‹ Guide de l'art chrétienChapitre 108 sur 238 · Bosio, Rom. $oU., p · texte numérisé non relu

Bosio, Rom. $oU., p

S. Gori, Thés. vel. dypi., T. 111, pi. xiii.

ce pas Lazare Ini-méme, doublement représenté , comme on en voit maints exemples dans des scènes de résurrection? Nous n'en rapporterons qu'un seul^ celui qui a été donné par André del Sarto , dans les fresques deVAnnunciatûy oh l'enfant ressuscité au contact du corps de saint Philippe Benizzi, apparaît mort et vivant. Cet exemple suffit pour montrer que notre conjecture n'est pas dénuée de fondement. Alors Lazare vivant dirait lui-mêm^, en se montrant demi-mort, dans son autre figure : « Me voilà, j^

Ou comprendra ce qu'il y a d'effort et de hardiesse, dans cette tentative pour rendre visible en un tableau la succession des faits. Le B^aio Angelico, dans son panneau de l'armoire de VAnnunciata^ à TAcadémie de Florence , a suivi de très-près Giotto ; mais il n'a pas osé lui emprunter ce trait hardi. Son Christ aus>i, commande à la fois avec dou-

ceur et assurance d'être obéi; moins beau que celui de Giotto, faute d'assez de fermeté dans le geste, il est beau encore ; les deux sœurs sont plus dans Je vrai, n'étant pas aussi uniformément.aux pieds de Jésus, et plutôt dans le sentiment de l'attente que dans celui de la supplication ; elles ont supplié, elles ont pleuré, elles attendent dans la prière ; prière plus ardente chez Marie, plus résignée chez Marthe. Où le frère Angélique montre le plus de supériorité, c'est dans les sentiments de piété que manifestent les Apôtres, saint Pierre surtout. Le pieux artiste n'a consacré que deux personnages à la représentation de tous les autres assistants, l'un encore occupé à se préserver de l'odeur infecte qu'il croyait devoir s'exhaler du tombeau ouvert, l'autre saisi d'étonnement et presque d'effroi. Ce ne sont pas des amis, et leurs expressions ne mériteraient que des éloges, si elles étaient un peu plus modérément ménagées, comme propresà exprimer la variété des impressions que le miracle du Sauveur produisit dans la foule. Ce petit tableau offrirait encore les germes de la plus grande beauté, dans la figure même de Lazare, dressé debout dans ses bandelettes, et s'y soutenant par la seule puissancede l'injonction divine; moins décharné que dans le tableau de Giotto, il conserve encore quelque chose de l'aspect du tombeau, assez pour montrer qu'il se réveille à la vie, et son premier sentiment est celui d'une douce reconnaissance, rendue sensible par la seule inflexion de son regard et la jonction de ses mains, à demi dégagées à cet effet de leur enveloppe.

Aucun tableau de la résurrection de Lazare n'a eu autant de succès et n'a fait surtout autant de bruit que celui auquel le concours du dessin de Michel-Ange et du coloris de Sébastien del Piombo semblait assurer le triomphe sur les œuvres les plus éminentes de Raphaël; mais la Transfiguraiion n'en domine pas moins de toute sa hauteur le tableau que l'on prétendit lui opposer. A part l'importance que lui

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donoe le souvenir de celte rivalité, \^ Résurrection de Lazare dont s'honore justement National Gallery^ est surtout un tableau très-bien peint et très-bien dessiné, oii rien lae choque le sentiment chrétien, mais où rien nQn plus ue l'élève bien haut.

Parmi les plus remarquables tableaux modernes que l'on puisse citer sur ce sujet, celui de Jouvenet, dans la galerie du Louvre/ se fait remarquer par le mouvement excessif des poses et des sentiments (caractère commun à toutes les compositions analogues depuis le xvi<) siècle), où ressortent surtout la curiosité et l'effroi de quelques spectateurs. Les deux sœurs se distinguent peu dans la foule. Notre- Seigneur, s'il ne la dépassait de la tête, par un heureux artifice de composition, y demeurerait lui-même presque inaperçu. 11 y a quelque chose de plus beau dans Lazare ébloui par la lumière, au moment où il se lève.

Overbeck, naturellement, a t'ait régner dans la composition que nous lui devons des sentiments plus pieux, et, en cela même, il est plus voisin du vrai. Chez lui , le Sauveur est bon, Lazare est reconnaissant, la foule attendrie, et, pour rappeler l'opposition que rencontra une manifestation si bien faite cependant pour convaincre, il suffit du seul personnage qui s'éloigne. Mais on regrette dé -ne pas reconnaître Marthe et Marie parmi d'autres femmes également touchées. La scène se passe dans une grotte, dont la large entrée sert de fond à la figure du Sauveur, et Lazare sort de son tombeau, comme d'une fosse ouverte dans le sol. Cette disposition est favorable à l'effet proposé, d'autant plus qu'elle est secondée par une heureuse distribution de la lumière que répand sur la scène une ouverture formée dans la voûte.

Dans tous les cas, le sujet, dans ce dessin, ne nous apparaît que sous l'une de ses faces, et nous croyons devoir clore les quelques pages que nous lui avons consacrées , sous l'impression du grand parti que Ton pourrait tirer des compositions du xiv» et du xv*^ siècle, en les modifiant par l'emploi bien ménagé des ressources et des observations dont Tari a pu s'enrichir depuis Gibtto et le frère Angélique. Que Jésus ait autant d'autorité que le premier a voulu lui en donner, qu'il soit aussi sna^e que l'autre savait le faire, que Lazare se soit levé, avec des traces encore sensibles de son séjour dans le tombeau, mais que son œil soit vif et son air reconnaissant; que Marthe et Marie se distinguent Tune et l'autre, fortement accusées, chacune dans son rôle. Ne laissez subsister qu'un indice de la crainte que des spectateurs de peu de foi ont eue de l'odeur cadavéreuse qui naturellement aurait dû s*exhaler à l'ouverture du toml)eau. Faites éclater la foi et le contentement sur le visage des

disciples; que. les autres ne soient curieux , étonnés, ébahis que modérément, ne fut-ce que pour ne pas leur laisser prendre le ton sur les figures principales, par le trop d'éclat de leurs sentiments plus vulgaires; et si vous le voulez, ajoutez en arrière une ou deux figures de francs opposants, soucieux et confondus, car telle dut être leur première impression avant de s'être réciproquement enhardis à montrer leur haine et leur envie, accrues à proportion du relief et du crédit que devait acquérir Tauteur de ces œuvres vraiment divines.

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