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id., pi. xcvi

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vient les réveiller. Dans la miniature He d'A^incourt, la main divine est tendue au-dessus du Sauveur prosterné , sur le sommet d'une montagne , au bas de laquelle sont groupés les onze Apôtres. A Bourges, la main divine a disparu; Notre-Seigneur apparaît seul en prière, d'un côté, et les trois Apôtres choisis, de l'autre, endormis sur le même plan. Parmi ces monuments du moyen âge, c^est le bas-relief de Paris qui remporte sur tous les autres, et sa supériorité tient surtout i l'attitude de Notre*Seigneur, laite pour accuser de vives angoisses et une offrande complète de soi-même, son corps étant fermement dressé sur ses genoux, et sa tête penchée, mais de telle sorte que son regard continue de s'élever vers Dieu le Père, représenté au-dessus.

Dieu le Père tient un livre; cet attribut ne lui étant pas propre, puisqu'il revient principalement au Fils, n'est-on pas en droit de croire qu'il contient les suprêmes décisions de la Sagesse divine, d'où dérive l'opportunité des souffrances inouïes auxquelles doit s'assujettir le Fih de Dieu dans sa nature humaine? L'intervention angéiiqueest rappelée plutôtque représentée par trois petits Anges : iU ne viennent pas encore prêter leur secours au divin Sauveur, mais on comprend qu'ils sont prêts à l'assister de tout leur pouvoir. Les Apôtres endormis sont au nombre de sept, nombre qui, dans la circonstance, semble purement arbitraire et adopté par simple motif d'espace et d'agencement ^. Dans tous les cas, s'il est blâmable, ce ue serait pas parce qu'il indique, par un groupe de nombre indéterminé, la totalité des Apôtres, mais parce qu'il ne distingue pas des autres les trois d'entre eux spécialement choisis pour approcher de Notre-Seigneur.

. Dans la miniature du Spéculum donnée par lady Eastlake, il n*y a plus que deux acteurs : le Christ et l'Ange. Le Christ, ici encore, est conçu dans un sentiment très-élevé; il accepte tout, mais comme en contemplation, et sans faire apercevoir la lutte de la nature;* l'Ange est suspendu en l'air, et il laisse évanouir dans une draperie flottante la partie inférieure d'un corps humain, auquel il n'a besoin de rien emprunter au delà de la tête et de bras. Il tient une banderole déployée : c'est encor« le signe des décisions divines. Présenté par cet esprit céleste dont la mission était consolatrice, il semble fait pour dire que le Sauveur fut surloul soulagé et fortifié par la considération des motifs puisés dans l'inlinie

Sagesse, qui lui imposaient son sacrifice et lui en faisaient apercevoir tous les fruits. Sur la planche de lady Eastlake, cette composition est rapprochéed'une esquisse deRembrandt, qui, merveilleuse comme effet',» Tétat de vague indication, n'en doit pas moins être considérée comtnfi

1. On pourrait croire que le nombre sept. a été choisi à raison de sa signil cation. Noas n*avon8 aucune raison de nous'opposerà cette interprétation.

singulièrement inférieure, sous le rapport moral. Ici tout est purement physique : la défaillance du Sauveur, l'assistance de TAnge.

Mais que penser de ces compositions du xv* et du xvi« siècle, si souvent imitées depuis, où non-seulement apparaît lecalice, — nous en avonsdt^jà justifié l'emploi, — mais où ce calice est présente par TÂnge? On concevrait qu'il fftf posé devant le Sauveur, que Notre-Seigneur le tint même à la main, comme hésitant à le boire, ou plutôt comme prêt à le faire malgré les répugnances excessives de la nature. Ainsi, dans les vignettes de Simon Voslre, Notre-Seigneur est à genoux' devant le calice, sans intervention d'aucun Ange. Il serait dans l'ordre que l'Ange intervint-, et parmi les rôles qu'il pourrait prendre, aucun ne lui conviendrait mieux que de montrer ce calice comme pour engager le Sauveur à l'accepter par des motifs dignes de lui : c'est-à-dire que l'Ange remplirait, sous cette forme, exactement le même office que nous avons dû louer dans la miniature du Spéculum.

