‹ Guide de l'art chrétienChapitre 110 sur 238 · Bosio, R&m, fott., p · texte numérisé non relu

Bosio, R&m, fott., p

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sérieux. La seule question douteuse est de savoir s'il ne monta pas tour à tour ie fils et la mère , et ce doute peut excuser Tusage que nous critiquons néanmoins, parce que, comme le dit notre auteur, il est plu% probable que le jeune ânon eut seul cet honneur, et surtout parce que c'est lui dont il est parlé comme offrant une signification digne, d'être méditée. Mais, comme il est parlé aussi de Tânesse, si la composition le comporte, il ne sera nullement hors de propos de la faire figurer dans le cortège. La diflSculté ordinairement porterait sur une circonstance peu faite en apparence pour peser dansia question, et cependant très-réelle. Nous voulons parler de sa taille; placée comme accessoire, elle ne doit occuper qu'un espace secondaire, chose facile aujourd'hui, si le champ du tableau est assez étendu pour la mettre en perspective; mais on conçoit, au contraire, que les artistes de l'antiquité chrétienne et ceux du moyen âge, dans les conditions de leur travail, aient été amenés à substituer Tânesse à son ânon , précisément pour tourner la difficulté et pouvoir les représenter l'un et l'autre, à tel point qu'ils ont encore rapetissé le jeune animal beaucoup plus qu'ils n'auraient dû le faire en réalité ^.

11 est ordinaire, sur les anciens sarcophages, si réduit qu'ait été le nombre des personnages mis en scène, que l'un d'eux soit monté dans un arbre. Cette situation fait aussitôt penser àZachée, et M. de Guiihermy ayant observé la même circonstance dans les bas-reliefs de Notre-Dame de Paris, a nommé l'heureux publicainqui mérita, par unsemblableempressement, de recevoir le Sauveur dans sa maison. On serait tenté, d'un autre côté, de se récrier, comme si l'entrée à Jérusalem avait été ainsi confondue avec l'entrée à Jéricho, où se passa l'histoire de Zachée. Mais l'esprit de l'art chrétien bien connu, on revient de cette impression, et, sans confondre les deux événements, il ne serait pas défendu de croire que les artistes des temps primitifs* de l'Ëghse et du moyen âge leur ont pu emprunter simultanément des circonstances qui concourent à la même signification.

Que, dans un but de pure curiosité, des enfants montent dans un arbre pour dominer la foule et apercevoir celui, quel qu'il soit, qui l'attire, rien n'est plus naturel, et dans l'art moderne on n'y verrait qu'un trait de couleur locale. Sur la plupart des monuments du moyen âge, tels que

I. Bosio, Hom, toU., p. 63, 98, 293, 425; d*Agincoart , miniature du xii< ou xiii* siècle (Peinlure, pi. cm, n« 3) ; Cahier et Martin, Vitraux de Bôurgti, vitrail de la Passion, pi. v ; Tapiueriei de /teims, mystère de la Passion, pi. m ; Tableau du'Beato Angelieo, panneau è rAeadémie de Florence. Beaucoup plus fréquemment, on ne Toit qu'un seul âne, celui qui est moulé par Notre- Seigneur.

23S GUIDE OR l'art CHR^IRN.

les miniatures de VExultet de la cathédrale de Pise, et celles do raaoïiscritdu xii^ siècle pabliées par d'Agincourt^ dans les Pein/ufM de Giotlo, à Padoue et dans les bas-reliefs de Notre-Dame de Paris eux-mêmes ;oe sont bien des enfants qui sont montés dans les arbres, et ils en cueilleul des branches pour les étendre sur les pas du céleste triomphateur. Hais sur les anciens sarcophages, on ne peut admettre rien de semblable. Le personnage qui monte dans un arbre, est d'âge mûr et il n'est occupé qu'à regarder. L'étude des monuments de cette époque nous incline à penser qu'on n'aurait pas tenu à lui , autant qu'on l'a fait , si on ne lui eût attaché une idée importante. Nous croirions donc qu'on a voulu l'offrir comme un type du chrétien qui, par son active coopération à la grftce, va au-iievant de l'Auteur du salut, et mérite de l'accueiilir triomphant dans son âme.

il est vrai que les pratiques les plus archaïques et les plus conventionnelles dans leur sévère immobilité, ne se sont introduites que postérieurement dans l'art, avec la manière dite byzantine, et que la manière primitive s'en distingue par plus de mouvement et de tendance à l'imitation naturelle, bien que l'expression de réalisme ne lui ait été que très-improprement appliquée; mais il faut reconnaître que cette teiïdance ne va pas au delà des formes et des attitudes, et, si on nous permet de nous exprimer ainsi, de la diction, et que jamais la signification conventionnelle des hommes et des choses comme autant de termes du langage, ne fut plus générale ni plus profonde.

Ces considérations nous ont entraîné bien loin de l'art moderne, vers lequel les sujets précédents nous avaient, au contraire, beaucoup ramené. Traitée par Flandrin, à Saint-Germain-des-Prés, aveccette saveur antique qu'il savait associer à la rectitude du dessin, reconquise depuis trois cents ans , l'entrée de Notre-Seigneur à Jérusalem, figurée à l'entrée du chœur dans cette église, pour dire tous les triomphés du Sauveur, n'a été le sujet d'aucun tableau isolé digne d'être cité. Vienne cependant un peintre qui, avec l'habileté de mise en scène que l'on possède aujourd'hui, se pénètre des pensées et des sentiments que nous venons seulement d'effleurer , il arrivera à faire sur ce sujet l'une des plus belles pages d'histoire qui soient jamais sorties d'un pinceau d'artiste. — Ecce rex /tau. venit tibi mansueius: voici, de tous les princes, celui qui est le seul vraiment Roi, et, de tous les hommes, celui qui est le plus parfaitement doux f

1. Martini, Tk€airumbaê. Pi$; d*Agincoui t, Petn/wre, pi. cm.

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