Guide de la Peinture, p
S. Vogué, ÉgH$e$ de la Terre-SainU.
défend pas à la nature de souffrir -, mais elle apprend à ne pas se désoler, comme ceux qui n*ont pas d'espérance. Tous les sentiments que le chrétien peut laisser pénétrer dans son cœur sur le tombeau des siens, les di$ciples du Sauveur, et principalement sa très-sainte Hère, les durent éprauver au plus haut degré, lorsqu'ils virent jusqu'aux restes de Jésus leur échapper pour dormir dans la tombe. Mais qu'elles sont chrétiennes, ces compositions où la pensée de la résurrection ne se sépare pas de celle du tombeau I Tel est le grand tableau de Thadée Gaddi, à l'Académie de Florence. Au-dessus de la scène déchirante des derniers adieux sur la tombe, scène représentée avec grand concours de personnages, tous dans la douleur, le peintre a montré le Sauveur, comme déjà ressuscité, dans une auréole lumineuse; et deux Anges, à côté de lui, portent la croix, la couronne d'épines et la lance : ces instruments de supplice n'étant plus que des trophées de victoire.
Raphaël, s'il eût voulu rendre une pareille idée, aurait fait en sorte que quelqu'un des personnages de la scène inférieure, — la sainte Vierge peut-être ? — parût participer à la scène supérieure Où le peintre du xiv« siècle n'a sii que graduer l'impression commune, avec convenance, force et modération, l'artiste qui avait si bien le génie des expressions délicates aurait lancé vers le ciel un de ces regards que provoque précisément l'excès de la douleur, mais de la douleur chrétienne et résignée. Elle fuyait la terre, et se fuyait en quelque sorte elle-même, ne pouvant plus se supporter. Mais à peine l'âme s'est-elle élevée ainsi vers les hauteurs célestes, qu'elle aperçoit ce qu'elle ne voyait pas, qu'elle l'entrevoit du
moins. Et tandis que les membres inférieurs, sur lesquels continue de régner la nature^ sont encore tendus par un émoi douloureux, le visage, baigné de larmes, s'illumine d'un éclair de consolation et de paix.