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Gori, The9, vtt, dypi.t T. 111, pi. xxxii

362 GUIOB DB L ART GURETieN.

eDievées, commedans la miniature i|ue nous venons de reproduire*. lln'«s( pas bien clair que la gueule sorle de l'édifice; mais leur rapprochement suffît pour exprimer cette idée, sans que l'artiste ail cherché à y mettre aucune illusion d'optique. C'est là ce qu'on observe surtout dans le vitrail delà Passion, à Bourges, où l'ouverture de la porte et ses Auû, comme on disait alors, sont figurés à cdté de la gueule, sans qu'on aitcb«rcbéà les représenter comme appartenant à un édifice. L'idée de forteresse s'est fort développée, au contraire, dans cette miniature qui est du xiii* siècle, comme la verrière, et dont nous empruntons la vignette k M. Didron.

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On remarquera que, danscette occasion, les justes délivrés ne sortent plus de la gueule même; placée à c(lté, celle-ci ne paraît nullement disposée à rendre les damnés, qui seuls sont dans son sein; tandis que ceux poar

1> Celle ninialore, emprualés au manuacrii de I« Bibl. Dit. qui portail l'aneieDDE marque (S. F. 633 »), I Hé publiée d'abord i>ar la P. Cahier iMl.jTArcA.. T. Il, pi. ixu], et easuiU par Mmt TéVicie J'Apac , riani la Retme ik lArt chritkn [T. V). Elle »'appli<iiie <■ l'biilairc fabuleuie du Crocodile el de richnenmon : le aecoud, w fairaat avaler par la premier, Inj

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lesquels la forteresse n'était qu'un lieu d'attente, s'élancent de sa porte toute grande ouverte. On remarquera aussi la différence corrélative qui existe dans les deux miniatures : dans celle du xm* siècle, c'est sur la porte que le Christ fait porter les coups de sa Croix victorieuse, et du pied il écrase Satan ; dans celle du xiv* siècle, la gueule même est celle d'un ennemi qu'il faut vaincre, et le pied du Vainqueur divin, posé sur sa mâchoire inférieure, l'oblige à dt^gorger tous ceux qu'elle n'a plus le droit de retenir, tandis que c'est par la hampe delà Croix que Satan est atteint. De part et d'autre, d'ailleurs, l'on voit combien toutes les légions diaboliques sont en émoi; et si la puissance de l'enfer est fortement exprimée, d'une part, par cette citadelle qui, de toutes ses tours, exhale des flammes, elle l'est, de l'autre, d'une manière assez originale,** par ce héraut infernal qui, une trompe à la main, avait sans doute pour mission de proclamer le maître de céans, et qui se trouve, au contraire, obligé d'exalter malgré lui son vainqueur.

Dans ces compositions, on voit qu'on ne s'attache plus à représenter Notre- Seigneur comme sortant lui-même des limbes; aussi ne les donnor t-on plus comme pouvant rendre la pensée de la Résurrection. La Des-cente aux limbes du petit tableau russe que nous avons précédemment décrit (T. I, p. 102), et que nous publions (pi. xvii), se rapproche, à beaucoup d'égards, bien plus des compositions des xi^^ et xui* siècles que de celles des xm® et xiv«, malgré la gueule qu'elle a de commun avec celles-ci, et qu'on ne voit pas encore dans celles-là. Les justes y sont vêtus et nimbés, Adam et Eve comme les autres; mais Eve n'est plus placée, comme autrefois, derrière Adam : on a donné plus d'importance au rôle de la première femme, en la faisant prosterner. aux pieds do Sauveur, du côté opposé. Elle avait été la première dans la chute : elle se montre la plus en avant dans la délivrance, mais dans une situation qui implique particulièrement l'idée de repentir.

