAPHIQUES DE LA TRINITÉ · texte numérisé non relu

FIGURES GRAPHIQUES DE LA TRINITÉ

Etant admis que le mieux, en iconographie chrétienne, n'est pas d'aborder de plus près le mystère de la Trinité dans l'unité, il nous reste à voir cependant s'il n'y a pas des images dont on puisse licitement se servir, pour mettre sous les yeux ce qui peut, par voie d'analogie, nous donner une idée d'un pareil mystère. Procédons d'abord par voie d'élimination. La règle fondamentale, d'après laquelle on ne doit se servir pour représenter la divinité que des figures don{ elle a fait usage elle-même pour se manifester, suffirait pour donner l'exclusion aux têtes à trois visages. Véritablement multipliées , du xv^» au xvi* siècle , par simplicité et par ignorance ; sans mauvais vouloir, pour représenter la Trinité dans l'unité, ces figures ne font un pas dans le sens de l'unité que pour s'éloigner de la vérité quant à la distinction des Personnes. De plus, elles sont inconvenantes, parce qu'elles sont monstrueuses. En conséquence, le pape Urbain VIII les a condamnées, et Benoît MV a ratihé celte sentence. Cet abus, qui s'était propagé chez les Latins, avait aussi pénétré

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chez les Grecs , mais faiblement. M.,Didron en cite un exemple, mais il n'en a rencontré qu'un seul, et il est du xvm® siècle ^

On peut se demander, à ce propos, s'il serait également défendu de représejfiter l'esprit du mal avec une pareille monstruosité. La Trinité du mal, en fait, n'existe pas; mais l'on peut supposer que le père du mensonge ait voulu la feindre pour s'assimiler à Dieu. Il sied de rendre par des monstruosités physiques, ses difformités morales; le Dante lui en attribue une semblable :

Quando vidi tre facce alla sua testa I *

mais ilne donne pas ces faces comme toutes les trois pareilles, au moinsde couleur : l'une était rouge, l'autre blanche et jaune, et la troisième est comparée au jaillissement des cataractes du Nil. Différents artistes, comnie Orcagna, au Campo-Sanfo de Pise , adoptant ce type, ont représenté le démon broyant des damnés de ses trois gueules. Toutes ces considérations nous portent à croire que les artistes peuvent demeurer libres sous ce rapport , et ils devront voir là une raison de plus pour s'interdire de représenter Dieu d'une manière qui n'appartient qu'à Satan.

En se servant de figures inanimées, on renonce à représenter Dieu, et l'on ne cherche plus qu'à le rappeler et à exprimer quelque chose de lui par des signes; mais au moins on n'a plus à craindre alors de tomber dans le monstrueux. Le triangle est le plus heureux et le plus accrédité de ces signes pour dire quelque chose de la sainte Trinité : trois angles sont compris dans un seul triangle. On a aussi imaginé une figure formée de trois cercles enlacés les uns dans les autres, de sorte que, ne pouvant être séparés, ils soient considérés comme ne faisant qu'un tout. Il paraît que Michel-Ange avait un cachet qui portait pour emblème une figure de ce genre : c'était un signe de sa foi. Les idées s'étaient tellement abaissées pendant le cours de sa vie, que Vasari a regardé ces trois cercles comme signifiant l'architecture, la sculpture et la peinture, et leur union intime et nécessaire, et que les académiciens de Florence,1ors des funérailles du grand artiste, les changèrent en trois couronnes.

Le Dante aussi, à la fin de son admirable poëme, a dépeint la Trinité sous la figure de trois cercles, non plus entrelacés entre eux, mais se pénétrant d'une manière si merveilleuse, que ce qu'il a pu en décrire serait impossible à représenter en peinture. 11 aperçoit d'abord une vive et pénétrante lumière, puis, dans la profonde et transparente substance de la

1. Didron, Hist. de Dieu (Icon. chrél.), p. 584. % InfernOf Gaato xxxiv, v. 38.

céleste clarté, trois cercles de trois couleurs et d'une égale circonférence :

Nella profunda e chiara sussistenza Dell' alto luine parvemi tre giri De trecolori e d'una continenta.

L'un parait le reflet de l'autre, comme deux Iris entre eux, et ie troisième un feu qui s'exhale de l'un et de l'autre :

L'un dair aitro, corne Iri da Iri, Parea reflesso : e' 1 terso parea fuoco, Ghe quinci e quindi igualjnente si spiri.

Ce qui pourrait le mieux se représenter de la vision du poète, c'est cette effigie humaine qui lui apparaît au feu de la lumière reflétée de sa

S3 La Trinité repréKentée par trois cercles.

couleur même, image de Tlncarnation vers laquelle nous ramène toute représentation de la sftinte Trinité, qui atteint un certain degré de développement ^

Les cercles et les triangles sont combinés dans une autre figure graphique, fort usitée au xvi^ siècle, où les cercles , étant posés sur les angles, contiennent chacun le nom d'une des Personnes divines, qui se rattache par des bandes à un autre cercle central , contenant le nom de Dieu. Cette figure, qui ne peut se concevoir sans inscription, se complète au moyen des mots non est écrits entre chacun des noms des Personnes, ^ écrit entre ce nom et celui de Dieu ; de sorte qu'on lit : Paler est Deus,

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