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LA LAMENTATION

Parmi les sujets qui se présentent entre le moment où le Sauveur fut descendu de la Croix et celui où sa sépulture Tut consommée, on distingue trois catégories plus spécialement distinctes, qui reviennent à ces trois circonstances : la remise du corps de Jésus à sa très-sainte Mère, et la scène de douleur et de sentiment qui est réputée se passer alors, avant que l'on ne procède directement aux préparatifs de l'Ensevelissèment; ces préparatifs eux-mêmes, l'Embaumement surtout; enfin la Mise au tombeau.

A la première catégorie reviennent beaucoup de tableaux et de sculptures compris en Italie sous le nom général de Ptetà, Nous avons dû nous occuper précédemment des P/etô, comme nous Tavons fait des Crucifix, en tant qu'ellesreprésententJésusmort, avec un caractère de généralité qui revient ainsi aux conditions d'un portrait plutôt qu'à aucune circonstance -de fait, quoique les faits puissent être rappelés. Maintenant nous avons à considérer les mêmes mystères, dans le fait même de leur accomplissemant.

La scène d'attendrissement qui est réputée se passer après que Noti-e- Seigneur fut descendu de la Croix, a été considérée comme si bien distincte de la Descente de croix proprement dite , bien qu'on les ait souvent aussi confondues sous ce nom, que, dans l'église de Saint-François, à Pérouse, — dans les peintures grecques du xin^ siècle dont nous avons parlé — , on en a fait le sujet de deux tableaux successifs ^ De même, à Assise, la Lamentation^ — c'est ainsi que nous nommerons cette scène d'attendrissement, eu égard au caractère qui lui fut donné alors, et afin d'éviter toute confusion ', — a été représentée près du tombeau de saint François, également pendant le cours du xiu* siècle, d'abord par les peintres réputés les maîtres de Cimabue, puis par Cimabue lui-même. Cette coïncidence proiive

i. Ottley, FiorenHne SiAoQly pi. i, iv, ix.

2. Ce Dom Jai est donné dans le Guide de Ut Peinture, p.i98. 11 est curieux de rapprocher les prescriptions données dans ce livre, à ce sujet, des compositions que nous déorïTons. Voici ces prescriptions : a Une grande pierre carrée. Dessus, un linceul déployé, sur lequel est étendu « nu le corps du Christ. La sainte Vierge, agenouillée, se penche sur lui et lui embrasse la « figure ; Joseph (d^Arimathie) lui baise les pieds ; Nicodème , appuyé sur Téchelle, regarde « le Christ. Auprès de la sainte Vierge est Marie-Madeleine, les bras déployés vers le ciel, et fl tout en pleurs ; les autres femmes, qui portent des aromates, s*arrachent les cheveux .. ■

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une fois de plus le rapport qui existe entre la phase d'ascétiBme dont saint François est le type par excellence, et le développement que prend, dans le cycle iconographique de la Passion, la phase des tendres affectioDs et des émotions douloureuses. D'Â^incourt a publié une Lamentation fort analogue, prise dans un nianuscrit grec du Vatican, qu'il estime être du xii^ siècle ' ; rien ne prouve que la miniature ne soit pas du xiii®, et nous ne pouvons nous en prévaloir pour taire remonter au delà de celui-ci un pareil genre de composition. Le corps du Sauveur y repose sur un linceul étendu sur le sol. Dans les peintures grecques de Pérouse et d'Assise, « une grancje pierre carrée », comme le demande encore le Guide moderne de la peinture grecque; est posée là pour recevoir le corps sacré. Elle l'a reçu en effet, sans intermédiaire, à Assise, tandis que la sainte Vierge, à câté, tombe en complète défaillance. A Pérouse, elle est assise sur la pierre même, pour appuyer sur ses genoux les restes inanimés de son Fils. Cimabue la représente de même, mais en supprimant la pierre et la faisant asseoir sur le sol. Il en est de même de Giotto, à \Arena de Padoue, et d'une /^r^e//a de Lorenzeiti, à Sienne, que nous reproduisons d'après un calque pris sur l'original par notre ami, M. Cb. Descemet (pi. xv). Dans tous ceux de ces tableaux qui sont antérieurs au xiii*' siècle, figurent, avec la sainte Vierge, saint Jean et los saintes Femmes, Joseph d'Arimathie et Nicodème, c'est-à-dire les mêmes acteurs que dans les Descentes de croix du même temps, sans addition d'autres personnages. Ce n'est guère également qu'au xiv* siècle qu'on les voit se multiplier, comme dans les tableaux de Giotto et de Lorenzetti. Le premier même n'a fait qu'adjoindre aux trois Marie, désignées par leurs nimbes, un groupe nombreux d'autres femmes fidèles. Lorenzetti a douoé pour compagnons à Joseph d'Arimathie et à Nicodèmo deux autres per- , sonnages, sur la désignation desquels il n'a pas voulu laisser d'incertitude, ayant inscrit leurs noms à tous les quatre. dans leurs nimbes: SANTvs JOSEP ARi, saîut Josepb d'Arimathie; santvs nigodbmvs, saint Nicodème; SANTVs LAZARvs, saiut Lazarc ; santvs massiuvs, saint Maxime ''. Parmi les femmes qui participent à cette scène dramatique, il en est deux

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