‹ Guide de l'art chrétienChapitre 143 sur 238 · Perrgriaut po'lal ignominiam Crueit · texte numérisé non relu

Perrgriaut po'lal ignominiam Crueit

manière la plus expresse, au xiii* siècle, dans nos verrières de la Nouvelle- AlliaDce.

M. l'abbé Âuber a découvert, en 1849, dans l'église de Notre-Dame de Chauvigny, une fresque représentant un Portement de Croix où Notre- Seigneur, chargé d'une croix démesurément longue, est suivi d'une multitude degeun de tout éiat qui la portent avec lui. Pape, roi, cardinal, évêque, abbé, moioe, bourgeois, gentilhomme, manants, participent au fardeau sacré \ un mari et une femme s'y appliquent tous les deux ensemble; il n'est pas jusqu'à un enfant qui n'y mette la main. Un lion e^t là poeé, comme pour dire que porter sa croix est la véritable force, s'il n'est là simplement, comme le pense M. Auber, une allusion héraldique se rapportant au cardinal dont il e^t rapproché. Outre le Pape, deux autres personnages ont paru à l'auteur de cette découverte, être ceints de la tiare avec triple couronne, et ils lui ont paru, d'autre part, avoir des tigares de femme; il a jugé qu'ils représentaient l'Église et la Religion; nous ne sommes en mesure ni de contredire, ni de confirmer cette appréciation, mais il n'est pas douteux que l'artiste n'ait voulu ainsi faire à tout le monde l'application de ces paroles : « Si quelqu'un veut être mon disciple, qu'il renonce à soi-même, qu'il porte sa croix tous les jours et qu'il me suives».

A l'époque, à peu près, oii s'exécutait, sans beaucoup d'art, dans notre Poitou, cette peinture pleine de sens, le Beato Angelico pei^^^nait, à Florence, avec la délicatesse et le fini admirable de son pinceau, les cellules de son couvent de Saint>Marc, où figure au^si un Portement de Croix, conçu dçins un ordre de pensées Tort mystique. Tandis que, sur les panneaux de l'Académie, le texte historique a été serré de très-près par le pieux artiste, à Saint-Marc, la sainte Vierge suit seule son divin Fis, pour apprendre comment il faut le faire, doucement, tendrement, mais résolument; le mouvement du Sauveur lui-même est vif et résolu : tel est le sujet de méditation donné aux religieux qui devaient habiter cette cellule. Et comme modèle, en avant du tableau, saint Dominique est à genoux. U a laissé ouvert devant lui le livre des saintes Écritures, et apercevant, comme en extase, Jébus et Marie, il les accompagne du regard^ et l'on sent que toute son âme est avec eux.

Dans le cloître principal d'Assise, où la Vie de saint François a été peinte au xvi® siècle par Adone Doni, un tableau qui en résumo toute la pensée, nous a fait une impression qui, depuis plus de trente ans, ne s'est pas effacée. Notre-Seigneur y porte sa croix, et, chargé aussi de la sienne,

1. JHcebat qfitem ad omnes : Si quis vuU poft me venire, abneget semetipsumel tollat Crueem auom quatidie et tequatur me. (Luc, ir 23.)

GUIDE DK I, ART CHBKTIK.N.

le saint patriarche s'efforce, de tout son pouvoir, et non sans peine, de suivre son divin Modèle.

Notre-Seigneur portant sa croix devient à lui seul le sujet dé tout an tableau, et ce tableau peut prendre tous les tours d'idées des Portements de Croix d'une connposition plus développée. Ces Christs isolés conviennent surtout aux sculpteurs, et aussi aux tableaux isolés, comme les font le plus souvent les peintres modernes; et, selon l'esprit dominant, il faut s'attendre à y trouver désormais le sentiment de la souffrance et l'excitation à la compassion, plutôt que toute autre manière plus éleyée d'envisager le sujet. Dans un Portement de Croix^ d'ailleurs, la craix n'apparaîtra jamais si glorieuse qu'elle n'offre l'idée d'un rude labeur. Portée avec force et courage, olle est portée encore : mai**, une fois dressée, c'est elle qui nous porte, comme dit Vlmitation *. Li alors, avec oo sans souffrance de la part du Crucifié, elle peut s'étaler centime an signe complet de triomphe et de gloire.

