DB LA RÉSURRECTION
DE LA RESURRECTION DANS LES PREMIÈRES PÉRIODES DB l'aRT GHRIÊTIEN,
La pensée delà résurrection est l'un des traits dominants de l'art chrétien le plus primitif; la figure de Jonas qui Texprime, est Une des premières qui se montrent dans Jes Catacombes, et Tune decellesqui s'y multiplièrent le plus. Les savants continuateurs des Bollandistes, contrairement à l'interprétation de H. de Rossi, ont proposé de voir plutôt, dans la fréquente répétition de cette figure, une allusion à la vocation des Gentils, dont la conversion de Ninive était une figure. Mais ces deux explications ne se détruisent pas. La question se réduit à savoir laquelle doit être considérée comme prépondérante. Elles peuvent l'être tour à tour : Jonas sortant du sein du monstre qui l'avait englouti, figure principalement la Résurrection ; Jonas sous Tombre du genévrier , figure principalement la Rédemption appliquée à la généralité des hommes, contrairement aux étroites idées de la nation juive.
Dans tous les cas, c'est en ressuscitant avec le Christ, que tous les hommes peuvent recueillir le bénéfice de la Rédemption. Sa Résurrection est le modèle de notre résurrection spirituelle, et le gage de notre résurrection corporelle.
Ce n'est pas seulement par la figure de Jonas que la pensée de la résurrection est exprimée dans l'art chrétien primitif-, la figure de Daniel est cei*tainement tout empreinte elle-même de cette signification. Daniel dans la fosse aux lions était présenté aux chrétiens comme une image de la protection divine, au milieu des persécutions et des tourments. Il n'avait pas eu à ressusciter, puisqu'il n'était pas mort. Mais la fosse pro-
fonde où naturellement il devait trouver la mort, en était elle-même une image; et en rappelant qu'il en était sorti sain et sauf, on rappelait, par là même, que Notre-Seigneur était sorti vivant du tombeau. Il le rappelait d'autant mieux que, en cohsidérant attentivement le rôle-principal
qu*il remplit dans beaucoup de compositions et la place qu'il occupe, on ne peut douter que Tallusion au Sauveur, reposant sur Iui« ne s'élevât souventjusqu'à une véritable personnification.
La pensée de la résurrection est d'ailleurs partout, dans l'art des Catacombes, comme.rair que Ton respire; car toutes les idées de salut, de délivrance, de rénovation, que cet art exprime sous toutes 16s formes, ont toutes leur fondement dans ces paroles de joie et de triomphe : Chrisins surrexit vere^ « Le Christ est vraiment ressuscité ».
Si le fait même de la résurrection n'est pas représenté dans les monuments primitifs du christianisme, cela tient à deux causes : les voiles dont les premiers fidèles s'entouraient pour se dérober aux regards des profanes ; le mystère qui, aux yeux des initiés eux-mêmes, entourait le vrai momeut où le Fils de Dieu reprit dans son corps une nouvelle vie^. Il se passa bieu des siècles avant que l'artiste chrétien crût pouvoir demander à sod .imagination un moyen de représenter le Sauveur ressuscitant. Nous avons vu, au contraire, que les plus anciennes images conçues selon l'idée d'une identification personnelle, et non plus seulement eu égard aux faits où le Sauveur est mis en action, et au sens où ces faits étaient entendus, — le représentent dans la gloire, c'est-à-dire comme ressuscité et monté au ciel. Nous ne croyons pas, en effet, que l'art ait alors entendu jamais séparer ces deux termes de la glorification suprême.
Dans les compositions où le Christ triomphant est représenté comme présent au milieu de ses Apôtres et de son Église -— soit qu'il leur fasse actuellement le don de la loi divine, soit qu'il tienne dans ses mains, i . leur disposition, le livre qui la représente , — on le voit tantôt accompagné du palmier et du phénix, pour dire sa victoire et sa résurreetion, tantôt élevé au-dessus du firmament personnifié (T. II, p. 4â7), pour dire qu'il s'est pour toujours élevé au-dessus de notre demeure terrestre. Nos études sur cetteclasse de monuments nous mettent en droit d'aflSrmer que, en général, ils embrassent tous^ comme un fonds commun, toutes les idées exprimées plus spécialement par chacun d'eux. Jésus-Christ y apparaît toujours, tout à ta fois, en tant que ressuscité et en tant que monté au ciel.
1 . 0 vert htata nox , quœ tola meruU tcire temput- et horom , in qua Chritiut ob iuferit remrrexU (Chant de VExultel).
c 0 nuit vraiment heureuse , laquelle seule a pu connattre le temps et le moment anqael « Jésus-Christ est restoscité des enfers. »
Il vint on moment où, dans Ticonographie chrétienne, on voulut s'attacher plus expressément au fait de la Résurrection ; on le fit alors en représentant le saint Sépulcre vide du dépôt qu'il avait reçu, et l'Ange annonçant aux saintes Femmes que leur divin Maitre n y était plus. On traduisait ainsi littéralement l'évangile du jour de Pâques.
Les yeux du chrétien, cependant, dès qu'on offre à son esprit la pensée de la Résurrection, devienneiit naturellement avides de se fixer sur la figure même de Jésus ressuscité. II en est un peu comme de Madeleine, lorsqu'elle le cherchait après que l'Ange lui eut parlé. Deux moyens, alors, se présentèrent pour satisfaire les justes exigences de la piété, sans entreprendre de mettre en scène ce qui, selon lesidéesdu tenips^ semblait ne pas devoir y être mis : ou Ton représenta Tapparition, qui suivit bientôt après, de Notre-Seigneur aux saintes Femmes elles-mêmes, encore dans le voisinage du tombeau; ou bien, au-dessus de la scène où l'Ange leur apparaît seul, le divin Sauveur se montre aussi, mais non pas comme acteur dans cette scène, et à la portée de leurs regards. Il réside dans des régions bien supérieures : il est dans un état de gloire définitive; il domine, sans y prendre part, tous les faits historiques rappelés dans la partie Inférieure du tableau : l'idée de l'Ascension, complément de ses triomphes, s'y trouvant implicitement comprise, ou les circonstances de ce mystère étant expressément rappelées.
Le premier de ces procédés aurait été le plus anciennement adopté, si OD en juge par lesarcophage du Vatican, qui représente, dans sa partie centrale, la Croix triomphante, surniiontée du monogramme et des deux colombes *. Sur ce monument, — dont il est peu probable que la date descende plus bas que le v* siècle, — l'apparition de Notre-Seigneur aux saintes Femmes devant le tombeau remplit seule l'espace laissé lît^re sous les bras^de cette Croix. On ne voit pas l'apparition de l'Artge, qui, sans doute, n'aura prévalu qu'un peu plus tard, comme la formule la plus usitée pour dire la Résurrection. Sur les autres sarcophages où la Croix est de même glorifiée (T. II, pi. iv, xv), nous avons fait observer précédemment que l'espace correspondant est occupé par deux soldats, qui semblent avoir pour mission de rappeler, l'un, à droite, à genoux, la tête levée, ceun qui se convertirent au pied de la Croix; l'autre, endormi, à gauche, ceux qui^ gardiens du tombeau, demeurèrent obstinés dans leur aveuglement : la pensive de ce tombeau etde la Résurrection se trpuvant ainsi rappelée, quoique très-indirectement.
Au VI* siècle, dans la miniature du manuscrit syriaque, à la bibliothèque de Florence, on voit, au-dessous du Crucifiement^ les deux scènes