Il n'y a phis qu'un pas à faire, un pas très-facile. L'Ange prend le calice : au lieu de le montrer seulement, il le tient et l'offre, comme il montrait la banderole. La succession de ces idées explique et justifie le résultat. Mais si l'on peut se croire autorisé^ en conséquence, à continuer, comme on l'a tait plus généralement depuis quatre ou cinq cents ans, à mettre le calice entre les mains de l'Ange, il ne faut pas perdre de vue quel est le sens de la situation : soutien moral ayant pour but de faire accepter l'amer breuvage, sans en dissimuler l'amertume Ainsi une mère, présentant elle-même à son enfant la potion répugnante qui doit le sauver de la mort, la lui fait prendre plus volontiers. Ici, celui qui doit prendre le remède n'est pas le malade, mais Jésus se substituant au malade pour lui rendre la vie.

Il fautseulement éviter deux choses : bien que l'Ange soit un Ange consolateur, le calice ne prendra pas cependant entre ses mains le caractère d^une boisson rafraîchissante : ce serait un contre-sens. Le calice étant devenu le symbole de l'Eucliariâtie, dont il est l'instrument, l'Ange ne l'offrira pas comme s'il administrait ce sacrement : ce serait une confusion. Pour plus de clarté, un certain nombre de peintres ont fait émerger du calice, ou la croix seule, ou avec elle les autres instruments de la Passion. Nous en connaissons des exerapl s donnés par Gaudenzio Ferrari, par le Garofolo, par Carlo Dolci. Ce procédé iconographique nesaurait être blâmé. Il dit en peinture ce que la langue exprime par des fi^'ures d'un autre genre. On peut cependant s'en passer; et pourvu que l'Ange ne présente pas le calice dans des formes usitées pour l'administrât on du sacrement de nos autels; pourvu qu'il conserve un air grave et compatissant, bien éloigné d'un doucereux sourire, la situation même, Tatli-

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tude et Texpressiou du Sauveur suffiront pour ne laisser peser aucun doute sur le caractère de la représentation.

Les exemplescités, du calice chargé des instruments de la Passion, sont du XVI' et du xvu' siècles. Dès le xv% on en trouve où ces instruments sont présentés séparément à la céleste Victime. Il en est ainsi sur la toile de Reims. Au fond, c'est la même pensée et un moyen presque ^Suivaient de la rendre. Mais, par le fait même de la multiplicité et de l'éloignément des Anges, leur ministère ne ressort pas assez dans le sentiment déterminé par l'Évangile : ils montrent 4a Passion en perspective, ils ne donnent pas l'idée d'un soulagement. Il faudrait que l'un d'entre eux, plus rapproché du Sauveur, remplit, comme nous avons essayé de la comprendre, cette mission, la plus grande qui ait jamais été confiée à aucun prince de la milice céleste. Le Poussin a essayé, effectivement, d'associer cette double donnée, et nous ne pouvons partager la manière de voir de lady Eastlake, qui le critique à ce sujet; mais nous ne saurions goûter l'extension qu'il a donnée au groupe de ses Anges. Leur air lutin, surtout, devient choquant lorsqu'ils mettent sous les yeux de Notre-Seigneur tout ce qui peut lui être le plus pénible; et TAnge principal est loin d'avoir une élévation et une gravité dignes de sa mission.

D^ns un tableau de V Agonie au Jardin des Olives^ le groupe de Notre- Seigneur assisté de l'Ange doit attirer toute l'attention; celui des Apôtres endormis ne peut jamais être considéré qu'à titre d'accessoire. Que faut-il donc penser des compositions — c'est le plus grand nombre— oit les trois Apdtres, sur le premier plan, présagent, par leur sommeil, la faiblesse qu'ils vont bientôt montrer? Il y a deux motifs pour excuser cette disposition : le prensier repose sur la difficulté de représenter d'une manière pleinement satisfaisante le groupe fondamental. En l'éloignant, on dira aussi.bien tout ce qui peut s'exprimer, et l'on évitera de lutter avec l'impossible. Puis, l'éiat même de sommeil où seront les Apôtres, exclut tout mouvement et toute expression de nature à distraire l'atten* tion; rien de ce que la vue rencontrera dans l'espace intermédiaire, ne l'empêchera de se reporter avec recueillement vers la scène offerte véritablement à nos méditations.

Les Apôtres endormis, d'ailleurs, nous montrent le vrai malade, l'humanité impuissante par elle-même à se relever de sa chute ; les meilleurs de ses membres, ses membres choisis, les voilà qui >'endormeiU, au moment déci^^if ; ils ne peuvent veiller seulement pendant une heure! Le Juste -qui se dévoue pour eux est laissé seul : Torcular calcavi solus. Le voilà seul dans le pressoir, dont il fait sortir son sang comme un vin généreux, pour abreuver le monde et lui rendre la vie et la santé.

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