‹ Guide de l'art chrétienChapitre 109 sur 238 · ENTRÉE DE NOTRE-SEIGNEUR A JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

ENTRÉE DE NOTRE-SEIGNEUR A JÉRUSALEM

Notre-Seigneur , lors de son entrée triomphale & Jérusalem, aux approches de sa Passion, consentit à recevoir les honneurs de la royauté qu'il avait refusés jusques-là. Ne voulant pas user de sa souveraineté en ce monde , il ne craignit pas au moins de l'affirmer, le moment venu. Les paroles de saint Matthieu: Ecce rex tuus mansuetus, « voici ton roi plein de douceur •, ne laissent pas de doute qu'il n'ait alors accepté dans ce sens les honneurs qui lui furent rendus. Ce sujet, l'un de ceux qui avaient été adoptés par les sculpteurs des anciens sarcophages, s'y voit, contre l'ordinaire, traité quelquefois avec assez de développement pour former lui seul un véritable tableau , si on l'isole des autres sujets, avec lesquels il se lie néanmoins par une pensée commune. Ses circonstances se prêtaient à ce développement, mais il y portait surtout par sa signification; il n'est pas besoin d'y lier, au moyen d'interprétations symboliques, l'idée de triomphe, aliment essentiel de toutes les productions de Fart chrétien aux iv^^ et v* siècles. Le triomphe du Sauveur est le fait luimême: Ckrisiwvincit^ régnât y imperat^ « Jésus-Christ est vainqueur, il règne, il commande )>. L'entrée à Jérusalem ne fut historiquement qu'un triomphe passager ; mais ce triomphe exprimait un droit absolu, et il est l'image d'un triomphe perpétuel. En tant qu'homme, Jésus salué solennellement^ ce jour-là, du titre de fils de David, était le roi légitime do peuple juif; en tant que Dieu, il est absolument le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs. Roi pacifique par excellence, il fait la guerre; mais, de tous les vainqueurs, il est le seul dont, la victoire sera définitive et aura pour fruit la paix sans fin.

L'extension donnée à l'entrée triomphale de Notre-Seigneur à Jérusalem ne va pas, sur les anciens sarcophages, au delà des termes d'un résumé. Le caractère de l'art à cette époque n'aurait pas comporté une

236 GUIDE DE L ART GHIUïTIEN.

mise en scène comme nous la comprendrions aujourd'hui. Cependant, sur Tun des sarcophages du Vatican , le nombre des personnages qai viennent y concourir s'élève jusqu'à neuf, les uns étendant des draperies sur le sol , les autres s'avançant au*devant du Sauveur avec des palmes et des guirlandes de feuillage ; d'autres encore le suivent et l'acclament ^ Il y a, dans toute cette scène, de l'action et de la vie, qui contraste avec le tableau du Beato Angelico consacré au *Ynéme sujet , dans les panneaux de l'Académie, à Florence, ei où Ton observe une singulière quiétude et presque de l'immobilité, quoique les personnages soient plus nombreux. Il est constant que les artistes du w^ siècle animaient plus volontiers une scène , conformément à l'imitation de la nature, qu'on ne l'a fait après eux. On voit aussi qu'il a manqué quelque chose au saint religieux de Fiésole, pour rendre tout le mouvement qu'il a voulu donner à la marche du Sauveur et de son cortège; on voit qu'il avait observé la nature plus qu'il ne l'a rendue; mais, par la pensée, modifiez son œuvre selon les indications mêmes qu'il a données, et tout est dans le vrai, selon le type de suavité qui lui est propre. Il veut faire aimer Jésus; et dans les doux regards de ses personnages, il montre combien on peut l'aimer. Le sculpteur de notre antique sarcophage le veut faire acclamer. Dans ces diversités de sentiments, gît ce qui distingue le plus deux oeuvres profondément chrétiennes , chacune dans son genre. Dans l'une et l'autrC) le Christ bénit; dans la pensée de Tune et de l'autre, on sent le Dieu ; mais, ici, il se manifeste par l'excès de sa bonté; là, on a voulu signitier le commencement de son règne sans lin. Représenté avec le type de son immortelle jeunesse, plein d'une noble aisance, il va entrer dans Jérusalem, et son humble monture, élevée en dignité par un si glorieux fardeau, richement enharnachée. dresse la tête avec une juste fierté, prenant un pas haut et hardi jusqu'à Texagération.

Dans ce tableau et dans tous ceux que nous nous rappelons sur le même sujet, Notre-Seigneur est monté sur l'ânesse; sur' ce sarcophage, le jeune ânon ne se montre même pas; ailleurs, réduit souvent de proportion outre mesure, il accompagne seulement sa mère. C'est une inexactitude passée en pratique sans motif valable, et l'observation d'Ayalaà cet égard, bien que d'un ordre secondaire, est de celles dont il serait juste de tenir compte. Le texte de l'Évangile ne laisse pas de doute que Jésus n'ait demandé ce jeune animal qui n'avail pas été monté, pour le monter le premier, et ce ne fut pas sans y attacher un symbolisme

Page 1