Orsel, dans sa Descente aux limbes (voir notre T. I, pi. xvrn), s'est lui-même évidemment beaucoup plus inspiré des compositions des^xi' et xu* siècles que de celles qui les ont suivies, mais il n'en a pas moins donné à la sienne une couleur tout originale : il a attribué à la femme un rôle plus prédominant encore. C'est à Eve que Jésus tend la main, mais en considération d'une autre femme : Marie, qui est là, présente par sa prière; elle est suivie de l'archange Gabriel, pour mieux dire que le salut et la délivrance sont venus par l'Incarnation, il sied bien alors de placer,

dévoreraii les en(raillet,'ei sortirait de son flâne tout vivant, après Tavoir fait mourir : image du Sauveur qui, descendant aux enfers, y détruisit la puissance 'de Satan, Ht en sortit plein de vie.

au sommet de ce petit tableau tout symbolique, ces mots : A feminamon, au-dessus d'Eve ; A femina redemptio, au-dessus de Marie : « De la femme est venue la mort, r- de la femme la Rédemption ».

Une tablette d'ivoire,— œuvre du xii<^ siècle environ, — observée parZaocaria, publiée parlui, et reproduite par Gori*, offre un précédent à Tintcrvention de la sainte Vierge dans Isl Descente aux limbes; ou^ pour mieux dire, alors : dans la délivrance de ceux qu'elles tenaient renfermés, dans la victoire sur la mort. Dans cette composition, en effet, c'est la Mort personnifiée, et non pas Satan, qui est écrasée sous les portes de l'antique prison. La sainte Vierge suit Notre-Seigneur ; derrière elle sont deux vénérables personnages, représentant en général les justes de l'ancienne loi, amplement vêtus, tandis que, en face de Notre-Seigneur, on ne voit qu'Adam et Eve tout nus. On a donc voulu, en leur personne, représenter l'humanité délivrée, et la composition est tout idéale, autant que celle d'Orsel.

Dans la composition de celui-ci, David couronné, placé derrière Eve, à cété d'Adam, mais s'élevant au-dessus, fait d'ailleurs envisager les limbes sous un jour plus favorable qu'on ne peut véritablement le faire quand on voit ceux qui étaient retenus prisonniers s'en échapper comme des malheureux qui étaient dépouillés de tout. De méme^ dans le tableau russe, malgré la présence delà gueule, l'ensemble de la composition, comme le titre qu'elle porte, Congrégation des saintes âmes, implique l'idée d'un séjour heureux, quoiqu'on ne puisse y jouir encore de la souveraine béatitude. Cette composition s'associe avec celle de la Résurrection, représentée au-dessus; mais, par là même, elle en est distincte. Le bon larron est là, comme se rattachant à l'une et à l'autre, ayant suivi Notre-Seigneur aui limbes, et semblant attendre, lorsqu'il ressuscite, le moment de monter au ciel avec lui.

11 appartenait au Beato Angelico de donner à la Descente aux limbet une vive couleur de sentiment. Le pieux artiste, partageant le triompbe des Saints délivrés lorsque le Sauveur eut brisé les portes de l'enfer, représente leur élan vers lui comme une explosion : rayonnants de joie, ils se précipitent en rangs pressés. Celui qu'il a mis en tête, dans la fresque de Saint-Harc, nous semble Abraham, le père des croyants- Adam et Eve viennent ensuite; vêtus de peaux de bêtès. Après eux, David se reconnaît à sa couronne, Moïse à ses rayons, et l'on ne voit plus qu'une légion de nimbes sans fin. Dans le petit tableau des panneaux de l'Académie, un plus grand nombre de figures sont distinctes : on reconnaît Noé à son arche^ Abraham est nommé, et, l'ordre chrouoio-

. 1 . Zaccaria , Exeunuê UUerarii p€r litUiam, pi. ii. p. 9. Gori, The$. vei. dypt.» T. IU«

pi. XIV. ,

gique étant conservé, Adam et Eve se retrouvent les premiers. N'importe, ils sortiront tous; vous jouissez vous-même de leur bonheur, vous partagez leur élan, vous allez avec eux à Jésus, avec lui déjà vous vous sentez enlevé vers le ciel. Prenez ganle cependant : à côté de cette caverne tout à coup si brillamment illuminëe, il en est d'autres 'dont on ne sort pas. Satan continue d'y régner; il est écrasé sous, les portes de son empire, mais ses démons ne le sont pas tous : dans le tableau de Saint- Marc^ ils sont consternés; dans celui de l'Académie, on les voit tourmentant leurs victimes avec un surcroit de rage. Et, pour mieux dire l'horreur du lieu où ils habitent, ils se battent entre eux. Dans tous les cas, ils forment un contraste qui fait mieux ressortir l'indicible transport des Bienheureux.

