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Mozzoïii, Tavole delh fiorin delta Chieta, p. 84, iig. B

374 QUIDB DE l'art CHRÉTIEN.

Dans la miniature syriaque la coupole est moins élevée , mais ridiement dorée. Qui pourrait donc douter qu'en représentant ainsi le mysière de la Résurrection, on ne se proposât d'étendre la pensée sur toutes ses conséquences ?

ASSOGUTION DES HÉXES MYSTÈRES, DU X* Al] XU* SIÈCLE.

A?ec la progression du temps, on s'attacha moins à représenter, dans la scène de l'Apparition, le saint Sépulcre à l'état de somptueux édifice, et Ton rencontre, à partir du x* siècle, d'asseï norabreui exemples ob il est ramené à ses simples éléments : tel est le diptyque «n ivoire de la basilique de Milan, publié par Gori ^, et aussi la couverture d'évsngéliaire en métal provenant de l'abbaye de Saint^Denis^ et maintenant au Musée du Louvre *. Là, le saint Sépulcre s'ouvrs comme une grotte sous

N un bloc de rocher; ici, on ne voit que le auaire et les bandelettes, encore liés ensemble comme Tenveloppe d'une momie se dressant i rentrée d'une ouverture, désignée, dans l'un et l'autre monument, par le mot de T«^«r, « sépulcre » ; et la série des inscriptions répétées sur le second, audessus des différents groupes ', toutes empruntées au texte évangâiqae dans le sens historique des faits, vient attester que telle est bien la direc* tion où s'engage la pensée.

Cependant, le saint Sépulcre monumental conserve enoiire {dus géaé-

- ralement la préférence. On le retrouve sur trois des cinq tablettes en ivoire rapprochées par le P. Cahier, où le Crucifiement est représenté en vue de la souveraine efficacité du divin sacrifice ^. Dans les deux autres, celui de Tongres et celui de la Bibliothèque nationale, la RéeurrectioB de Notre-Seigneur n'eat pas représentée, mais seulement celle des fidèles, et nous verrons tout k l'heure la corrélation que l'on a entendu établir entre l'une et l'autre.

' i. Gori, Thet. vel. dypt., T. III, pi. xxxii. S. Labarte, Arl§ indiuimii, pi. xxvi. Au Lonvre, D. 709.

8. Aii-d«f8ti8 dac sainlet Femmes : E?X* ^ «vreù 7p«/u«f ntu ixr«#ir, c et reffroi et te ttopear les saisirent • (M'irc, XTt, 5) ; au-dessus de TAnge : ^ivri f/irf r» rmt nrw •* ILtLpfi i • Veoes et voyei le lien oà était enseveli le Seif^neur • (Matth , xxvto. S) ; an-deisoi d'nn soldat renversé, que Ton voit sous les pieds de l*Ange : Keu m 9vAew>r«vrif «rfvffK^ ts^ftv ; « et les gardes avaient été renversés comme morts • (Uatth., xxvui, i).

A. Mélangea d^Arth., T. U.

DE LA BÉSURREGTION. 375

Dans la grande verrière de la fin du xii^ siècle qui orne U chevet de la cathédrale de Poitiers ^ ayant représenté, comme sur les ivoires du P. Cahier, le Crucifiement, on a voulu cependant que la pensée définitive résultant de l'ensemble se fixât sur la personne du Sauveur, en tant que ressuscité et monté aux cieux. La Résurrection est dite daiis deux petits compartiments, au-dessous de la Croix, parceque la place du tombeau qui en fut le théâtre, est dans les régions inférieures. Elle est dile, selon le mode d'expression usité jusqu'alors, par Tapparition de l'Ange aux saintes Femmes, distribuée dans les deux compartiments, séparés par le besoin de symétrie -, mais son complément est donné dans les régions supérieures, où la grande figure de Notre-Seigneur occupe, dans une auréole soulevée par les Anges, le sommet de la verrière.

Le mystère de l'Ascension est plus directement représenté au moyen de cette figure, c'est incontestable. Les Apdtres, levant la tète au ciel dans la cont^nplation de ce mystère, sont distribués, immédiatement au^ssous, six par six, dans les deux cantons supérieurs de la Croix. Mais la figure du Christ, de beaucoup plus grande dimension, est séparée, d'eux par une ligne très-tranchée ,* elle ne se présente donc pas comme si étroitement liée avec la partie de la scène qu'ils occupent, qu'elle ne puisse se rapporter, par des liens analogues, aux autres parties de la verrière, et notamment à la nouvelle de la Résurrection donnée par l'Ange. Le tombeau est vide. Où est celui qui l'occupait? Il est làhaut I...

Traduisant, s'il nous est permis déparier ainsi, dans le langage du discours, cette page écrite pour les yeux, nous ne pourrons la rendre que sous forme de litanie, appliquant à chaque scène de détail cette pensée finale : Le voici dans la gloire! — Le Christ aété crucifié : leVoici dans la gloire! Le Christ est mort, il a été enseveli, il jBst ressuscité : le voici dans la gloire! Il est monté au ciel : le voici dans la gloire! -* Cette formule s'applique également à la partie la plus inférieure de la verrière, où l'on a représenté les martyres de saint Pierre et de saint Paul^; et nous dirons encore : — Les Apôtres du Christ ont été suppliciés : le voici dans la gloire ! — La Résurrection , dans cet ordre de pensées, tient autant de ' place que l'Ascension même.