PRELIMINAIRES DU GRUCIFIEUENT.

La croix dressée, Jésus est amené devant elle, dans un certain nombre décompositions, au moyen âge. Supposait-on alors que, dans la réalité des faits, les choses s'étaient passées de la sorte * ? Selon toute probabilité, dans la plupart des cas, on n'y pensait nullement. Dans la verrière de la Passion, à Bourges, où la croix affecte à son sommet la forme d'une porte ou d'un édifice, cette circonstance atteste que la composition est tout entière conçue en vue de sa signification. A Mon. reale, en Sicile, la position centrale de l'instrument de salut, d'accord avec ce texte : xps dvctvs ad crvcis passionem, dit aussi clairement que l'on s'est proposé surtout de le mettre en évidence et de l'exalter. Il est remarquable, d'ailleurs^ que, dans une série aussi développée, cette scène tienne lieu du Portement de croix. Dans celle des cellules de Saint-Marc, à Florence, où le Sauveur est attaché à la croix déjà dressée , le Beato Angelico s'est proposé de mettre plus en relief la céleste douceur avec laquelle la Victime, montée sur une échelle, se prête à cette cruelle opération. Cette composition participe, en cela même, du caractère mystique propre à toute la série. Une miniature du xiu* siècle, publiée par lady

1. Si Hbcnitr crucem portas, portahit te. (L. II, cap. xn, 5.)

2. Diaprés sa in le Brigitte , la Croix aurait été dressée avant que Notre-Seigoeur n'y fût aUaché. {Rev., L. VU, cap. xv.) Catherine Eminerich présente les choses ^ut anlrenient Saint Bonaventure admet les deux suppositions comme étant Tune et Tautre possibles.

Eastlake f, donnerait plus facilement à croire que Ton a eu en vue la réalité d'un fait qui se serait passé ainsi, en faisant monter Notre-Seigneur dans une échelle pour être attaché à la croix, également dressée à l'avaDce; mais le mouvement du divin Condamné est si résolu que, s*il ne manifeste pas l'intention principale de Tarliste, c'est du moins ce qui

frappe le plus le spectateur.

En reprenant Torvlre des faits, nous retrouvons, entre le Portement de croix et la Mise en croix, le Dépouillement du Sauveur: Cette scène n*était faite pour obtenir aucune faveur dans l'antiquité chrétienne, mais elle s'adaptait bien aui tendances ascétiques que saint Françoi», cet c amant « désespéré de la pauvreté », contribua à tant développer. Giotto a fourni le plus aucien exemple d'une représentation du dépouillement, que lady Eastlake ait pu citer, et peu de monuments ont échappé à ses judicieuses investigations ^. Il n'est rien de moins étonnant que de le devoir à celui de tous les artistes qui, par le côté de ses inspirations chrétiennes, a tenu le plus près au Séraphin d'Assise. Il était conforme à la progression des sentiments dérivés de cette source, que le Beato Angelico fût cité ensuite comme ayant traité ce sujet avec le plus de succès. Dans celui des panneaux de l'Académie qu'il lui a consacré, tout dans le Sauveur respire le détachement le plus librement consenti. Au mystère d'abandon et d'humiliation propre à cette scène, vient se joindre celui de la nudité du Sauveur. C'est une question jugée, dans ce sens qu'il ne doit jamais apparaître sans voile. Hais la situation amène à parler de la manière dont il sera voilé. Giotto et le Beato Angelico ont supposé que la divine Victime, sous ses vêtements, était déjà recouverte d'un voile. En effet, s'il avait fallu précédemment recourir au même moyen pour éviter la nudité complète pendant la Flagellation, le voile dont il se serait servi alors aurait pu lui rester ; mais ce ne serait que reculer la difficulté, si, au lieu de considérer la chose comme un procédé de représentation, on voulait vraiment se rendre compte de la manière dont les choses se sont passées.

