‹ Guide de l'art chrétienChapitre 120 sur 238 · PARABOLES DANS L ART MODERNE · texte numérisé non relu

PARABOLES DANS L ART MODERNE

. L'art moderne, depuis le xvi^^ siècle, a pris dans tout TOccident, quant à la manière de rendre les paraboles, une voie diamétralement opposée

Envisagées sous leurs formes naïves et directes, elles appartiennent au langage familier, et seraient un parfait aliment pour les peintres de genre qui voudraient en même temps ne pas sortir d'une atmosphère de piété et d'édification. Au contraire, à des époques où, par habitude, les choses religieuses occupaient encore la place principale dans les esprits, alors Qiéme que la vie se livrait au plaisir et s'éloignait du devoir, des peintres portés à chercher les effets pittoresques, partout où ils croyaient pouvoir les trouver, ont adopté quelques paraboles comme sujets de tableaux de genre, sans y mettre rien de religieux, loin d'y attacher rien d'édifiant. Ainsi, YEnfant prodigue de Teniers, au Louvre, est un jeune officier de l'époque, qui est attablé, en mauvaise compagnie, à la porte d'un cabaret. Les Vierges sages^ de Schalker, à Munich, sont parées pour le bal, en face d'une statue de Minerve, et les Vierges folies sont de pauvres filles . qui n'ont pas d'assez belles robes pour y entrer, et ce qu'elles demandent, c'est de l'argent, afin d'en acheter. «

C'est comme ayant de l'aptitude pour le genre^ que le Bassano a aimé à prendre fréquemment pour sujets de ses tableaux diverses paraboles, et c'est pour la même raison qu'elles ont été traitées principalement par les Flamands et les Hollandais.

Cependant elles peuvent être considérées comme offrant les éléments d'une haute peinture du cœur humain, et l'histoire de l'Enfant prodigue, plus qu'aucune autre, jouit, à ce point de vue, d'une popularité iftéritée*. Prenez le jeune fou à son départ, vous n'aurez guère qu'à faire miroiter autour de lui tout ce qui peut promettre du*plaisir à qui a de l'argent. Mais avec le malheur viendront les pensées graves, les scènes à caractère : le voici dans la solitude, dans le dénûment, pâle, amaigri, alors qu'il se souvient de la maison paternelle, qu'il se repent : c'est le sujlct d'un tableau de Salvator Rosa. Le peintre, pour faire valoir tout un côté , de son brillant talent, l'a entouré d'un riche troupeau* A l'ombre de ces grands arbres, on voudrait être pâtre soi-même pour garder une si belle vache, de si douces brebis, des chèvres si caressantes. C'est un contresens : on ne devrait voir là que ces ignobles pourceaux qui, au contraire, se cachent à moitié; mais, 'à cela près, pourvu qu'on ne lui demande pas du mysticisme proprement dit, on sera content du peintre, et on augurera bien de l'avenir de ce mauvais sujet. Désormais il voit juste. Rendez-lui sa position, il s'y conduira honnêtement. Mais c'est surtout la scène du retour qui était faite pour séduire les artistes : pittoresque, sentiment, contrastes, tout cela, dans cette scène, est mis à leur disposition. Ce qui frappe surtout dans le tableau de Murillo qui, de la Caridad de Séville, est passé dans la galerie du duc de Lutherland, c'est le repentir si vrai du prodigue. Le père de famille, aussi, est plein de vérité dans son T. IV. 47

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empressement un peu grave; le petit chien, qui reconnaît son jeane maître, achève de déterminer le ton du tableau. C'est quelque chose que Ton a vu ou que l'on peut voir; mais il a fallu un grand maftre, dans l'art d'observer et de sentir, pour te peindre ainsi. Tout est dans ce groupe, et Ton pourrait supprimer les accessoires sans diminuer le mérite de Tœuvre. On sait parfaitement que les témoins de ce spectacle ea durent être touchés; que les lambeaux de vêtements de ce malheureux vont être remplacés par les insignes de la position sociale dont il était déchu ; on sait bien que le veau gras va venir, et il n'était pas nécessaire d'anticiper sur des ordres qui, en réalité, n'ont pu encore être donnés. L'ample manteau du père, garni de fourrures, une seule colonne de I ses portiques, diraient assez quel est son rang et tout ce qui attend danssa maison celui qu'il reconnaît pour son fils. Hais il y a dans le public des gens qui aiment qu'on les aide, et c'est un mérite que de les avoir satisfaits, de telle sorte que le tableau du Guerchin, rapproché de celui de Murillo par Mme Jameson, n'eu supporte la comparaison qu'à son désavantage. 11 y avait, dans ces trois demi-figures, tout ce qu'il fallait pour i composer un chef-d'œuvre. Le père compatissant ordonne de revêtir ] de vêtements convenables ce (ils qui lui est arrivé demi-nu. L'expression ' appropriée à cette situation est comprise, quoique insuffisamment sentie. , C'est une heureuse idée que celle du contraste entre la mise riche et élégante du serviteur qui apporte les habits, et le pitoyable état ob est réduit l'enfant de la maison; mais il fallait que, dans son type, celui-ci rappelât la distinction de sbn origine, tandis qu'il a l'air vulgaire d'un vaurien ramassé dans la rue ^.

Après tous ces exemples, venus de sources si diverses, noas ajouterons que la mine poétique que présente un pareil sujet est loin d'être épuisée. • n est neuf, au contraire, nous ne craignons pas de le dire, sous ses aspects les plus importants, puisque non-seulement aucun peintre n'asii unir suffisamment les qualités que nous venons de voir.éparses, mais surtout parce que les puissants moyens d'exécution mis à la portée des artistes modernes sont jusqu'à présent restés stériles entre leurs mains pour élever jusqu'à la dignité de la contrition ce repentir qui ouvre au pénitent les trésors de la miséricorde divine, et jusqu'à pouvoir servir d'image à cette miséricorde même, l'affection d'un père pour son fils repentant.

Ainsi, l'on vient de voir quatre manières principales de rendre les paraboles : par des représentations symboliques, où l'on exprime ce qu'elles

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