LA CHUTE ET LÀ SENTENCE , SUR LES ANCIENS SARCOPHAGES
Un malheur, quand il est surabondamment réparé, n'est plus un malheur ; une chute dont on s'est relevé pour monter plus haut , n'a plus rien de sinislre ou d'affligeant ; une blessure bien guérie^ n'est plus qu'un trophée. Ces pensées expliquent pourquoi, — en un temps où l'on ne voulait que des idées de paix et de triomphe, de renouvellement, de résurrection , de salut et de vie, — la chute et la condamnation d'Adam et d'Eve, par lesquelles la mort est entrée dans le monde, figurent au nombre des sujets les plus accrédités, dans le cycle primitif de l'art chrétien. On les observe parmi les peintures des Catacombes, sirlon dans les plus anciennes, du moins dans quelques-unes de celles qui peuvent remonter à la fin du ii« siècle, et à tout le m»; on les retrouve sur les fonds de verre; et ce sujet est fréquemment répété sur les sarcophages. II faut remarquer dans quelles circonstances il est représenté, et comment il est représenté. Les circonstances de sa représentation, ou pour mieux dire les compositions auxquelles il est associé, sont foncièrement les mêmes, dans les peintures et les sculptures ; mais, quant à la manière de le concevoir lui-même, il surgit, de celles-ci à celles-là, des différences assez notables. Sur les fonds de verre où elles sont isolées, elles ne donnent pas lieu aux mêmes observations, mais elles offrent quelques traits particuliers que nous devrons signaler.
Bien que, sur la scène, le premier homme et la première femme apparaissent également *, c'est sur la femme que se porte principalement la
1. Ce rrest que beaucoup plus lard, su xn*' siècle, parcxein|>lc, dans les fresques de Saint- Sairin, que nous voyons Eve, seule avec le serpent, résumer tout le sujet do la tentation.
l>erjsée ; on le voit par les rapports fréquents établis entre les représentations qui nous occupent, et les figures soit de l'Orante, dans les peintures des Catacombes et sur les sarcophages, soit de la femme au livre, qui la remplace dans beaucoup de cas, sur ces derniers. ( Voir T. l, pi. V.) La plus remarquable de ces associations se voit au cimetière de Sainte-Agnès, où TOrante centrale est surmontée de la figure du Bon Pasteur, et accompagnée plus immédiatement des cinq Vierges sages, doublement représentées : elles s'avancent triomphantes , leurs lampes allumées à la main, puis s'asseoient au céleste festin. Adam et Eve viennent ensuite, en regard de Daniel dans la fosse aux lions*. Quelle que soit la signification spéciale de TOrante, ou de la femme au livre, — qu*on y voie la Mère de Dieu, TÉglise ou une âme sainte, — la déchéance delà femme, celle de l'humanité, ont toujours pour terme de comparaison la femme régénérée, l'humanité régénérée, de telle sorte que la pensée de la réparation l'emporte souverainement.
A défaut de la mise en scène de la femme, qui la personniGe, cette pensée n'est pas moins mise en relief par le Sacrifice d'Abraham , le Dtm delà loi fait à Moïse ^ Daniel dans la fosse aux lions^ la Guérison du paralytique: sujets que nous avons particulièrement remarqués comme tenant de plus près alors à celui de la chute ou de la condamnation. Sur le grand sarcophage du musée de Latran (T. II, pi. vui), ou ce sujet suit immédiatement celui de la création de la femme, cette pensée, vivement exprimée par les pendants : — le Miracle de Cana, la Multiplication des pains ^ la Résurrection de Lazare; — par Daniel au milieu des liofis, la Guérison de Vaveugle^ et Y Adoration des Mages ^ qui se trouvent au-dessous, ressort d'une manière toute particulière, par la présence des trois scènes particulières à saint Pierre, comme pour exprimer au plus haut degré, par leur ensemble, Tidée de la chute et celle de la réparation sural>ondante : la Prédiction du reniement^ V Arrestation, et VEau jaillissant du rocher. Nous faisons*aussi remarquer que sur un autre de ces monuments, c'est au premier de ces sujets, — celui qui, rappelant avec la chute la promesse de la réparation, en comprenait l'idée, celui qui, pour cette raison, a été le plus souvent répété sur les sarcophages, — que la condamnation d'Adam et d'Eve est plus immédiatement associée ^.
Sur les fonds de verre, à défaut d'aucune de ces associations , qui deviennent de véritables commentaires, le choix seul d'un pareil sujet est par lui-même d'une signification importante. Il fallait bien qu'on y vit l'heureuse issue d'un événement qui en lui-même était déplorable, pour