‹ Guide de l'art chrétienChapitre 174 sur 238 · APPARITIONS A LA SAINTE VIERGE KT AUX SAINTES FEMMES · texte numérisé non relu

APPARITIONS A LA SAINTE VIERGE KT AUX SAINTES FEMMES

Représenter le fait absolu, l'idée générale, le moment précis de la Résurrection, tel est le but que l'art chrétien s'est proposé dans les monuments que nous venons d'étudier. Autre est la représentation des manifestations successives qui, après ce grand événement, vinrent en attester la réalité. L'apparition de l'Ange aux saintes Femmes, celle dont Noire- Seigneur lui-même les favorisa bientôt après, ont servi de type, dans Tantiquité chrétienne, pour exprimer le fait même qui leur était annoncé. On se l'explique facilement quand on observe que l'Église a choisi, pour son évangile du jour de Pâques, le récit même des circonstances où la première nouvelle officielle de la Résurrection fut ainsi donnée. Maintenant nous allons retrouver ces mêmes apparitions, à leur rang historique, dans différentes séries d'époques postérieures. Il y a de ces séries d'apparitions de Notre-Seigneur qui sont très-développées; la plus complète que nous connaissions est celle des vignettes de Simon VostreS où l'on

1. On peut encore citer, avec M. DiHron, les vitraux de Saint-Élienne-da-Moct, à Paris. Guide dé la Peintttre, pagn 900, note.

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n'eii voit pas moins de onze, outre deux petits tableaux consacrés au fait même de la Résurrection et à la scène de l'Ange et des saintes Femmes au tombeau. Il est probable que tes bas-reliefs du chœur, à Notre- Dame de Paris, en (offraient un pareil nombre avant que le jubé fût été détruit; il aurait suffi, pour cela, que l'apparition à la sainte Vierge y précédât, commet dans les vignettes, Tapparition à la Madeleine, par laquelle débute la série snb<(istante. Los prescriptions du Guide de la peinture du mont Athos portent sur un pareil nombre de sujets. Les sujets, d'ailleurs, ne sont pas les mêmes dans les différentes séries.

Il n'est pas exact de dire que l'apparition à la sainte Vierge ait été prise dans les Évangiles apocryphes, par la seule raison qu'elle s'y trouve rapportée« et qu'elle ne l'est pas dans les livres canoniques. La connaissance nous en est venue par tradition. Cette tradition est rapportée par saint Ambroise, saint Paulin de Noie, Sedulius, etc. Elle est admise par saint Bonaventure, saint Bernardin de Sienne, soutenue par des critiques émi* nents, comme Trombelli, Sandini ^ On comprendrait difficilement surtout que Marie n'ait pas été la première avertie de la Résurrection, la première admise à contempler son divin Fils dans son état glorieux. Faute, cependant, de pouvoir s'appuyer sur le texte sacré, le fait spécial de cette faveur accordée à la Mère de Dieu n'est entré que difficilement dans le cycle de l'art chrétien, et la représentation n'en a été fréquente qu'aux environs de la Renaissance. Mais on a remarqué que la sainte Vierge, dans la miniature du manuscrit syriaque, à Florence, se substituait à l'une des saintes Femmes qui, venues pour apporter des parfums, avaient été successivement favorisées de l'apparition de l'Ange et de celle de Notre-Seigneur lui-mêmer Kst-ce là une simple erreur de fait? Nous ne pouvons le croire. Nous y verrions bien plutôt la preuve d'un caractère de généralité dans ces compositions, caractère dont nous trouvons encore l'écho dans \e Guide de la peinture du mont Athos. et dans notre petit tableau russe.

Dans le Guide, l'article qui suit celui qui est consacré à l'apparition de l'Ange a reçu ce titre : « Le Christ, apparaissant aux Femmes qui portent « la myrrhe, leur dit : « Réjouissez- vous ». Et il est ainsi conçu : a Le « Christ debout, bénissant des deux mains. A sa droite; la sainte Vierge ^ « à sa gauche, Marie-Madeleine : elles se jettent à genoux et embrassent « ses pieds. » L'apparition propre de laMadeleine, celle où Notre-Seigneur lui commande, au contraire, de ne pas le toucher, noii me tangere, ne vient qu'après. Dans le tableau russe (pi. xvn), tandis que, au milieu

1 . Trombelli , Mariœ taneiissimiB Viia et Gesta, T. IV, dits. xi. Sandini , De Chmto, cap. XVI, § 7.

