‹ Guide de l'art chrétienChapitre 136 sur 238 · cf., id,, p · texte numérisé non relu

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II nous avait frappé, pour la première fois^ il y a plus de trente ans, sur uneprede//a de l'école de Giotto, dans l'église de San Miniato, aux portes de Florence. On remarquera que, sur la plaque d'argent d*Aix-la-ChapelIe, de même que sur le candélabre de Saint-Paul, le livre ou le volume de la science divine est dans la main du Christ ; que, là, ce divin Sauveur semble assis sur les nuées, comme le Souverain Juge; ici, sur un véritable trône, comme le Souverain Roi.

Ces monuments appartiennent, sans mélange, au cycle de la prépondérance des idées sur les sentiments ; la predella du xiv* siècle porte l'empreinte d'un esprit intermédiaire ; à cette époque, sous l'empire du naturalisme, on constate que la divinité de la céleste Victime est aussi complétementvoiléequeson visage sacré. Ainsi voilée, elle est frappée à grands coups; sa douceur et sa patience ne se montrent quedans son attitude, surun ivoire moulé par la Société d'Arunde1,epubIiédans \es Annales archéologiques ^. C'est contre la tendance ainsi formulée que réagit le mysticisme. Le Beato Ângelico, dans les exemples que nous avons cités, bande les yeux de son Jésus bien-aimé, mais d'un bandeau transparent, et il n'en dit ainsi que mieux la pénétration de cet œil divin, auquel rien n'échappe. Dans son tableau de l'Académie de Florence, c'est le calme et la sérénité qui domine dans l'attitude elles traits du Sauveur; il voit et il attend. Il attend pour donner le temps de la conversion, non point avec la pensée de la vengeance, mais dès aujourd'hui 11 est roi, et Ton sent qu'il jugera.

Dans le tableau des cellules de Saint-Marc, sa tête se penche, et son œil, au travers de son voile, prend un air comme de tendre reproche. Ce regar^ ne s'adresse point aux auteurs directs de ses ignominies et de ses souffrances, qui ne sont là rappelés que par des mains et une tête qui crache, jetées sur le fond du tableau comme d'ignobles souvenirs. 11 s'adresse à nous-mêmes, à nous chrétiens, invités à méditer devant lui, comme le font, de chaque côté, la sainte Vierge et saint Dominique; à nous qui sommes, par nos fautes, la première cause de tous ces outrages. Cest dans les replis de nos cœurs que pénètre cet œil voilé, et il y découvre la part de chacun de nous, dans ces indignes traitements dont la grossièreté nous révolte, et dont cependant le principe est en nous.

i. Société d^Arundel , xi«clawe, n» 7. ÂnnaUê arch., T. XXVH. Nous eraprantonsi cet ivoire les scènes de la Flagella tioD et do Portement de Croix.

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