Boucher, Bouquet sacré, p. 2i0. a
4. Benoit XIV, De Festis, De festo dûlorum, § 7. 6. !d., id„ § 8.
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toute dignité ; nous les excuserons si la défaillance est modérée, si Marie reste encore debout, soutenue par les saintes Femmes * ; mais alors, encore, nous dissuaderions de les imiter. Il faut cependant tenir compte des intentions, qui étaient certainement d'atteindre au spectacle de la plus grande des douleurs, et non de soutenir aucune thèse sur une question
S6 Marie percée par un glaive sorti du côté de Jésus. (Golleclion Sauvageot.)
de fait. Il est remarquable que Giotto et le Beato Angelico ont représenté la sainte Vierge en défaillance, précisément dans des compositions mystiques, comme celle de la Croix en arbre de Santa Croce^ à Florence (T. Il, pi. xix), comme la peinture du chapitre de Saint-Marc, dans la même ville. Il s'en faut de beaucoup, d'ailleurs, que ni Tun ni l'autre se soit fait une règle, en toute circonstance, de la défaillance au pied de la croix. Dans le Crucifiement de VArena^ à Padoue, le sentiment de la douleur l'emporte encore, il est vrai, et Marie s'affaisse légèrement sur elle-même, mais sans perdre connaissapce, et de telle sorte qu'elle pour-
1. Nous en donnons un exemple emprunté à un^ ivoire en style du xiv* siècle, de la coileclibn Sauvageot, au Louvre (n» 35, A). Il offre cette particularité singulière que, du sein do Sauveur, jaillit un glaive qui va percer le sein de Marie. Nous ne saurions en garantir Tauihenticité.
LA PASSION. 3i7
raït facilement se passer de Tassistance que lui prêtent, ou plutdt que sont disposée à lui prêter, saint Jean et les saintes Ferames. C'est aussi, à peu près, la mesure observée par Thadéeou par Angiolo Gaddi^dans la sacristie de Santa Croce ^ à Florence (fig. 6). Giotto ne s'en tient pas là , dans le panneau de l'Académie, oii l'on voit celte Vierge, à son tour^ si noble et si belle, dans le sentiment de son sacrifice (fig. 4) , dans le sentiment de l'efficacité de ce jaillissement que projette le côté ouvert de Jésus. Il n'y a pas là d'exaltation, comme dans la fresque de Saint-Clément, mais un dessin plus vrai, et une élévation plus naturelle. Ce n'est pas pourtant encore le chef-d'œuvre du genre : il nous est donçé par cette Vierge du Beato Angelico, que nous avons mise sous les yeux de nos lecteurs, diaprés une photographie prise sur l'original (T. III, pi. xi), tout en les ayelrtissant que le graveur n'a pu, avec ses contours d'ailleurs si nobles et si purs, rendre tout ce qu'il y a de caractère et de délicatesse dans cette admirable tète. On y sent la mère; la femme est. là, mais la grftce surmonte, sans les étouffer, foutes les affections de la nature. Ces affections se font moins sentir dans la Vierge du triptyque grec, de la Bibliothèque nationale, que nous reproduisons (fig 2) : par là môme, l'expression, sans être plus élevée, n'est pas aussi pathétique ; nous donnons cependant cette Vierge comme admiréblemeni belle dans son genre. Dans le tableau du Beato Angelico et de même dans celui de Giotto (fig. 5), c'est encore au moyen de saint Jean que le peintre exprime toqt ce que ce spectacle contient de douleur, et le Disciple bien-aimé; dans l'une et Tautre composition, en s^affaissant sous le poids qui oppresse son cœur,, fait mieux sentir combien Mirie est grande dans un pareil moment.
