GUÉRISONS 0PÉRI^.ES PAR NOTRE-SEIGNEUR
Pertransiit benefaciendo. Les Juifs demandaient au Fils de Dieu qu'il se fit reconnaître par quelque signe dans l'air ; Hérode fut d*abord ravi, quand il lui fut envoyé par Pilate, dans l'espoir qu'il lui donnerait le spectacle de quelque merveille. Jésus ne se mettait point en spectacle, mais il .accomplissait avec une simplicité aussi admirable que sa toute-paissance, les prodiges les plus grands, pour guérir un pauvre malade, pour rendre à un infirme l'usage de ses membres, pour consoler une mère) pour recouvrer une âme.
Pour faire tout cela, il ne lui fallait qu'une parole, moins qu'une parole, car une vertu sortait de lui, et il suffisait quelquefois de toucher l'extrémité de ses vêtements, pour obtenir le miracle que l'on demandait. Quelquefois aussi, pour des raisons mystérieuses, il ne se contentait pas de parler, il employait certains signes, et des procédés extérieurs en rapport avec la signification du but qu'il se proposait. Ainsi, il
détrempa de la terre avec de la salive , il en fit un peu de boue, et il en oignit les yeux de l'aveugle-né, pour lui rendre la vue. Cette guérison se fit graduellement; d'autres furent instantanées. Il arrivait à Jésus de soapirer, en élevant sa pensée vers les causes qui attiraient tant de maux à Thumanité. Les maux du corps étant la figure et Tefifet, plus ou moins direct , des maux de Tâme, il ne guérissait pas les uns Bans se proposer, par-dessus tout, de porter remède aux autres, et souvent, en donnant la santé, il annonça expressément qu'il remettait aussi les pécbësi,
Ces considérations et d'autres semblables serviront à déterminer le caractère et Vattitude de Notre-Seigneur , dans la représentation de ses divers miracles. Quant à ceux qui en étaient directement Tobjet, il ne peut guère y avoir d'incertitude : tous les artistes chercheront à exprimer, dans leurs traits, la joie, et la reconnaissance. Il y aura seulement cette différence, que les uns rendront ces sentiments plus profonds et plus intimes, en les concentrant dans une âme, d'où cependant ils débordent: ce sont ceux qui^ eux-mêmes, sentent le mieux. Les autres leur donneront plus d'éclat extérieur : ce sont ceux qui recherchent surtout la vie et le mouvement, et qui, prenant à tâche d'observer la nature, se sont attachés aux impressions les plus démonstratives et aux effets les plus pittoresques.
ajoutons qu'en méqageant les expressions, vous vous mettez en état de réserver une place pour ces impressions délicates qui se mêlent aux émotions profondes, et qui sont une source de tant de charme pour l'observateur qui sait les saisir : l'hésitation de cet aveugle qui, aux premières lueurs du jour, ne sait s'il doit en croire ses yeux; la prostration physique et la sérénité morale de ce possédé de tout à l'heure, que Tesprit du mal agitait de si violentes convulsions. Puis quelques-uns de ces malades gaéris se sont trouvés des hommes de caractère, que le Sauveur avait destinés à le glorifier par leurs témoignages, et l'on peut entrevoir qu'ils seront des néophytes résolus. Quant aux spectateurs , c'est les comprendre d'une manière bien vulgaire , que de les faire se p4mer d'étonnement , et se torturer en mouvements de curiosité. Ils paraîtront bi^n plus fortement frappés , s'ils demeurent contenus par le respect et cette sorte de stupeur qui saisit les âmes, lorsque, au milieu des préoccupations de ce monde, un éclair de lumière surnaturelle leur révèle l'horizou d'une autre vie. Il est un moment où tout esprit médite , à la vue des choses d'en haut, qu'il doive en sentir du dépit ou de l'amour.
Dans certaines compositions, les peintres, sans s'attacher à aucun lait particulier, se sont proposé le fait général de guérisons de tout genre opérées par le divin Sauveur. Ces compositions ne comportent guère T. IV. 45
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d'autre sentiment que ceux de la bonté et de la i>ienfaisance de sa {ilirt, que ceux de Taniour et de la reconnaissance, d'une douce satisfaction de la part des infortunés , objets de sa commisération. Ce sujet a été traité avec infiniment de charme par Overbeck, inspiré, selon toute apparence, par le tableau de la chapelle de Nicolas Y, au Vatican , oii le Beato Angelico a groupé, dans un sentiment de suavité, toutes sortes de misères, autour de saint Laurent distribuant ses aumônes. On voit aussi quelque chose de semblable dans la fresque d'André del Sarto, ài'Annunciata de Florence , où les malades viennent chercher la guérison près du tombeau de saint Philippe Benizzi. Un tel sujet, ainsi compris, serait bien approprié à une salle d'hôpital, pour y porter la consolation et la paix.