Lady Easllake a fait observer que le bon larron, dont on a remarqué la présence dans notre tableau russe, figure dans un tableau de Jacques Bellini, contemporain, ou à peu près, du Beato Angelico, et dans la plupart desDescentes aux limbes italiennes, depuis cette époque jusqu'à ce que ce sujet fût à peu près abandonné, dans le cours du xvi* siècle. Gaudenziô Ferrari, le plaçant, à son tour, près dû Libérateur, a mis en regard, du côté opposé, deux vieillards à longue barbe blanche. On peut croire qu'il a représenté ainsi Enoch et Élie, en s'inspirant de TEvangile apocryphe de Nicodëme, ou il est dit qu'au moment oii le Seigneur introduisit Adam et les justes dans le Paradis, « deux hommes, anciens f des jours, vinrent au-devant d'eux... les Saints les interrogèrent... l'un» « d'eux répondit qu'il était Enoch et que son compagnon était Élie, etc. o . Puis vient toute une histoire relative au bon larron '. Dans tous les cas, le peintre milanais, s'il n'a pas été heureux dans le choix de ses sources, a du moins le mérite d'avoir cherché à rendre des idées, et de l'avoir fait dans un esprit traditionnel. Albert Durer ne paraît avoir eu d'autre mobile que de faire du pittoresque dans une composition où , des justes en grand nombre étant déjà délivrés, Notre-Seigneur tend la main à saint Jean-Baptiste pour l'aider à sortir de l'abtme. Cette scène a pour

t. Lady Eastlake, Hisi. of our Lord, T. Il, p. 261. G. Brunet, Évanf/iki apocryphe», p. 207. On pourrait croire que, sur l'ivoire de Pesaro publié par Zaccaria , les deux Ténérables personnages qui suivent la sainte Vierge sont aussi Enoch et Elie : ce n>8t pas du tout notre opinion, et nous persistons à penser que, sur ce monument du xri« siècle/on a seulement rendu plus expressément la pensée des monuments contemporains, ou, tandis qu*Adam et Eve «ont délivrés , d*nn côté , David et les saints personnages placés de Tantre sont les spectateurs de cette délivrance, plutôt qu'ils ne paraissent en avoir besoin. 11 semble qu*on vooUit tout à la fois rendre cette idée de délivrance et représenter les limbes comme le séjour des Saints, qui, dès lors, étaient dans la paix du Seigneur, quoique les régions de la béatitode céleste leur fussent fermées.

témoins des démons qui, aux soupiraux de l'enfer, expriment d'aoe manière assez triviale leur haine impuissante.

Le dessinateur du Père de Natalis a suivi de tout autres errements : s'attachant à une pensée qui n'était pas de lui, mais qui avait généralemenl cours, il a représenté l'enfer comme occupant le centre de la terre, et les limbes comme formant une zone concentrique autour du lieu des supplices. Le Seigneur y pénètre, au milieu d'une lumière splendide parsemée d'esprits célestes, au trayprs des profondeurs terrestres. On voit que l'artiste, dominé par l'esprit de son temps, a voulu, autant que possible, montrer les choses comme il supposait qu'elles s'étaient réellement passées ; mais, entreprenant là une tâche impossible, il n'a pu les rendre que par des fictions nouvelles; et, en fait de fictions, il est préférable de choisir celles qui expriment les idées les plus belles, les plus fécondes. les plus édifiantes.

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