‹ Guide de l'art chrétienChapitre 167 sur 238 · Labarte, Artt industriels, p. lxxx · texte numérisé non relu

Labarte, Artt industriels, p. lxxx

1 D'Agincourt, Peinture, pi. xxvii.

RE S U H. R r. CTION ET ASCEN SI ON,

DS U BfeORBBCTION. 371

MYSTÈRES RBPRéSE;r(T£s EiN CONNEXION AVEC LA RÉSURRECTION DE

NOTRE-SEIGNEUB, AU Vl« SIÈCLE.

Lady Eastlake et M. Forster ont successivement publié < un bel ivoire du musée de Munich, découvert à Bamberg, dont nous mettons une esquisse sous les yeux de nos lecteurs (pi. xviii).

Il représente principalement la Résurrection, mats de telle sorte que l'Ascension lui est associée comme son complément ; et, chose remarquable, ces deux mystères sont réunis dans une même composition. Dans la partie inférieure du tableau, l'Ange, assis devant le saint Sépi^Jcre, annonce la Résurrection à tsois saintes Femmes , deux gardes sont appuyés contre le monument, l'un' endormi, l'autre portant la tête haute, levant la main comme pour rendre un témoignage. N'est-ce pas là le système d'opposition que nous avons observé entre les soldats placés an-dessous de la Croix des sarcophages? D'où. Ton doit conclure que l'unité de composition est dans l'idée, et non pas dans le fait. Alors on s'explique très-bien que le Sauveur, représenté comme s'échappant du tombeau, et déjà monté au ciel, soit saisi par la main de son Père céleste'. Si d'ailleurs on avait voulu représenter la Résurrection, sans lui donner l'Ascension pour complément, on n'aurait pas donné pour témoins à cette scène deux Apôtres, ou ravis, ou éblouis, comme ils auraient pu l'être sur le Thabor. C'est comme un résumé de tout le collège apostolique, la nalare de l'idée permettant cette condensation, les conditions d'espace la commandant.

M. Labarte a publié un autre ivoire, qui a. fait partie de la collection Soltikoff, et qu'il attribue à l'école rhénane de la fin du ix* siècle. Cet ivoire nous paraît, en effet, postérieur au précédent, et cependant il s'en rapproche par de grandes analogies de style, lis ont de commun, quant à ridée, le rapprochement des deux mystères de la Résurrection et de

I. iHrt. afomr tard, T. U, p. t63. Mêm. é$ ta Seuipt. en AU., T. H, p. 18. L«dy EtstUke •Itiibao cet ivoire au v« tiècU. Moo M. Fortter, il proYi«odfaii phiUU du monvemeot artif liqoe, développé par saint Henri , an u« siècle. A considérer seniemeot son style , noas pencherions pour U première opinion plolôt que pour la seconde , mais plutôt pour le VI* siècle qae pour le v*. L*aoge sans ailes, Tabsence de nimbe sur sa tète , le nimbe simple du Sauveur » Tarchitecture de la coupole , plaident fortement en faveur de ranliquité de ce pelil monument.

S. La main divine est tendue pour accueillir Nolre-Seignenr, non pas pour Taider i monter. La comparaison avec d'antres monuments le prouve.

l'Ascension, représentés de même, le premier par la scène de l'Ange et des saintes Femmes au tombeau, le second par la figure du Sauveur s*éle- Tant de profil vers le ciel, où la main céleste lui est tendue ^ Au-dessous de Notre-Seigneur, on distingue les douze têtes des Apôtres, les yeux levés au ciel, et, dans Tangle supérieur opposé à la main divine, les deui Anges qui vont leur parler. Quant au lien qui unit ce sujet à celui de TAppariUon au tombeau , il est moindre , à certains égards , que sur Tivoire de Munich; car ces deux scènes sont séparées par l'un des bras de la Croix qui, occupant le centre de la composition, appelle sur elle et sur le Sauveur, qu'elle tient suspendu, l'attention principale. Notre-Seigneur s'y montre vêtu, non pas du colobium primitif, mais de la longue robe h manches, accompagné du Soleil et de la Lune aux deux extrémités latérales de la Croix, les pieds appuyés sur un suppedancum reposant luimême sur un calice, les bras étendus, non dans une position parfaitemeut horizontale, mais sans aucune contention, et dans une attitude en harmonie parfaite' avec le mouvement de la tête , qui sincline vers deux des saintes Femmes portant des parfums. Ces saintes Femmes se rattachent comme un préliminaire à la scène suivante» où, au nombre de trois, elles reçoivent de l'Ange l'annonce de la Résurrection.

