‹ Guide de l'art chrétienChapitre 163 sur 238 · LA DESCENTE AUX LIMBES · texte numérisé non relu

LA DESCENTE AUX LIMBES

Aussitôt après la mort du Sauveur, les portes de l'enfer sont brisées^ et c'est le besoin de clarté, non l'ordre des faits, qui nous amène à ne parler de la Descente aux /mies^qu'après la Mise au tombeau. Les plus anciennes ^présentations de ce mystère de délivrance, qui apparaissent au xie siècle, ne donneraient pas lieu à cette observation, par la raison qu'on n'y représente pas Notre-Seigneur au moment où il arrive dans le lieu d'attente ou les âmes des justes étaient recueillies jusqu'à sa venue, mais celui où il en sort pour ressusciter. C'est à tel point, que ces représentations sont données comme exprimant l'idée de la Résurrection ellemême et qu'elles en portent le nom : hana'gtagig, Jtésurrection ^ est-il dit sur l'anticjue porte de SaintPaul-hors-les-Murs, sur la Pala éTOro de Venise^et un grand nombre d'autres monuments. Le même sujet, sur un Exuliet de même époque, qui faisait partie de la collection person-

360 CtUIDE DE l'art CHRÉTIEN.

nelle de d'Agincourt ^ répond h ces paroles : Ille qui regressus ak imferis hvmano generi serenus illuxit : « Lui qui, sortant des enfers, a répandu sur le genre humain une lumière favorable ». En effet, sur tous ces monuments, on voit le divin Sauveur soriir des enfers, et non pas y entrer. Prenant Adam par la main, il l'entraîne avec lui, et l'on comprend que le Père du genre humain sera suivi de tous ceux qui attendaient avec lui le jour de la délivrance; Eve est derrière. Elle suffit seule avec .son époux, sur VExultet de d'Agincourt, pour représenter tous les délivrés; mais plus ordinairement, du côté opposé à Notre-Seigneur, onvoitd'autres personnages, souvent au nombre de trois. Quelques monuments nous en montrent plusieurs autres derrière Adam et Eve ^. De ce nombre sont les trois portes de bronze de Bénévent, de Pise et de Monreale, des xi* et xn' siècles elles-mêmes. Elles offrent pourtant, dans la composition de notre sujet, une modification importante. 11 n'est pas aussi clair que là on

' 1. D*Agincc)urt, Peint.; pi. lui. On remarque, dans cette miDÎature, qu'Adam et Eve sorteot des flammes ; il semblerait donc que les limbes auraient été pour eux un lieu de tourment : ce n*e8t pas exact. Dans les autres monuments que nous citons , on n*a pas , avec rjîioo , suivi cet exemple.

2. Deux des trois personnages placés en regard d*Adam et d*Ève sont couronnés dans les monuments cités et dans beaucoup d'autres ; de plus, ils sout nimbés/tandis qu*Adam etfive ne le sont pas, du moins sur la porte de Saint-Paul, et sur la PalafTOro. A la seule inspection des monuments, on ue sauraK douter que Tun d'eux, qui porte de la barbe, oe aott David ; le second, qui est imberbe, serait-il Salomon, que Ton aurait ainsi comme canonisé ? Nous aurions d'abord été porté à le croire ; mais le Guide de la Peinture du mont Athos montre, dans le passage que nous allons citer, qu'il s'agit en général de représenter les rois de Juda qui peuvent être comptés ait nombre des Saints, sans désignation personnelle. Leur compagnon, qui est aussi nimbé, est saint Jean-Baptiste ; la croix qu'il porte i la main, sw la Pala ^Oro, le dirait seule d'une manière à peu près certaine. Le Guide de ia Pemlure le confirme dans ces termes : « Le Sauveur prend Adam de la main droite, et Eve delà c gauche, le précurseur le montrant du geste; David est près de lui, ainsi que d'antres t rois justes, avec des couronnes et des nimbes » (p. 199). Il nomme encore Jonas, Isale, Jérémie, et admet qu'on en ajoute beaucoup d'autr^. C'est ce qni se fit plus tard , selon la fantaisie des ai'tistes.

Dans l'évangéliaire grec de la Bibl. nat., n** 74, où l'on retrouve les trois personnages cidessus désignés, Adam et Eve eux-mêmes sont nimbés ; et derrière eux, dans la minîaMire appliquée à l'Évangile de saint Matlhieu (fol. 60), on voit un jeune bomme également nimbé, qui doit être Abel. Dans la miniature de l'Évangile de saint Marc, Adam et Eve sont seuls d'un côté, et de l'autre, quatre personnages, dont les deux couronnés. Dans la scène centrale de notre petit tableau russe , que nous publion8'(pl. xvii), on remarque aussi un prince portant la couronne, et qui doit être David , quoiqu'il soit maintenant imberbe. Orsel, à soa tour, dans la Descente aux Umbee que nous avons reproduite (T. I, pi. xvut), fait figurer David ; mais, dans ces compositions modernes, on ne voit pas d'autres rois.

La miniature grecque de TÉvangile de saint Matthieu, dont nous venons de parltsr, a été publiée, grandie, dans les Arts tomptuairet de M. Louandre, sons ce titre : la Aêstirreelion.

8UrnS8 DE LA PASSION.

ait voulu représenter la Sortie des limbes. La Résurrection s*y voit représentée d'une autre manière ; dans les scènes suivantes, celle-ci n'en porte plus le titre : à Pise, on lit au-dessus : despoliatio inferni : a l'Eu Ter dépouillé » ; à Honreale : princes m vndi j vdicatvs est, « le prince de ce monde est jugé ». La pensée se porte donc isur la victoire que le Sauveur remporte sur Ténfer; mais il parait venir plutôt que s'en aller, et îl semble, autant que nous pouvons en juger par les photographies que nous avons sous les yeux, que, sous les portes brisées de l'enfer, la Mort apparaît terrassée. C'est sa ligure, en effet, que Ton représentait alors préférablement en pareille circonstance ^ ; un peu plus tard, ce sera Satan; dans les monuments qui précèdent, on voit seulement, sous les pieds du Sauveur, les portes de l'enfer et leurs ferrements dispersés.

Dateenle aux limbes. (Miniature d*an bestiaire duxiv^ siècle. Bibl. nat.)

Ce qui devient plus généralement usuel encore, au xni*' siècle, c/est de représenter les limbes sous Bgure de gueule béante, à laquelle cependant on associe des portes. Tout s'arrange pour le mieux^ lorsque la gueule elle-même Vélance hors d'une forteresse dont les portes ont été

Page 1