Ile année de la SodéU fTArundel, 1859, no v
De LA RÉSURRECTION. 385
se montrer à nous connue étant ressuscité. Toutes les pensées ainsi exprimées sont vraies dans leur généralité. Chez Raphaël^ Notre-Seigneur sort par la porte ouverte: elle ne devrait pas l'être, puisque sa sortie n'est pa» accomplie encore. Il sort à la vue des gardes : ils ne devaient pas le voir. C'est-à-dire que, si Tartiste s'est montré imitateur plus fidèle de la nature, dans la représentation du fait, tel qu'il l'a imaginé, d'un autre cdté, il s'est éloigné de la vérité historique, plus qu'il ne s'en est approché. D'ailleurs, les rapports qui existaient entre les moyens d'expression et l'idée exprimée sont changés. Ce qui était vrai comme expression symbolique d'une pensée générale, comme propre à exciter la piété, à faire réfléchir, peut prêter à la critique eu se particularisant.
C'est alors que Ton pourrait tomber sous le coup des prescriptions (i*Ayala, quanti il insiste sur la disposition réelle du saint Sépulcre, et plus encore sur la subtilité du corps glorieux de Notre-Seigneur sortant du tonabeau encore fermé. Ou remarquera cependant, à la décharge de Raphaël, qu'il n'a donné dans aucune de ces inepties que signale plus sévèrement le théologien ^pagnol ^. Sur la tapisserie du Vatican, on ne voit point de ces soldats qui tentent de tourner leurs armes contre le prisonnier divin qui leur échappe, on ne voit point surtout de ces chiens qui aboient. Les gardiens du sépulcre sont saisis d'effroi et jetés en désordre, comme on pourrpît les représenter sans contestation, si, au lieu île Notre- Seigneur sortant du tombeau, ils avaient seulement sous les yeux l'Ange quieu renversa la pierre, tandis que Jésus s'élèverait dans les airs, hors de la portée de leurs regards. D'un autre côté, la marche victorieuse de ce divin Sauveur, au milieu de cette troupe armée, est vraiment belle; elle dit mieux, peut-être, sa puissance irrésistible, que si on le voyait plus loin s'échapper à la dérobée. On comprendra surtout q ueRaphaêl ait voulu dire ce divin ascendant, et n'ait pa.s voulu dire autre chose. Il ne saurait doDQnotts induire en erreur, parcequ'il n'a pas prétendu nous apprendre à la lettre comment les choses se sont passées, et que nous n'avons pis à chercher, à la rigueur, ce genre d'exactitude, sous une œuvre d'art qui ne« s'annonce pas comme y prétendant. Tout considéré, cependant, il est remarquable que, des deux compositions que nous comparons, la plus mystique est celle qui s'en éloigne le moins, et qu'il faut revenir au point de vue de l'idée, pour justifier celle-là même qui s'est avancée dans les voies du naturalisme. Mais, ces réserves une fois faites, rien ne nous empêche plus d'accorder à la belle composition de Raphaël toute l'admiration qu'elle mérite.