L'usage a généralement prévalu, même dans les compositions historiques^ du moins dans celles qui ont un caractère sommaire, de placer symétriquement la sainte Vierge et saint Jean de chaque côté de la croix ; il est évident que, selon la réalité, il n'en pouvait être ainsi : saint Jean était certainement auprès de Marie, et tout le groupe des saintes Femmes auprès d'eux. Dans le Crucifiement du manuscrit syriaque , antérieur à tout usage établi, saint Jean accompagne celle qui va lui être donnée pour mère, et les saintes Femmes lui font pendant de l'autre côté. Mais à la même époque, la sainte Vierge et saint Jean ayant été placés, dan» les bras des croix, de chaque côté du Crucifix, on voit comme sortir de sa source l'usage dont nous parions. C'est un procédé iconographique don^ nous soutenons la légitimité. Si le Beato Angelico ne s'en est pas servî dans le tableau auquel nous avons emprunté leurs figures S ni dans plu*
i. Dans le (jmài/lcqMfi/ do la lacristû» i SarUa Ctm^ de Florence, niât Jean eit de même i eôté de la «ai oie Vierge, dani le groepe que noos publions (pi. Xiii, i^, 6). Da côlé opposé sont représentés saint François, saint Antoine de Padoae et saint Louis de Toulouse .
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siean autres du cou?eiit de Sainl-Marc, ce n'est certaiDem^at pas qa'il en ait eu aucun scrupule, puisqu'il n'a pas craint d'y recourir ailleurs, mais parce que toutes ces compositions ayant quelque chose de mystique, il avait d'autres personnages à mettre en regard du groupe historique. Dans le tableau dont il s'agit, il a ainsi placé saint Dominique et saint Jérôme, méditant^ debout, au pied de la croix. Quand on s'en tirat aux personnages historiques, l'on n'en voit pas d'autres que l'on puisse opposer plus convenablement au groupe fidèle, composé de Marie, de saint Jean et des saintes Femmes, que le centurion et ses soldais. On peut, sans doute, y faire figurer les bourreaux, les pbarisiaas, les ennemis en général, mais on n'en trouvera guère d'exemples qoe dans des tableaux très-détaillés, lorsqu'on vise à imaginer les choses eoBune elles ont pu se passer. Nous trouvons bien plus d'élévation dans cet autre ordre de vérité, qui oppose aux anciens amis les nouveaux amis conquis sur le Calvaire. On en trouve un exemple au xiu* siècle, dans un tableau d'autel allemand, publié par M. Forster ^ ; nous ne citons qu'avec réserve un ivoire du musée de Berlin, dont Tauthenticité est douteuse ^; mais s'il est falsifié, il donne lieu de croire, au moins, que le faussaire avait observé, ailleurs, le mode de composition que nous signalons.
Le Crucifiement de la chaire de Pise offre une composition analogue, à beaucoup d'égards, àcelledela peintureallemande; mais tandis que, dans celle-ci, comme sur Tivoire de Berlin, le centurion n'est accompagnéque de soldats unanimes pour acclamer le Fils de Dieu, dans le bas-relief de Pise, parmi ceux qui se trouvent derrière le chef qui donne un si loyal exemple, il y a d'autres personnages qui semblent, au contraire, faire un mouvement pour s'en aller : ce seraient donc les Juifs endurcis ^.
Plus anciennement, on reconnaît le centurion derrière saint Jean, sar la Pala d'Oro de Venise, sur l'antique porte latérale de la cathédrale de Pise, monuments du xi« et du xir siècle. Dans les mosaïques de la cathédrale deMonreale, en Sicile, qui appartiennent au commencement du siècle suivant, partout il lève la main pour acclamer le divin Supplicié. Placé
1. Mon. de la Peint en AUem,, T. II, p. 68. Ce tablean se trouve sur un autel abaodonaé, /lans réglise de Saiote-llarie de la Prairie, à Soest, en Westphalie.
2. Sociiié d^Arunâel, vii* classe, n« 2. Sur cet ÎToire, saint Jean se détourne vers la saiate Vierge, et lai prend la main pour exprimer qu'ils 8*adoptent rëeiproquement. Si TÎToire »( faux, on pourrait croire que c'est une invention du faussaire, pour se donner un air d'originalité ; mais on observe quelque chose de semblable, d'après des notes que nous a eomma* niquëet notre ami M. le commandeur Gb. ^escemel, sur les ailes ou paaneanx dont est flaaqué un Crucifix du xiii« siècle, dans la galerie de Sienne.