Ici il ne s'agit pas seulement de célébrer la Résurrection de Notre- Seigneur, nous devons y voir un gage de la nôtre. Jésus-Christ, en mourant sur la Croix, a reconquis la vie pour le genre humain. C'est au pied de la Croix que le premier homme la recouvre, recueillant en sa personne le bienfait pour sa postérité entière, de même que, dans sa personne, elle

1. Hi$L de la Cath. de PoHiert, par M. Tabbé Auber, T. 1, pi. x.

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avait été condamnée à la mort. C'est par extension de la même idée, que, dans beaucoup de monuments, parmi lesquels il faut compter les ivoires groupés par le P. Cahier, dont nous venons de parler» Ton a représenté les morts sortant du tombeau au nombre de trois ou de quatre, c'e^tà-dire en nombre indéterminé. Ils rappellent, sans doute, quaa moment où le Sauveur expira, des morts ressuscitèrent effeetÎYement K Mais ces pensées et ces faits ne s'excluent pas, et lorsque les morts sont au nombre de deux, et disposés symétriquement à côté de la scène même oii la Résurrection est annoncée, comme il arrive dans le vitrail de Poitiers, il est bien probable qu'on a voulu ainsi représenter Adam et Eve.

La connexion entre ces deux sortes de Résurrection, qui se fait sentir par la manière dont elles sont associées sur certains monuments, semble aussi résulter ailleurs de leur substitution l'une à l'autre* Ainsi, partons de cette première observation, que les idées de résurrection et de vie doivent être exprimées au-dessousdu CrucîHx , dans l'esprit des composi* tions qui nous occupent, comme une de leurs parties intégrantes. On remarqueraquecés idées sont rendues simultanément, sur les ivoires de Bamben? et de M. Carrand, et de même dans la verrière de Poitiers, par la Résurrection de Notre-Seigneur — exprimée, comme on avaitcouturoe de le faire alors, au moyen de son annonce aux saintes Femmes — et la résurrection des hommes qui reçoivent le bienfait deson sacrifice. Mais elles le sont uniquement par l'apparition auxsaintes Femmes, sur Tivoiredu roideBavibe, et uniquement par le second mode d'expression, sur les ivoires de Tongres^ et de la Bibliothèque nationale. Les rapports intimes qui existent entre tous ces monuments, donnent assurément lieu de croire qu'en s'; servant de termes différents dans la partie inférieure de la compositioo; on a voulu cependant rendre la même pensée, sans Taffaiblir auconement là où ces termes sont moins explicites. La Résurrecttoti de Notre -Seigneur est le gage de la nôtre ; celle des fidèles au pied de la Croix est ^annonce de la sienne, si Ton s'attache à ce qui se passa spécialement sur le Calvaire; elle en est la conséquence, si l'on embrasse dans leur plus grande généralité les idées ainsi exprimées.

i. Matlh., XX vil, hi.

2. Nous avons cru un iiutant que, sur l'ivoire dttToDgre8,on avail voulu représenter Notre-Seigneur lui-même sortant du tunibeau entre Jeux autres personnages qui reMUSciteraient avec lui. Mais celle inlerprétation ne peut pas se soutenir, devant celte circonsUnre que le personnage ainsi rappelé à la vie se retourne vers le Sauveur allacbé à la Crois. Si cVtait le Sauveur lui-même, il se tournerait vers nous. Ce personnage est, d'^îlleuri, loali Tait dans Tattilude où iVn a souvent représenté Adam au pied de la Croix. ( Ko''' î* "•

DE LA RÉSURHECTION. 377

LA nÊSVBREGTION, AUX Xll** ET XIll' SIÈCLES.

La manière usuelle et normale de représenter la Résurrectiim de Nôtre- Seigneur, ou plutôt de la dire et de la célébrer, jusf|u'au xiu* siècle, est VAppa :^:'on de fAnge aux saintes Femmes, On trouve des moyens faciles, tout en continuant de s'en servir principalement, de satisfaire le pieux désir que doit avoir le spectateur de contempler lui-même l'image du Sauveur quand on lui dit sa Résurrection, soit en représentant, à la suit de cette première scène, une ou plusieurs de ses propres apparitions, soit en la combinant avec TAscension, considérée comme le complément de la Résurrection, ou avec le Crucifiement dont la Résurrection est ellemême le mystère complémentaire, ou même avec ces deux mystères réunis. Nous avons vu comment TApparition de Notre-Seigneur aux saintes Femmes avait été représentée aux v« et vi» siècles. Sur le diptyque en ivoire de la bibliothèque ambroisienne, à Mîlan^ réputé du vn* ou du vui® siècle, on la retrouve après la scène de l'Ange et des saintes Femmes au tombeau, suivie de la première apparition aux Apôtres réunis et de celle où saint Thomas touche le côté du divin Maitre ^. Ces diverses représentations disent toutes que le Sauveur est ressuscité; elles le montrent comme étant ressuscité; alors même qu'il est attaché à la Croix , elles le disent ressuscité, et doivent se traduire par ces termes : — Celui qui a été attaché à la croix est ressuscité. — Hais aucune d'elles ne montre Jésus- Christ ressuscitant.

La scène de la Sortie des limbes, portant le nom XAnazia^is^ « résurrection»,tellequ'on la conçutauxi^ et xu^ siècles, était une tentative pour représenter Tacte même de la résurrection, alors qu'on ne croyait pas encore devoir violer le secret du tombeau et montrer le Sauveur au moment où il en franchit les entraves. Nous nous garderons bien de dire qu'il les rompit, puisqu'il parait clair que l'Ange ne renversa la pierre qu'après qu'il en fut sorti, et comme désormais inutile, puisque Je tombeau était vide. Dans un manuscrit de Florence, dont .Gori a publié les miniatures, et qu'il donne, avec probabilité, comme étant du x* siècle 2,Nv>tre-Seigneur apparaît immédiatement au-dessus du tombeau, mais il n'en sort pas ^ il

1. (iors The%. vel. *lypt , T. 111, pi. xxxu, xxxiv; Af^n. atch xxii,'p. 193.

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