Cum accepissel linteum prœcinxit te. (Joan., xiii
est emmené au martyre. La scène est représentée avec cette circonstance toute nouvelle, que la croix, instrument du supplice de i*Apôlre, est portée devant lui. Elle est mise^ d'ailleurs, comme il arrive si fréquemment, en pendant de celle où Notre-Seigneur lui-même est emmené devant Pilaie.
On s'explique alors très-bien que le lavement des pieds de saint Pierre serve lui-même de pendant au lavement des mains de Pilate, vaine cérémonie de sa part, qui lui laisse toute la responsabilité de sa criminelle Faiblesse; tandis que» lavé par le Sauveur, on est puritié de toutes ses souillures. Am*!né, par la correspondance des deux sujets et leur disposition symétrique, à faire asseoir saint Pierre sur un siège élevé comme celui de Pilate, il est résulté que l'Ëglise et le chrétien sont exaltés en sa personne. L'on voit comment il faut s'humilier à l'exemple du Sauveur, comment il faut être purifié par lui pour être exalté. L'on voit comment le règne du christianisme est substitué à celui de l'ancienne Rome païenne. On remarquera encore que , sur tous ces sarcophages , le sujet principal est celui du dépôt de la loi confié à saint Pierre, et que son type est très-bien observé, sur celui surtout du musée de Latran *.
Quoi qu'il en soit de la légitimité de nos interprétations, il e>t certain que le Lavement des pieds a été représenté avant le xi* siècle, au x^' pro. bablement, sur la feuille de diptyque de Milan précédemment citée 3; et il est fort à remarquer qu'il y précède, sans intermédiaire, une scène oti, Pilate se lavant les mains, Jésus est emmené au supplice; c'est-ft-dire le sujet même, sauf des différences secondaires, qui lui est opposé sur les sarcophages.
Le Lavement des pieds figure après la Cène, à Saint-Urbain alla Caffarella^ mais sans aucun trait qui lui donne un caractère. Il en e^t de même dans deux miniatures du xii^ou du xni* siècle — l'une grecque et l'autre italienne, ~ que d'Agincourt a rapprochées , pour montrer leur analogie 5. '
Dans les bas-reliefs de l'enceinte du chœur, à Notre-Dame de Paris, dans les fresques de Giotto, à l'Arena de Padoue, ce sujet suit la Cène, représentée par uïi seul tableau. Dans les panneaux de la Vie de Notre- Seigneur^ par le Beato Angelico, et sur les toiles peintes de Reims,
1. CeUe observatioD s'applique directement à la scène da Lavement des pieds : dans la scène centrale dn Triomphe et du Don, et dans celle où saint Pierre est emmené , sa figure est trop allongée; mais on trouve de fréquents exemples de cette irrégalariié. qui ne nous paraît venir que d*iin certain laisser-aller de la part des sculpteurs. Il imus parait remarquable aussi que, sur ce monument, saint Pierre ne portant pas la croix comme d*ordinaire dans la scène centrale du Don sacré, elle soit portée dotant lui, dans la srène lali^rale, où, par son martyre, il participe à la Passion de son divin Maître, pour narticiper à sa gloire.
2. Gori, Tht$. te/, dyp/., T. III, pt. xxxiir. Ann, arch,, T. XXI, p. 18.