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LA RÉSURRECTION, DEPUIS LE XV* SIÈCLE

Si, parmi les œuvres qui ont précédé Raphaël, il en est qui, eo représentant le mystère de la ftésurreetion, élèvent la peasée plus haut qa'il ne Ta fait, on peut dire qu'elles y ont réussi en s'adressanl à l'esprit, qd peu à la manière de l'orateur ou de récrivain. Pour parler aux yeuiptr une image vive et saisissante, telle que nous venons de la voir, il fallait le génie de Raphaël, et quoique, dans la tapisserie du Vatican, le dessin seul soit de lui, nous ne voyons pas qu'aucun taUeiu Tait atteint, l'ait surtout dépassé, quant au genre de supéri^ité (fai est propre à cette œuvre.

Généralement tous les efforts ont tendu à rendre avec tout l'édat,

toute la vigueur imaginable, la puissance et la majesté du Sauveur

s'élançant à travers les entraves impuissantes de la mort et de U

matière. Mais il y a là quelque chose qui est trop hor.^ de la portée

^•^ humaine, et tout ce mouvement, toute cette lumière, en peinture, sootsi

y^ loin de la réalité, qu'ils porteraient facilement à la froideur, au lieu de

l'émotion qu'ils voudraient imprimer. En fait de jet, nous œainteuoBS nos préférences pour la noble, douce et facile impulsion que nous avons admirée dans le Christ de Giotto.

Cette vie, ce mouvement, ce relief que l'on poursuivit comme une coodition du vrai, — à l'exclusion exagérée des naïfs essais d'un art repaie dansTenfance, — jetaient au contraire souvent dans le faux. Eu réproavant comme trop archaïque tout ce qui avait été jusque-li de eonventioa, oo était obligé de recourir soi-même à de nouveaux procédés toutcoDveationnels. Voyez la Réswfrection d'Annibal Carrache» dans la galerie du Lou^vre: son Christ s'élève dans les airs-, mais il est lourd et vulgaire, parce qu'il sent trop son modèle d'atelier. La pièce d'étoffe qui flotte sur ses reins sans reposer sur ses épaules, demeure suspendue d'une maaière impossible, sous l'action de l'air qui l'agite. Celle qui, autour de la cix>ix^ remplace la bannière, naturellement tiendrait encore moins. Et pour quoi remplacer la bannière? car si on obéit à la convention en mettant une croix entre les mains de Notre-Seigneur, il est également permis, oooune l'accorde parfaitement le sévère Ayala, de la pavoiser régulièrement. Est-il plus vraisemblable que cette croix ait enlevé comme par hasard, eo raccrochant dans le tombeau, un des linges qui ont servi à Tensevelisseineot?

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Ou la pensée de l'artiste se relève, c'est dans le soin qu'il prend pour dire bien haut que le Sauveur est sorti de son sépulcre sans en briser le sceau. Nous ne saurions toutefois approuver le moyen dont il s'est servi pour dire cette vérité. Ce soldat qui demeure endormi sur. le saint Sépulcre, est en contradiction avec toutes les notions que l'on possède, quant au mode d'ensevelissement de Notre-Seigneur. On peut admettre toutesles formes de tombeau, pour en exprimer l'idée; mais il faudrait plus d'harmonie dans la composition : elle affecte trop de naturalisme dans beaucoup dé ses parties, pour conserver le droit de recourir à des moyens qui n'ont de vérité que dans l'ordre symbolique.

Il est d'autres compositions, généralement plus modernes encore, où Ton a visé à se dégager, avec une progression croissante^ de tout ce qui pouvait sentir le symbole et la convention. Sébastien Le Clerc, dans la vignette gravée pour VHistoire sacrée de Brianville, s'est souvenu que le saint Sépulcre creusé dans le roc était précédé d'une autre excavation, qui lui servait comme de vestibule, et où les gardes avaient dû se poster. Il s'est servi de cette circonstance peur produire un contraste de lumière. La partie de la grotte où le corps de Noire-Seigneur reposait et où s'accomplit la ftésurrection, est vivement éclairée, tandis que l'autre partie, où sont les gardes, est restée dans l'ombre; le Sauveur n'a plus rien à la main, et il s'est élevé le corps drapé seulement dans un pan de linceul ; il s'élance en présence des gardes renversés, mais il se confond dans la teinte la plus claire avec l'éclat lumineux qui l'environne. Nous comprenons qu'on veut nous dire son mouvement rapide comme l'éclair, et nous pouvons nous prêter facilement à l'idée que les gardes ne l'aperçoivent pas. Ils sont donc réputés frappés par la commotion et éblouis, de façon à ne pouvoir rien distinguer. Jusqu'ici toute la composition est tenue très-près de la réalité des faits; mais il a fallu, pour obtenir ce résuUati supprimer tout ce qui pouvait représenter le saint Sépulcre comme ayant été hermétiquement fermé; l'ouverture par laquelle on communique d'une excavation dans l'autre ,est si spacieuse,qu'eilene pourrait pas être close par les moyens qui furent employés. L'Ange s'aperçoit, légèrement dessiné dans la clarté lumineuse, derrière Notre-Seigneur, et 11 était bien de le montrer; mais cet Ange adore le Sauveur, déjà ressuscité et s'élançant devant lui; il est posé là où était le corps sacré : il n'a pas à s'occuper d'une pierre que la représentation ne ^aurait comporter.

Ces observations n'ont pas un caractère de critique : elles ont seulement pour but de faire apercevoir comment, dans la représentatioii d'un pareil sujet tout spécialement, il est iiupossibled'atteindre la réalité, et comment on est d'autant plus fondé ù dire des vérités dans uu langage qui devient très-intelligible, dès qu'il est usuel et convenu que les moyens vousteroiit

toujours défaut, si vous voulez rendre en une image, avec une égale exactitude, la vérité absolue du fait.

Le mode de représentation essayé par Sébastien Le Clerc nous parait légitime.. Nous ne lui reprocherons pas, comme au Carrache, de n*étie pas d'accord avec lui-même; mais nous admettrous, au même litre, qu'on ait pu se passer de figurer la grotte, comme Ta fait le P. A^ndri, dominicain, dans un de ses meilleurs tableaux, que possède l'église (le Notre-Dame , à Fontenay-le- Comte. Ces deux compositions, à pea l>rès contemporaines, se tiennent d'ailleurs de foi*t près. De part et d'autre, on peut admettre (|ue le Sauveur soit réputé disparaître auv yeux de ses gardes, au milieu de l'éclat lumineux qui l'environne et de l'effet du mouvement rapide avec lequel il s élance; mais le jet ascendant est bien mieux rendu dans le tableau que dans la vignette; ou pourrait même s'étonner que, dans celle-ci, le Sauveur n'ait pas encore franchi les étroites limites de l'excavation où il était renfermé; et, une fois de plus, ce qui était recherché comme un élément de la vérité serait accusé de lui nuire sous d'autres rapports.

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