Assurément, si le mystère du dépouillement auquel il a plu à Notre- Seigneur de s'assujettir, avait élu jusqu'à n'admettre aucune restriction, il aurait encore fait en sorte de se voiler, par le respect qu'il aurait su inspirera tous les yeux, les empêchant de regarder et, pour ainsi dire, de voir rien dece qui porto, cheztesautres, le cachet de ladégradationhumaine» bien qu'il n'y eût rien chez lui qui ne dut inspirer la plus exquise pureté*.

1. Hkiary ofour Lord, T. Il, p. 129. L*auteiir cîte un émail de même époque qui offre la nfétn» particuhrité.

2. Ibid,t T. II, p. 125. L) tableau cilé de GioUo est Tun de ceux de la série deTAcadémie de Florence.

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Or, ce que nous pourrions appeler un voile spirituel, nesauraît être représenté par les procédés de l'art, autrement qu'au moyen d'un voile matériel permanent. Peu importent, d'ailleurs, les usages qui pouvaient exister relativement au plus ou moins de nudité imposée aux condamnés dans l'exécution de leurs sentences; ou du moins, si la ehose a de Timportaoce, c'est comme question d'érudition, et non pour les besoins de Tart. Celai qui commande même aux volontés, s'il voulait effectivement un voile autour de ses reins, pouvait aussi facilement, à son choix, inspirer la pensée de le lui mettre aux auteurs mêmes de ses humiliations et desn tortures, ou recourir au ministère des Anges ^ Une pieuse tradition attribue ce soin à Marie; la pensée est souriante, et il serait puéril de la rejeter, sur le fondement de son invraisemblance. Si le divin Condamné l'a voulu, la très-sainte Vierge aura pu s'approcher de lui, et cette aetion aura paru ce qu'il y a de plus simple et de plus facile au monde.

Lady Eastlake a recueilli quelques rares exemples de la mise en scène de ce sujet gracieux et délicat, et, quoi qu'il puisse être arrivé, dit-elle, son bon esprit les lui fait envisager avec sympathie et taxer de susoepti*bilité chagrine le critique qui les combattrait^. Le plus ancien de ces exemples est donné par Holbein l'ancien, et il se trouve au Musée de Berlin. Malgré une certaine rudosse d'exécution, c'est un sentiment tendre, exprimé par un regard du Fils vers la Mère, qu'on y voit dominer. Ce sujet était bien adapté à l'esprit du xv« siècle et à' son prolongement dans le xvi®, partout ob la Renaissance n'avait pas été très- prompte à répandre la lumière de son soleil trop brûlant, c'est-à-dire à une époque de naïveté encore et de fraîcheur, et cependant chercheuse, affective,

portée aux innovations.

La Mise en Croix comprend deux phases bien distinctes : la Mite eu Croix proprement dite, où Jésus est cloué sur la croix, sujet spécialement propre k la xi« station du Chemin de la Croix, qui suppose une légère différence de lieu entre cette scène et celle du Crucifiement même, et Y Elévation de la Croix.

Les pieds et les mains de Jésus sont percés de clous; il faut comprendre que la vive poésie de cette scène, naturellement déchirante. réside surtout dans la liberté des mouvements du Sauveur, s'élendanl lui-même sur la croix. Les bourreaux, sans doute, pourront y montrer (le la cruauté; ils le feront d'autant plus que Yon voudra portera la compassion. On peut se rappeler que, d'après sainte Brigitte, les trous

1. Ces paroles de sainte Brigitte , mises dans la bouche de la sainte Vierge, pea?ents'eotendre dans bs deux sens : Stnnie auttm filin mto sicut natus ermi nudo eorpcre^ tmiuteM accurrens àpporiavH nbivelamen.... (Lib. I, cap. X.)

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