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LA MISE AU TOUBEAU

Dans les plus anciennes Mises au tombeau^ le corps de Notre-Seigneur est enveloppé de son suaire, mais il a la figure découverte. Tel le représente une antique tablette en ivoire, observée à Pesaro par Zaccaria, qui la publiée *. Nous l'estimons d'époque carlovin^ienne et antérieure au xF siècle, auquel on l'attribue. Dans une peinture murale de l'église de S. Angelo îVî Formis (royaume de Naplos), qui parait à peu près de cette dernière époque, non-seulement le corps du Sauveur est drapé dans son suaire, mais ce suaire est, en outre, serré avec des bandelettes *.

Telle était alors la simplicité du dessin, sinon son incorrection, que l'on perdait peu à tenir le corps de Notre-Seigneur ainsi enveloppé.

1 . Zaccaria, Excursus UUerarii per llaHam, pi. il, p. 5. Gori, Thés, vet dypt.y T. Hl,

pi. XIV.

«. Hittanf of eut Lord, T. H, p. tâ$.

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Aujourd'hui, ce serait apporter des entraves exagérées aux compositions artistiques, que de leur interdire un mode de représentation, conventionnel il est vrai, mais passé en usage depuis longtemps, et auquel est dû l'un des chefs-d'œuvre de Raphaël les plus capables de satisfaire le goût et la piété. L'on permettra de laisser, jusqu'au tombeau, le corps do Sauveur dans l'état de dépouillement où il avait été mis pour être attaché à la Croix. Il faut savoir, cependant, que la nudité était un état d'ignominie ; que ses disciples durent s'empresser de le faire cesser aussitôt qu'ils furent en possession du corps de leur Maître. Le peintre s'associe donc i leur respect, il entre plus avant dans la vérité, et, par cela même, dans la poésie de la situation, en recouvrant ces chairs sacrées aussitôt qu'il lui est permis de le faire. Pour tout arranger , on peut distinguer le Portement au tombeau de la Mise au tombeau. Quand la sépulture va être consommée, il est mieux à tous égards que le corps soit enveloppé de son suaire, sans admettre qu'on soit jamais obligé de voiler aussi le divin visage et de serrer le corps de bandelettes, de manière à offrir un aspect peu agréable à la vue.

Quelque parti qu'il prenne, l'artiste a toujours besoin d'une certaine liberté d'allures. Nous parlions du Portement au tombeau de la galerie Borghèse , plus connu sous le nom de Descente de croix, qui ne lui convient que dans un sens plus large; la beauté supérieure decetableao réside dans la ligure du Christ, non-seulement dans son visage et dam la douce majesté qu'il respire, mais encore dans la disposition de ^a corps : tant de souplesse, tant de paix dans la mort ne se peut concevoir sans une intervention surnaturelle et une vertu divine. Ce corps est de Técolede celui du Beato Ângelico, dans sa Descente de croix. Ge^enrede beauté n'aurait pas été possible, si les membres du Sauveur n'étaient demeurés nus. Néanmoins, il faut bien le reconnaître, Raphaël, quand il peignit ce tableau, encore tout embaumé de la suavité ombrienne, était déjà, à beaucoup d'égards, largement entré dans les voies du naturalisme, et il n'en est pas plus vrai pour cela. Il n'est pas vrai que le corps de Notre-Seigneur ait été porté, à grande force de bras, à une longue distance du Calvaire, que l'on aperçoit sur un plan éloigné; il n'est pas vrai, ou du moins il est contraire aux vraisemblances, comme à toutes les traditions de l'art, que Joseph d'Àrimathie et Nicodème se soient entièrement déchargés du soin de porter le Sauveur, sur des personnages inconnus, que l'artiste a pu faire beaux de formes et de force, sans se justifier de notre critique. Là, Joseph d'Arimathie et saint Jean, reconnaissables au nimbe qui manque aux porteurs, sont, simples spectateurs, et Nicodème manque. Nous n'admettons pas surtout, — dans celte circonstance moins que dans toute autre, — que la saÎQte Vierge s'éva-

nouisse, et que Madeleine tienne sa place, saisissant le bras de son divin Harttre et comme prête à Tembrasser, au lieu d*être dans son rôle, à ses pieds. Nous ne voulons pourtant pas diminuer, par des critiques de détail, l'admiration que doit inspirer ce beau tableau; nous ne voulons rien perdre de Tarome qui nous revient en songeant à ce qu'il nous a fait éprouver la première fois que nous l'avons contemplé. Mais nous remplirions insuffisamment notre tàcbe, si, sous Tempire de son prestige, nous ne mettions en garde contre ce qu'on doit éviter d'en imiter.

