Garucci, Vetri omati, pi. ii, fig. t
eu évoquer le souveniren de telles circonstances. Soit que ces verres fussent destinés à des festins ou à des commémorations funéraires, les figures qui les ornaient devaient exciter, sinon toujours à la joie, du moins à l'espérance. Cette exclamation bien connue, inscrite sur l'un d'entre eux: DiGNiTAS AMIGORVM PIE ZEZBs , tt Dignité des amis, buvez, vivez » , suffirait pour dissiper toute espèce de doute à cet égard. Il est à remarquer , cependant, que sur ces petits monuments, la faute
est plus directement rappelée peut-être que sur aucun autre du même temps. Adam et Eve y mettent, dans le moment même, une nçiain sur le fruit fatal, et aussitôt ils ont porté l'autre là où s'éveille une funeste concupiscence, pour en cacher la honte^ Dans les peintures des Catacombes, à l'exception d'une seule, où Eve reçoit la pomme de la gueule du ser« peut ^, la faute est consommée ; les coupables ont la feuille de figuier ou une guirlande de feuillage pour les couvrir, et leur sentiment est plutôt celui du repentir que de la honte ; le serpent souvent baisse la tête , ou s'il la lève, c'est pour dire ce ({u'il a fait, et non plus comme exerçant alors même ses séductions; car personne ne prend plus garde à lui, et, dans l'un de ces exemples, il est déjà réduit à ramper 3.
La pensée de la réparation, qui s'annonce ainsi dans la scène même qui exprime celle de la chute, s'accuse bien mieux sur les sarcophages. Alors , quelquefois , le serpent disparaît , et il ne reste plus que l'arbre comme unique témoin de la déchéance ^. Puis voilà le souverain Juge qui intervient {Voir T. 1 , pi. v). En le reconnaissant pour être le même absolument, de traits et de caractère, que le Sauveur des scènes voisines, on comprend plus facilement que, dans l'arrêt même de la condamnation, est contenue la divine promesse. Adam et Eve sont condamnés au travail et à la mort : on omettra la mort, maintenant qu'elle est vaincue; mais non pas le travail , parce qu'il est fructueux. Voilà donc une autre composition oii nos premiers parents ne sont plus accotés à l'arbre séducteur: s'il apparaît encore avec le serpent {Voir T. II, pi. viu)*, c'est au delà, comme un lointain souvenir. Dieu lui-même se place au milieu d'eux, et leur donne une gerbe ou un épi de blé et une brebis : l'homme fera croître le blé dans ses champs, la femme tissera la laine de la brebis. Quelle bonté ! ce ne sont pas les durs instruments du travail qui en sont
1 Eve, sur les deux fonds de verre reproduits par le V, Garucci , a le cou , le haut et le bas des bras ornés d*un collier et de bracelets. Est-ce une ëpigramme ? Est-ce pour mieux accuser le caractère de la femme par ses côtés faibles? Sur d*autres petits fonds de verre, on voit isolément ou Adaiit , ou Eve , ou le serpent autour de Tarbre , ou Tarbre seulement.