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Notre-Seigneur ressuscite, — sortant du sein de la terre, en général, dans des conditions qui se rattachent à la Descente aux limbes représentée ao* dessous, plutôt que sortant du tombeau, dont on ne voit pas de traces, — TAngc est assis à côté de lui. et une sainte Femme s'avance vers l'envoyé céleste ^ Cette sainte Femme est la Mère de Dieu : les sigles inscrites sur sa tête, et qui la désignent dans toutt's les autres scènes du même tableaa, ne laissent aucun doute à cet égard. Dans toutes ces compositions, on a généralisé la pensée de la première annoncede la Résurrection aux saintes Femmes, des apparitions dont elles furent d'abord favorisées, en y comprenant ce que Ton savait par la tradition, ce que Ton pensait do prifilége en vertu duquel la Mère de Dieu était passée ou avait dû passer la première, et ensuite tout ce que TËvangile nous apprend relativement è Madeleine et aux préférences dont elle fut Tobjet. Dans le Guide^ en comparant le titre de l'article avec le texte de ses prescriptions, on voit bien qu'il y a quelque confusion entre le fait spécial de Tapparition aux saintes Femmes > — cette apparition qui suivit celles dont la sainte Vierge et Madeleine avaient été favorisées auparavant — et l'idée générale dont nous parlons ; mais cette confusion même et la place donnée à cet article avant tous les autres, est une preuve de l'empire exercé sur les esprits par cette idée, d'après laquelle on concevait que la Mère de Dien. la Femme par excellence, devait être associée tout spécialement à la pensée de la Résurrection,

Le Guide reprend ensuite exactement l'ordre des faits. Pierre pl Jeaii accourent au tombeau; le Christ apparaît à Madeleine, puis aux. disciple d'Emmaûs, puis aux Apôtres, sans saint Thomas, puis lorsque saint Thomas se retrouve avec eux, etc. 3.

Dans les vignettes de Simon Vosfre et dans les autres monuments du même temps où figure l'apparition dont la sainte Vierge fut Tobjet, cette apparition prend sa place en tête de la série des faits, sans qu'on puisse, comme dans les exemples précédents, apercevoir Tîntenlion de généraliser une idée. Marie n'avait aucunement partagé l'aveuglement des disciples, elle savait que son divin Fils ressusciterait. La vignette dont nous parlons la représente lisant les saintes Écritures, dont Vaccomplissement se déroule sous ses yeux, où sans doute elle.trouvait la promesse que bientôt elle reverrait l'objet de ses inefiRibles affections, lorsqu'il se présente

1 . On remarquera que cet Ange fsl lui-même dëaigné comme étant rarebange Gabriel, pir des sigles qu*il porte aussi dans VAnnonciaUon et diins la scène dn Bêplêtàtii /VtffrV' Seigneur.

2. Une preuve de cette confusion , c'est que celle appariiiun ne se trouve plosl la piMt qu'elle devrait occuper, après la scène du NoU me lanrftre,

3 Guide de ia Peinture, p. SOI, «02.

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devant elle, ii ne vient pas^ con^m^ lorsqu'il se montra aux saintes Femmes et aux Apôtres , pour prouver qu'il est ressuscité , main pour la réjouir et l'honorer; et Ton entrevoit que cette différence pourrait être I» cause du silence inspiré à cet égard aux Évangélistes par le Saint- Esprit. C'est au cbani du Regina cœii que l'artiste chrétien devrait demander ses inspirations dans cette occasion, et c'est la sainte joie du Fils et de la Mère qu'il lui appartient de représenter *.

Marie-Madeleine aimait son Sauveur d'une ardeur bien vive, et ce fut en récompense de son amour qu'il la choisit, la première après sa Mère, pour lui donner la consolation de le voir ressuscité, la première de tous pour rendre témoignage à sa Résurrection. Cependant, son amour était encore trop humain ; et si, de la main d'un grand maître, ces deux scènes des apparitions à la très-sainte Mère et à la sainte amie étaient rapprochées, il y aurait un beau contraste à tirer de la diversité de leurs impressions : d'une part, Tépanouiesement d'une joie indicible contenue par la gravité du maintien le plus respectueux ; de l'autre, cet empressement chaleureux qui mérita d'éti*e réprimé par le divin objet de tant d'amour.