Ainsi conçu, ce Christ se rapporte, sans incertitude, à la classe des Crucifix triomphants^ à l'exclusion de tout sentiment de souffi*ance et de toute tendance à exciter la compassion. Autour de lui, on ne. voit quedçs idées de triomphe, occupant, dans un ordre, successif, les quatre cantons de la Croix. Ed commençant par le bas, de gauche à droite par rapport au spectateur, on voit, d'une part, les deux saintes Femmes dont nous venons de parler, et vers lesquelles le Sauveur crucifié s'incline, comme pour agréer leur empressement ; d'autre part, on les retrouve, comme nous l'avons dit, au nombre de trois et en présence de l'Ange >. Les deux sujets supérieurs s'enchaînent eux-nïêmes, mais de droite à gauche : l'Ascension est au-dessus de la scène du tombeau, et l'autre canton est occupé par une figure de Notre-Seigneur, régnant dans la gloire, au sein d'une auréole constellée. Cette auréole est cantonnée de quatre têtes, trop frustes pour qu'on puisse distinguer si elles représentent des Anges, ou les animaux évangéliqups. Nous croirions préférablement à la première alternative. Alors cette partie de la composition aurait beaucoup de rapport avec la manière dont l'Ascension elle-même est représentée sur les fioles de

i. Labarte, Arts industriels, T. I, fol. 18, pi. xiv. Nous noos appuyons le plus souTentiur les jugements de Tauleur. Dans ceUe circonstance, il nous est impossible d*admeUre que , au-dessus de la branclie de la Croix, on ail représenté TAgonie au Jardin des Olives.

% Dans la premiAre scène, les deui saintes Femmes sont nimbées; dans la seconds, celle-là seule qui est en avant.

DE LA RÉSURBEGTIOfT. 373

Monza, dans le manuscril syriaqae de Florence et sur un grand nombre d'autres monuments, où Notre-Seigneur repose dans unç auréole soulevée par les Anges. M. Labarte, décrivant cette composition en peu de mots, dit seulementque le Christ ressuscité y est assis dans une gloire, bénissantde la main droite, et tena||tdela gauche le livre desËvangiles. En effet, c'est bien là le Christ ressuscité, et la connexion de celte figure avec la scène de TApparition où la Résurrection est annoncée, est d'autant plus marquée, que nous voyons l'Ascension dans la scène intermédiaire : cette ûgure se rapportant tout à la fois directement à la Résurrection et directement à l'Ascension.

Enfin, toutes les pensées groupées dans ce petit monument peuvent se traduire dans cette phrase : — Jésus, attaché sur la Croix, mort pour vous, est ressuscité ; il est monté au ciel, il y règne à jamais, sans eesser d'être auprès de vous, pour vous appliquer, si vous le voulez, les fruits de sa mort et de sa résurrection.

Faites un nouveau rapprochement avec l'ivoire de Munich : vous observerez qu'à défaut de la Croix sur celui-ci, lopposition entre les deux soldats exprime d'une manière plus primitive les souvenirs du Calvaire associé au saint Sépulcre. D'ailleurs, au-dessus du monument destiné à représenter celui-ci, voyez cet arbre verdoyant^ chargé de fruits et d'oiseaux qui s'en nourrissent. N'est-ce4>as là une image de la Croix devenue féconde? Ce soldat qui lève la tête — tandis que, généralement, es soldats gardiens du tombeau sont tous représentés terrassés — a dû à cet arbre du salut la lumière et la vie : il faut se fermer volontairement les yeux, comme son compagnon, pour ne pas en profiter. Jésus ressuscité est monté au ciel I

Le fond de pensée est le même dans les deux monuments : mais, dans l'un» le point central d'unité est la Croix; dans l'autre, c'est le saint Sépulcre. Le saint Sépulcre, sur l'ivoire de Uuaichy se montre avec un caractère monumental commun à toutes les compositions que nous venons de passer en revue, mais exprimé ici avec un développement supérieur. Ce n'est pas seulement le théâtre de la Résurrection que l'on vous met sous les yeux , c*est le monument , la splendide coupole élevée pour la célébrer, et qui avait reçu lenommémede «Résurrection», AvM^Ttt^ff . La forme de coupole s observe sur le sarcophage du Vatican, sur les fioles de Monza. Sur l'une de ces fioles au moins, l'on distingue même le petit édifice construit sur le saint Sépulcre proprement dit, de la rotonde qui s'élevait au-dessus d'eux, et qui les embrassait l'un et l'autre dans son enceinte^

Page 1