La composition indiquée par le Guide de la Peinture grecque^ pour la Mise au tombeau^ est, au contraire, irréprochable quant à la convenance des combinaisons proposées en ces termes : a Une montagne, et dedans « un tombeau de pierre; Nicodème y apporte le corps du Christ « enseveli, il le soutient par la tête. Hors du tombeau, la sainte Vierge « serre le corps entre ses bras, et le couvre de baisers. Joseph supporte « les genoux, et Jean,' se courbant un peu, tient les pieds. Les femmes tt qui apportent la myrrhe, pleurent. La croix paraît derrière la mon- « lagne. »

Les éléments pridcipaux de cette composition se retrouvent dans trois Mises au tombeau françaises du xiv^^ et du xv*' siècle, si Ton se contente de ce fait, que le divin corps est porté par Joseph d'Arimathie et reçoit, à ce moment suprême, les derniers adieux de la sainte Vierge. Nous voulons parler de Tune des scènes groupées sur le panneau d'autel de Charles V, publié dans les Annales archéologiques^ et de la composition analogue qui tigure sur les tapis.series de Reims et dans les vignettes de Simon Vostre *. Mais elles s'éloignent des indications du Guide grec en deux points où il s'est conformé à la réalité des faits : l'ensevelissement du corps sacré dans son suaire — nos artistes se sont contentés de l'étendre sur ce suaire développé — et la disposition du saint Sépulcre, qu'ils ont représenté sous la formç d'un sarcophage quadrangulaire; tandis que le Guide^ dans son exposé sommaire, s'est conformé à l'idée d'une grotte creusée dans la roche vive, au sein de laquelle se trouve, dans une niche, la tablette de pierre sur laquelle fut déposé le corps de Jésus. Telle était effectivement la disposition du saint Sépulcre. Généralement, on n'en a pas tenu compte, jugeant qu'il était suffisant au but proposé, de donner l'idée d'un tombeau, quelle que fut sa forme. Le Guide grec lui-même y tient si peu,

i. Ann. arch.f T. XXV, p. 159, 167. Sur ce moDumeut, le dernier embrassement de la saÎDle Vierge est Iraité , coinme dans queiques-unea des LamentaHom précédentes , atec un p«lhétiqi:e qui v^ à Texagération et altère la dignité du caractère de la Mère, nonobstant son tjpe élevé; la vignette de Simon Vostre, au' contraire, est conçue dans un-fentiment de réaignalion et de paix.

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qu'après avoir paru se conformer à la réalité historique dans la Mise a tombeau^ il s'en éloigne immédiatement dans l'article qui suit, où ce tombeau, qui devrait être le même gardé par les soldats, est dit de marbre, scellé de quatre sceaux ^

Dans l'art chrétien primitif, comme on ne voulait pas séparer l'idée de victoire des représentations soit de la Croix, soit du saint Sépulcre, on donnait à celui-ci des formes plus ou moins monumentales, propres à rappeler les édifices dont il avait été recouvert après le triomphe du christianisme. Et^ précisément, la plus ancienne Mise au tombeau qae nous ayons pu citer, celle de Pesaro, représente deux coupoles crèsdisttnctes, Tune et l'autre supportées par de riches colonnes superposées. La coupole inférieure, enclavée dans un massif de rochers, constitue le saint Sépulcre proprement dit; la coupole supérieure rappelle la rotonde monumentale qui le recouvrait à une grande hauteur*. La petite coupole recouvre la table de pierre creusée dans le roc. Ou Joseph d'Âriioathie et Nicodème, seuls acteurs dans ce tableau, vont déposer le corps de Notre-Seigneur. Ils ont seulement pour témoins deux saintes Femm^'s à genoux, dans l'espace demeuré vide entre les deux^cou pôles, et deoi Anges venus du ciel, chez qui rien ne fait encore pressentir la désolation attribuée plus tard à ces esprits célestes. Un palmier, à quelque distance, pourrait bien avoir été mis là avec intention, pour entretenir l'idée de la résurrection prochaine.

Tout à l'inverse de cet ivoire, dont le travail grossier est si fortement racheté par l'élévation des pensées, nous porterons nos observations sur un tableau de la galerie du Vatican, qui doit une grande notoriété i U place qu'il occupe dans une collection riche et peu nombreuse : nous voulons parier de la Mise au iwnbeau de Hichel-Ange de Garavage. Elle Oit une de celles où l'on a tenté de rappeler la disposition véritable du lieu. La scène se passe à l'entrée d'une caverne. L'artiste en a profité pour produire cet effet de clair-obscur et de raccourci sur lequel repose toute l'admiration qu'il a pu jamais exciter. C'est d'ailleurs un groupe vivant et plein de relief; la douleur aussi s'y montre avec une certaine

vérité; mais comme elle est vulgaire I Et où saisir quoi que ce soit qui vous rappelle ce que sera bientôt ce tombeau ? Il ne devrait jamais se rouvrir, qu'il n'y aurait pas lieu de peindre les choses autrement î

Non, ce n'est pas ainsi que doit les entendre le chrétien ; il est dans Tordre qu'il pleure ceux que la mort sépare de lui : la mort est une douloureuse absence. D'ailleurs, c'est la foi qui dit : au revoir, et la foi ne

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