Rembrandt lui a consacré une grande gravure que lady Eastlake appelle son chef-d'œuvre : nous nous représentons facilement le genre de supériorité que le grand maître hollandais a dû y apporter. Il aura rendu avec une vérité palpitante l'état maladif, l'effet des longs soucis, les espérances, les supplications de ces femmes , de ces vieillards qui se groupent autour de ce médecin capable de leur rendre la santé par un seul de ses regards, et le Sauveur, levant la main vers eux, les accueillera avec une bonhomie de nature à encourager tous les désirs. L'artiste d'ailleurs, dans un de ses bons moments, aura su relever cette divine figure par un certain sentiment de dignité, voulant faire comprendre que l'importance de cette scène ne se borne pas au soulagement de tapt d'infirmités corporelles; il aura aussi donné lieu d'admirer la vérité d'attitude dans le groupe d'observateurs qui échangent leurs réflexions sur la grande nouvelle du jour ; ils rappelleront toutes les rumeurs , toutes les opinions contradictoires, que les miracles de Notre-Seigneur, au dire de l'Évangile, faisaient naître parmi ceux qui en étaient les témoins : amis, ennemis, prétendus sages et modérés; mais évidemment on ne peut attendre du peiutre d'Amsterdam qu'il nous mène, dans le sentiment chrétien, aussi loin que nous voudrions aller.
L'art chrétien primitif ne s'était pas engagé dans la représentation d'un i^rand nombre des guérisons opérées par Notre-Seigueur; il s'en était tenu à en représenter deux ou trois, celles qui, sdon sa manière de comprendre, concentraient le mieux la force et la signification de toutes. Le paralytique, ou plutôt l'un des paralytiques, l'aveugle-né, quelquefois aussi l'hémorrhoîsse, furent, des nombreux malades ou infirmes qui durent au Sauveur le recouvrement de la santé , à peu près les seuls admis dans son cycle. Nous nous restreindrons davantage encore, et nous nous contenterons de grouper autour de la Guérison du paralytique, quelques observations qui donneront la mesure de celles que Ton pourrait faire sur tous les faits analogues.
Ce qui donne à la guérison des paralytiques sa plus grande importance, c'est que Notre-Seigneur la fit directement pour prouver qu'il avait le pouvoir de remettre les péchés ^. Ce fut effectivement dans ce sens , et comme une haute expression de la rémission des péchés^ dans son langage semi-hiéroglyphique , que l'art chrétien primitif mit ce miracle si fréquemment en scène. Sa signification était trouvée si claire qu'on ne cherchait pas à la faire ressortir par les circonstances : s'attachant invariablement à ces paroles : Toile grabatum tuum et ambula, « prends ton lit et marche », les artistes du premier Age ont constamment représenté le paralytique marchant chargé de son lit. Et souvent, dans les peintures des Catacombes surtout, l'accomplissement de cette action diftout ce que l'on a voulu dire, sans même que le Sauveur se montre pour la commander K II semblerait que le rôle deNotre-Seigneur, lorsqu'il est lui-même représenté , devrait être en effet celui du commandement ; mais ce n'est point là ce qui répondait alors le mieux à la pensée des chrétiens; sur les sarcophages où l'on observe cette scène, le Christ ne commande pas, il fait le geste de bénir, absolument comme un prêtre qui donne l'absolution ^.
Dans les récits évangéliques, on distingue deux paralytiques guéris par Notre-Seigneur.: le premier dont parlent saint Matthieu, saint Marc et saint Luc, et qui fut descendu du toit d'une maison (circonstance rapportée seulement par ce dernier), pour être présenté au Sauveur; le second, dont parle saint Jean ^, et<]ui fut guéri à Jérusalem, près de la piscine probatique. Comme ces paroles furent adressées à l'un et àTautre: toile grabatum tuum et ambula^ il est assez probable qu'ils ont été confondus dans la pensée des artistes chrétiens primitifs; dans tous les cas, les représentations successives dont nous avons parlé, peuvent convenir à l'un et à l'autre. Au vi* siècle, dans les mosaïques de Saint-Apollinaire-le-Neuf, à Ravenne, il faut que l'on ait entendu rapporter la scène ordinaire du paralytique emportant 9on lit^ au miracle qui s'accomplit près delà piscine, poisque, dans une autre composition, on voit i'aXitre paralytique descendre