Lac, XII
PRÉDIGATIONS DE NOTIIB-StfOffBUR. 9ft5
Le mauvais riche lui fait signe de s'éloigner, et le malheureux n'aurait obtenu aucun soulagement, si deux chiens n'étaient venus lécher ses plaies. Plus haut, les rôles cbaiigenl; le mauvais riche souffre sur son lit de douleur, sa femme cherche en vain à le soulager, tandis qu'un démon se tient prêt à saisir son âme. Cet esprit infernal la saisit en effet, dans le médaillon central, au moment où elle s'échappe, sous figure humaine, de la bouche du moribond, et alors, malgré la présence de la femme, un ser* vîteur s'est déjà emparé d'une partie de ses dépouilles. Dans ce même moment, Lazare rend aussi son ftme, mais il la rend, au contraire, entre les mains d'un Ange, et tout dans son attitude annonce la paix dans une heureuse fin. Élevez les yeux plus haut encore : voici deux démons, qui précipitent dans un puits de feu, l'âme du riche coupable; un autre démon, au^itftt après, lui fait avaler de l'or fondu, et l'âme de Lazare, portée sur un linceul, est enlevée par les Anges. Sur cette même ligne horizontale, dans le demi- médaillon latéral opposé, on revoit le malheureux supplicié, dans sa fosse enflammée, où les démons viennent encore ajoutera »es tourments; c'est alors qu'il s'adresse à Abraham et lui fait ses supplications. Pour le couronnement de l'œuvre, en effet, le médaillon supérieur est occupé par Abraham, portant dans son sein Tâme désormais bienheureuse, et pour toujours, du pauvre Lazare.
Ce développement de la composition se trouve avoir beaucoup d'analogie avec les prescriptions du Guide de la Peinture du mont Athos. L'auteur grec fait seulement de plus intervenir David avec sa harpe, au* moment où les Anges enlèvent l'âme du bienheureux. M. Didron dit, en note, avoir rapporté du mont Athos, une gravjire où le riche, — vieillard aux amples et somptueux vêtements, — est coocbé sur un lit de roses; sa femme, ses parents pleurent sur sa fin prochaine; à son chevet veillent des démons; et quand son âme sort de sa bouche, c'est l'archange saint Michel qui s'en empare pour la percer de son épée. M. Didi'ou blâme sévèrement, et avec raison, ce rôle de bourreau donné à l'Archange : il n'appartient qu'au démon.
L'on trouve également, dans le curieux manuel que MM. Didron et Durand ont rapporté de la Grèce, la manière de rendre les autres paraboles de rÊvangile. Généralement, les prescriptions données par le Guide mènent au développement de la signification qu'il leur attribue plutôt qu'à leur exposé littéral. Ainsi, pourexprimer la parabole des dix Vierges, il veut que l'on représente le Paradis comme une sorte d'édifice, audedans duquel on apercevrait le Christ ayant les cinq Vierges sages derrièrelui,etregardant audehors pour direaux Vierges follesqui frappent à la porte : «Je ne vous connais pas». Plus loin, dans une autre scène, on verrait des tombeaux d'où sortent les dix Vierges^ se partageant sans doute à
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droite et à gauche, quoique le Guide ne !e dise pas, tandis qu'un Ange sonnerait de la trompette.
De même, il prescrit, pour rendre la parabole de l'Enfant prodigue, un mélange du sens littéral, et de son application aux pécheurs convertis, où celle-ci l'emporterait de beaucoup. Au sens littéral appartiendrait la partie du tableau où l'on verrait le prodigue mangeant et buvant avec des femmes de mauvaise vie-, mais la maison paternelle serait le temple et l'autel ; le frère aîné y serait en prière; ce serait là que Ton verrait revenir le prodigue; Notre-Seigneur lui-même l'accueillerait, l'embrasserait, lui donnerait la communion ; les Apôtres viendraient l'oindre de myrrhe et lui donner une croix; les Anges autour de lui formeraient un concert, et le drame se terminerait par une scène entre le Sauveur et le fils aîné, sur cette pensée : a-Mon fils, tu as toujours été avec moi, ^et tout ce que j'ai est à toi d, c'est-à-dire à l'exclusion de tout reproche pour celui des enfants qui est toujours resté fidèle.
Dans la parabole du bon Samaritain, il ne resterait même plus de trace du sens littéral, et la représentation serait tout entière conduite d'après le sens anagogique. Au début , l'on verrait le Paradis , représenté sans doute par une cité comme dans la verrière de Sens; une épée de teu à la porte, puis Adam et Eve nus et pleurant au dehors. Une autre scène serait consacrée aux désordres de l'idolâtrie, au débordement des mœurs, en présence de Moïse avec ses tables de la loi, d'Aaron incapable de remédier à de tels scandales, et du prophète Isaïe, destiné au contraire à reporter la pensée vers le remède qui doit venir. En efl^et, voici plus loin une église au sein de laquelle les Apôtres prêchent, baptisent, donnent la communion, et au-devant d'eux le Christ, qui présente d'une main le livre de saint Paul et les tables de la Loi, et de l'autre supporte sa croix chargée sur ses épaules : remède aux afi^reux désordres qu'il montre derrière lui.
Presque toutes les paraboles de l'Évangile sont ainsi transformées, par le Guide de la Peinture^ en tableaux mystiques d'une facile composition.