JVoli me tangere : a Ne me touchez pas ». Ces paroles, en effet, sont devenues le titre communément donné à la scène de l'apparition de Notre-Seigneur à Madeleine. 11 est hors de notre souvenir qu'elle ait été directement représentée avant le xii* siècle ; nous l'observons alors sur la porte de bronze de la cathédrale de Monreale^ en Sicile, avec ces mots mêmes : Noii me tangere; ensuite, au xiii* siècle, dans la mosaïque de cette église, avec le même texte; puis sur le diptyque en ivoire moulé par la Société d'Arundel, publié dans les Anna/es arcA^to^t^ues, et auquel nous avons emprunté une Fiagellation et un Portement de cnnx ^. Au xiv* siècle, les exemples en sont très-multipliés. Jusqu'alors on ne voit point que, dans cette scène, Ton ait tenté de représenter effectivement Notre-Seigneur déguisé en jardinier. Saint Jeanne dit pas que Jésus ait pris les apparences ou les attributs de cet état '. Madeleine, dans son trouble, ne regardait rien, ne distinguait rien, et ce trouble seul nous paraîtrait avoir été la

1. Une peinture de la voûte , dans Téglise de VAnnuncuïta, A Gènes, représente Notre* Seigneur apparaissant à sa très-sainte Mère, suivi de tous les Saints 'sortis des Limbes.

2. SoéiiU éTArunâtl, H* eltMe, n« 7. Ann. arek., T. XXV, p. S9A. Gi-deaiiu, p. 893.

3. Nom ne dissimulons pas que Catherine Emmerieh décrit Notre-Seigneur apparaissant i Madeleine, eomme aérant pris les insignes d'an jardinier {Pauiont p. 4S8) ; mais â considérer ses méditations selon Topinion la plus favorable, on ne peut méconnaître qu'elle ne vtt souvent les choses sous des figures symboliques. Jésus est le divin Jardinier de nos imes : la pieuse augustine de Oalmen le voyait sous la ligure même où elle s'était représaolé le jardinier de la parabole. £n faveur aussi du déguisement complet en jardinier, on peut s'arpnyer de rautorité d'Ayala, qui la préfère sans l'imposer. (Lib. 111, cap. xx, § 6.;

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cause (le sa méprise. Jé^us iut dit un mot : Maria! — Habbfmi, iiion cber Matlrel s*ëcria-t-elie aussitôt, reconnaissant son identité parfaite. Ed effet, selon l'observation de lady Eastlake, c'est cette identité qoi araît besoin d'être reconnue et proclamée. •

Sans donner à Notre-Seigneur le costume de jardinier, on peut parfaitement lui mettre à la main un instrument de jardinage, pour préciser la circonstance. Les bas- reliefs de Xotre-Damede Paris en offrentun exemple du XIV® siècle, vi Ton peut en citer beaucoup d'autres. D'Agincourt en a publié un, qu'il attribue au xii^' siècle; mais cette date est très-invraisemblable, et nous ne croirions pas (fue la peinture grec4jue dont il s'agit lui elle-même antérieure au xiv« siècle. Nous en parlons parce que, plas qu'aucun autre des monuments cités, elle exclut la pensée d'un déguisement complet. Les vêtements du Sauveur sont, au contraire, enrichis de riches broderies, pour dire l'éclal'dont re<«plendissait toute sa Personne • sacrée ^ Dans les vignettes de Simon Vostre, la bêche ^t associée au manteau de la Résurrection. Dans une composition d'Albert Durer, Jésos la tienl^l'une main, et l'étendard -crucifère de l'autre. C'est ce que ladj Eastlake — très-opposée à tout ce qui ferait supposer le déguisement en jardinier — appelle a faire la part de la sagesse et celle de la folie. »

6iotto,dans les fresques de VArena^^ Padoue, s'est servi de la scène da NùU me tangere pour exprimer la pensée principalede la Résurrection. Immédiatement après la Mise au tombeau^ ^i conformément au texte sacré-, il l'a placée tout près du saint Sépulcre, auquel il a donné la forme de sarcophage, et il a fait asseoir les deux Anges que Madeleine venait d'v voir on effet. lis fixent leurs regards sur Notre- Seigneur, et l'un d'eux le montre de la main, comme pour dire : CVst bien Lui. Le Guide de Ut peinture a conservé ces éléments de con^piisition, et, selon ses prescriptions, la scène se passe en présence des deux Anges assis sur le tombeau.

Cette reconnaissance de Jésus par Ma(1eleine, où se manifestent les plus pures et les plus vives affections que puisse soulever, dans une ft me chrétienne, le chaste Époux des Vierges, constitue ce que l'on appelle dans l'art une situation : situation pleine de pathétique, de nature à être choisie pour elle-même, au point de vue des sentiments, et à fournir le sujet d'un tableau isolé. Nous ne connaissons que par la gravure le ^'oli me tangere du Beato Angelico, U cellule du couvent de Saiet-Marc qui la possède étant du petit nombre de celles où il ne nous a pas été donné (le pénétrer. Les auteurs des planches publiées sous la direction de

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