Labarte,Mrfs lAcftttfneb, pi. lxxx
1 Gori, Thtt. vft. dypt , T. Ht, pi. xxii. Buonaroiti, Frammênli âiVeIro, Mozionî, Tavole àtUa ttona delh Chiesa.
douleur est là cependant; elle est exprimée chez saint Jean, et dans les ligures allégoriques du Soleil et de la Lune, par le geste de la maio appuyée contra la joue. Ce geste devint alors fort usité pour exprimer sommairement un pareil sentiment, et il n'est pas rare de le voir attribue à Marie elle-même; on Tobserve, au xi^^ siècle, sur la porte de Saint-Paulhors-les-Murs-, au xm*, dans le vitrail de la Passion, à Bourges. Cependant, nous croyon3 pouvoir affirmer que jusqu'au xiu^ siècle, ce geste,, bien qu'il n'exclue pas la fermeté dans le sentiment du sacrifice, était resté plus particulièrement piopre à saint Jean : le caractère de la Mère de Dieu demeura plus absolument dans le sens de la force et de rhéroîsme. Nous ne connaissons aucun monument où il soit mieux marqué que d^ns la fresque du x^ou xi* siècle, découverte à Saint-Clément de Rome (pi. xui, fig. 1) ^. Les deux mains de la très-sainte Mère, élancées vers son divin Fils, sont d'autant plus belles, qu'en disant:— Le voilà!— elles semblent dire aussi : — Je l'ai sacrifié et je l'ofiTre pour vous. — Au contraire, la douleur exprimée ordinairement dans la figure de saint Jean disparaît ici, et l'on ne voit plus en lui que l'Apôtre qui montre la source du salut. Rien, cependant, n'exclut absolument ce tableau de la classe des compositions historiques, où nous voyons un peu plus tard l'impression de la douleur aller, au contraire, en Marie, jusqu'à la délaillance. Nous ne nous souvenons pas d'en avoir trouvé des exemples avant le xui® siècle, ayant jugé que le Portement de croix de l'égli ic Saint-Éiienne, à Bologne, publié par d'Agincourt, ne provenait même pas de sa première moitié. Nous serions porté à croire, d'ailleurs, que cette défaillance ou cette pâmoison aurait été représentée dans la scène du Porteioent de croix, avant de l'être dans celle du Crucifiement. Quoi qu'il en soit, on l'observe au xm^ siècle, dans le Crucifiement peint par Guntà de Pise, à Assise, et dans celui de Nicolas de Pise, sculpté sur la chaire du baptistère, dans cette dernière ville:
Ici revient la question de savoir si l'on peut admettre que la sainte Vierge se soit véritablement évanouie pendant le cours de la Passion. Nous avons dit (T. I, p. 216) que Benoit XIV, dans son traité des Fêtes chrétiennes, avant sa promotion au souverain pontificat, avait discuté cette question et l'avait résolue négativement, s'appuyant, entre autres autorités, sur le P. Carthagena, qui, en qualité de Maître duSacré-Palais, avait ordonné de détruire toutes les images où Ton était tombé dans cette erreur. Mais l'usage établi. n'en' subsista pas moins, à tel point que, sous le règne même de ce grand Pape, jusque dans les missels sortis de Pimprimeriedu
1. Nous rapprochons de cette composition, la sainte Vierge el saint Jean (Rg. 2, S) do triptyque grec de la^ Bibliothèque nationale, conçus dans un senliaient analogue, mais beaucoup moins accentué.
l.A STK VIKKOE HT ST.1KAN Al! PIV.D DE I.A CROIX
Vatican, destinés, par conséquent, à son usage personnel, on voit la sainte Vierge défaillante, soutenue par les saintes Femmes. D'un autre c6të, nous avons vu que, d'après sainte Brigitte, la sainte Vierge aurait effectivement perdu connaissance, au moment où elle entendit le premier coup des marteaux qui clouaient sur la croix son Fils bien-aimé. Une église, dite Spasmus VtrginiSj et attribuée à sainte Hélène, avait été bâtie à Jérusalem, dans le lieu même où, selon la tradition, la sainte Vierge, rencontrant son divin Fils, aurait éprouvé une défaillance. En 1620, d'après L. Boucher, la moitié de cette église était encore sur pied ^ « Buinée déjà au temps de Quaresimius, dit M. de Vogué, elle 9 n'est plus reconnaissable ^. » Quaresimius écrivait peu après Boucher, et Benoit XIV parait tenir compte de son autorité en faveur de la tradition, contre laquelle on voit qu'il évite de porter des conclusions trop absolues. En effet, la tradition peut avoir un fondement sérieux, sans qu'il y ait eu perte de connaissance de la part de Marie. Comme Notre- Seigneur succomba sous le poids de sa croix, Marie, par assimilation à son divin Fils, aurait, un moment, senti ses membres fléchir, quoique son âme fût restée ferme. « Au pasmoison de la Vierge, dit Boucher, il « est certain que la douleur extrême qu'elle souffroit de voir son divin c Fils si ignominieusement conduit à la mort, a interdit aux vertus natu- « relies et sensitives leurs fonctions ordinaires, mais non pas aux facul- « tés raisonnables, car au plus profond de ce pasmoison, son âme sainte « a toujours eu son entendement porté à la cognoissance actuelle de son € Fils, sa volonté à son amour, et sa mémoire à sa souvenance ^, » .
C'est là l'équivalent des adoucissementsapportés par Quaresimius au soutien de son opinion. Id multis explicationihus emollit et mitigat^ dit Beni^tXIV ^. Tous les auteurs sont surtout d'accord pour ne rien admettre dans Marie, qui sente et la mère désespérée, et la femme qui se laisse aller à des convulsions nerveuses ^; admettrait-on que Marie eût perdu connaissance, il Faudrait que ce fût comme dans une sorte d'extase, selon l'expression de sainte Brigitte, et la chose ainsi présentée n'empêche nullement que, Notre-Seigneurëtant élevéen croix, sa très-sainte Mèren'apparaisse debout près de lui dans un sentiment héroïque de participation à son sacrifice. On ne saurait justifier, dans aucun cas, les artistes du xiv« et du xv* siècle, d'avoir fait tomber Marie à la renverse, dans une attitude où disparaît
1. Boucher, Bouquet sacré, p. Sil. 11 din|ue cette église se ooaimaifc, en arabe, KofelQ el Adra, ce qai avait la même signification. ^
1 De Vogue, Let Égtiêêt de la Terre-SlbnU, p. 303.