DESCENTE DB CROIX
Jésuâ est mort sur la Croix; mais on peut l'y représenter vivant : c'est par là qu'on a pu commencer, c'est toujours ce que l'on a fait le plus souvent. Aussitôt que l'on aborde le sujet de la Descente de croix^ l'on se met nécessairement en présence de la mort subie par la céleste Victime ; c'est un sujet, de sa nature, tout de sentiment et de commisération, et c'est avec ce caractère qu'il apparaît aussitôt qu'il se rencontre dans les œuvres de l'art chrétien. Nous ne nous souvenons pjas de l'avoir observé dans aucun monument antérieur au x* siècle, auquel paraissent appartenir les miniatures d'un manuscrit grec de la Bibliothèque de Florence. C'est l'opinion de Gori, d'accord avec leur caractère *. On retrouve la Descente de croix^ au xi* siècle, à Saint-Paul-hors-les-Murs, sur son antique porte de bronze et dans les peintures murales qui ornent une salle voisine de la basilique 3. Nous croyons, en effet, que lady Eastlake s'e&t méprisse, quand elle a reproduit cette peinture comme an exemple de Mise en croix. L'un des personnages tient un marteau, non pour enfoncer les clous, mais pour les retirer; l'autre personnage, qui embrasse le corps sacré du Sauveur, dont un bras est déjà détaché de la £!roix, et qui le soutient, ne devrait pas laisser de doute. Ce personnage se retrouve, avec le même rôle, dans une pose presque identique, dans les Descentes de croix des x®, xi®, xii^ et xni« siècles, et l'on ne pourrait douter que ce lie soit Joseph d'Arimathie, quand même le Guide de la peinture grecque,
1. Gori, The$. vet, dypt., T. ni, p. 105, pi. xii. i. D'Agincourl. Peinture , pi. xcvr.
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encore aujourd'hui, ne le désignerait pas nommément en ces (ernues : tt Joseph d'Arimathie, au haut de Téchelle, tient le Christ embrassé par c le milieu du corps et le descend ^ ». Nous ajouterons qu'il n'est pas toujours monté dans une échelle, qu'il ne descend pas toujours le di%*in orps, mais que toujours il le tient embrassé.
Il ne parait pas aussi clair que Nicodème ait été tout d'abord associé à Joseph. Dans la miniature de Florence, sur la porte de bronze et dans la peinture de Saint-Paul, celui qui, vêtu d'habits courts, est employé, dans des positions variées, à détacher les clous, paraît devoir être pris pour un homme de service, bien plutôt que pour un prince de la Synagogue. Les autres personnages sont, dans le premier et le dernier de ces monuments, la sainte Vierge et saint Jean. Sur la porte de bronze, la première serecon. naît de thème sans difficulté; maison pourrait croire que l'autre personnage, qui s'incline pour baiser les pieds du Sauveur, représente la Madeleine. Tout bien considéré, nous adoptons un autre avis, et nous jugeons qu'il représente saint Jean encore. Il ne faut pas se laisser égarer par un usage qui n'est venu que deux ou trois siècles plus tard ^.
Les sentiments affectueux dominent dans cette scène, aussitôt qu'elle apparaît dans Tart chrétien ; ils se manifestent ordinairement, de la part de Marie, par le mouvement qu'elle fait pour saisir la main de son divin Fils et la presser contré ses lèvres, dès que l'un des bras du Sauveur est détaché de la Croix. La seule exception que nous connaissions jusqu'à la seconde moitié du moyen âge, est donnée parla peinture de Saint-Paul, où la sainte Vierge s'est maintenue dans l'attitude propre au Crucifiement^ montrant Jésus pour témoigner qu'elle participe à son sacrifice, tandis que saint Jean fait le geste ordinaire dé la douleur, la main posée contre sa joue. Cette composition possède aussi, dans un degré supérieur, un trait qui lui est commun avec les autres Descentes de croix des temps dont nous parlons. Elles conservent en grande partie la physionomie propre au Crucifiement lui-môme : le soleil et la lune y dominent encore la scène, ou ce sont les deux Anges, sur la porte de Saint-Paul^ par exemple. Dans les sculptures du portail de Poussais (Vendée) (pi. xiv) 3, le moine