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SriTES DE LA PASSION. 335
Audebert, de Tabbaye de Saint-Jean-d'Angély, — qui en est l'auteur et Ta signée, — se bornant à livrer une main du Sauveur à sa Mère, à faire, embrasser son corps par Joseph d'Arimathie, a laissé ainsi la Descente de croix en suspens, et personne ne s'occupe de détacher les autres membres.
La sainte YiergCi un peu plus tard, ne se contente plus de serrer la main du Sauveur : c'est sa face sacrée qu'elle embrasse et applique contre ses joues. Alors l'opération est plus avancée, et il faut que les deux bras au moins soient décloués. Alors aussi, l'autre main de Notre-Seigneur demeurant libre, quelquefois toutes les deux, saint Jean et les saintes Femmes peuvent s'en emparer.
Nous avons pu croire, d'après l'inspection des monuments, que Nicodème avait été omis dans les plus anciennes Descentes de croix. Il ne tarda pas à reprendre ses droits: Ton sentit qu'il était bien plus respectueux de lui confier le soin de détacher de la Croix les membres de Notre-Seigneur, et de le faire distinguer de telle sorte qu'on ne'pùt pas le confondre avec un maiyœuvre inconnu.
A Poussais, où personne ne s'occupe d'achever l'opération, on pourrait se demander si c'est lui ou le centurion qui est immobile à gauche de la Croix; nous résoudrions la question en sa faveur. Dans tous les cas, lès sculptures allemandes de l'Egsterslein, en Westphalle, que nous avons précédemment comparées avec celles-ci, ne laissent aucune incertitude à cet égard. Nicodème, suspenifu à la Croix, y contemple le corps inanimé du Sauveur, qu'il vient d'en détacher; et ce divin corps est entièrement soutenu par Joseph d'Arimathie, à l'exception de la tête, que la sainte Vierge saisit de ses deux mains.
Dans le vitrail de la Passion, à Bourges, Nicodème monte dans une échelle pour achever l'œuvre pieuse dont il s'est chargé. Dans les grossières peintures à fresque exécutées à Pérouse en 1230, et dans celles de Duccio, à Sienne ^ il décloue les pieds, conformément à ce qui est encore
Vierge : tefi grandes manches , comme les portaient les dames lors de Texécution de ce monument. On remarquera le livre porté par saint Jean ; les voiles que tiennent le soleil et la tune. Sur Tun des chapiteaux des colonnes qui encadrent cette scène, d*un côté on voit la Visitation, et par derrière un troisième personnage qui paraîtrait an Ange ; sur Tautre ehapiteaa, saint Michel terrasse le dragon. Dans la frise qui surmonte l'arc, on distingue, sur quatre modillons, d*abord l'Agneau triomphant; puis un personnage qui étend les jambes par un mouvement très-énergique dont nous ne connaissons pa? la signification ; en troisième lieu, une tête d*animal fantastique, et enfin un personnage chargé d*un marteau, qui représente probablement le sculpteur lui-même. Parmi les animaux sculptes dans les intcrv'IIes, il semblerait que Ton doit reconnaître leMgittaire ; mais les autres ii^^ures ne paraîtraient pas se rapporter aussi bien aux signes du zodiaque. 1. Otiley. Florentine School, pi. i ; Lady Eastlake, Hisi. of our Lord, T. II, p. S16.
prescrit par le Guide de la peinture grecque *. Dans tous ces monuments, la similitude de costume entre Joseph d'Arimathie et Nicodème témoigoe de la similitude de leur position sociale, et ne permet plus d'incertitude à regard de celui-ci. On les distingue de saint Jean, à leur âge indiqué par leurs barbes, tandis que Tapôtre bien-aimé est imberbe. Dans un basrelief qui occupe le tympan de la cathédrale de Lucques, Nicolas de Pise, à qui on Tattribue, ou un dé ses élèves, s'est affranchi des errements traditionnels propres aux artistes, pour se conformer de plus près au texte de saint Jean, qui, seul entre les évangélistes, parle de Nicodème et ragporte qu*il vint aussi participer à la sépulture de Jésus, apportant à cet effet des aromates *. En effet, ^ur ce monument^ Nicodème est représenté à genoai, portant ses aromates, et contemplant avec une grande piété le corps ioanimé du Sauveur 3. Alors il a fallu de nouveau faire intervenir un autre personnage inconnu, un homme de service, sans doute, pour détacher les pieds. Joseph d'Arimathie remplit son office ordinaire, embrassant son dépôt sacré; mais, à son égard, l'artiste encore s'est affranchi de la pratique commune, en le représentant imberbe. On ne peut cependant le confondre avec saint Jean, qui, serrant contre sa joue le bras gauche de son Maître, fait pendant à la sainte Vierge^ qui a saisi le bras droit avec la même tendresse.
Ce bas-relief nous donne le plus ancien exemple que nous connaissions d'un concours d'hommes allant, dans la Descente de croix,, au delà de trois. A saint Jean, à Joseph d'Arimathie et à Nicodème, il. faut ajouter Varracheur de clous, puisqu'il est distinct ici de ce dernier, et on y voit en outre deux militaires, le centurion et Longin, sans aucun doute, qui contemplent pieusement le touchant spectacle dont ils sont les témoins. Le poids toot entier du corps saint n'en repose pas moins sur Joseph d'Arimathie, les artistes, jusqu'à présent, ne s'étant aucunement préoccupés des conditions de dynamique, qui pouvaient rendre la tâche supérieure à ses forces: il leur suffisait qu'elle né le fût pas à son amour.
Quant aux saintes Femmes qui, avant le xiv' siècle, n'avaient pas para dans cette scène, elles s'y multiplient beaucoup alors: Il yen a quatredans la peinture de Pérouse, deux seulement à Lucques; mais on en retrouve jusqu'à cinq dans le tableau de Duccio. Madeleine compte sani doute toujours en première ligne parmi elles, maison ne la reconnaît distinctement qu'au xiv« siècle, dans une Descente de croix de Puccio Capenna, à Assise *.
i. Manuel d^ Iconographie chrétienne; Guide de la Peinture^ p. 197.
2. Venit autem et Nicodemus.... ferens mixiuram myrrhœ et aloes. (Joan., xix, 39.)