Joan., XX
IMS LA RKSIIRRICTION. diKl
M. Perfeiti soni admirablement entrés dans l'esprit du peintre aiigélique, mais leur travail laisse encore apercevoir combien, par sa touche délicate, il échappe & la reproduction, plus qu'aucun autre des plus grands maîtres. Dans un sujet comme celui-ci surtout, il serait impossible de dire, même après l'avoir eu sous les yeux, ce qu'il a su renfermer de pieux empres* sements sous l'impression de respect causée par la mystérieuse défense du Sauveur, et combien Jésus a mêlé de douceur aux paroles dont il s est servi pour imposer cette impression.
Un petit tableau sur ce sujet, qui nous a laissé jle charmatits souvenirs, est celui de Lorenzo di Credi , dans la galerie de Ufiz^. Maintenant isolé, ce tableau a dû faire partie d'une predella — avec un autre panneau de même dimension, et posé en regard, représentant la sainte Vierge et saint Jean au pied de la croix — croix qui se perd dans la hauteur du tableau. Nous avons toujours été loin de partager, à l'égard du peintre et de ses œuvres, l'appréciation de ladyEastlake, qui, reproduisant cette composition, les taxe c de grâce insipide ». Pour qualifier, au contraire, ces petits tableaux, nous retrouvons, dans une note écrite lorsque nous venions de les observer pour la première fois, il y a plus de trente ans, les termes de « ravissante tristesse i» appliqués à la station douloureuse, et celui de « tressaillement 0, pour dire ce que Tâme de l'artiste a mis d'émotion dans chacun d'eiix, mais plus spécialement dans l'impressiob de Made* leine s'arrêtant à la voix de son Maître, au moment où elle était prèle k lui embrasser les pieds. ^
Dans Tordre des faits, l'apparition aux saintes Femmes, compagnes d(! la Madeleiue, doit suivre celle dont elle fut d'abord seule favorisée. Nous avons vu comment elle l'avait, cependant, non pas précédée, mais primée dans l'antiquité chrétienne; l'obligation où nous sommes de nous restreindre, à raison même de l'abondance des matières, nous interdit d'y revenir avec de nouveaux détails. Nous ferons seulement remarquer que, s'il ne fut donné à ces saintes Femmes de voir le Sauveur qu'après Madeleine, il leur fut permis de faire ce qui lui avait été défendu ; car, aussitôt que Jésus se fut présenté à elles et les eut saluées d'une douce parole, elles lui saisirent les pieds et l'adorèrent '. Le Nolt me tangere
1^ Et tenuerunl pedet ejuê ei adoraverunt eum (Matth.. xxviit,9;. Daux saintes Femmes sont aiosi prosternées devant Noire-Seigneur, et lui saisissent les pieds, dras le compartiment finel do diptyque en ivoire, antériear an xu* siècle, conservé dans la beeiUqae arobroisienne, é Milan, et pnbHé par Gori, pi. xxxii. K côté de Notre-Seiyoear, on y Ut : to xkpktb, pour x^'p^Tc, a«fle. Cette composition est tout à fait conforme aux prescriptions du Guide de la PtnUure. Le trait spécial à ce livre, c*est de désigner ces deux saintes Kenimes comme étant le sainte Vierge et la Madeleine. En fiiii, Tune d*ellM aurait pu être celle-ct ; le teste lie saint Matthieu semblerait inviter à le croire ; alors elle aurait été admise quelques
394 umuit OK i.'aht tiHluiTlB^.
adressa à Uadeleiae n'en davieDtqiM |riua mystérieux. Il y a donc, duu la scène de VAvtte ell&inème, les âlémenls d'un Ubleau trâs^ibétiqnaj mais, eomme elle est primée, sous ce rapport, par lesujet pjécédeot, noosne voyons pas qu'on s'y toit attaché eu dehors des séries historiques oii die prend naturellement place, at d«s idées qui, plus anciennes, l'avaient bà adopter eomme type des manifestations de Notre-S^gneur après a Résnrreotion.
APPARITION AUX DISCIPLES D'eiUIAII8.
Parmi les apparitions de Notre-Seigneur après sa Résurrection, il eo est trois qui ont servi principalement d'aliment & l'art chrétien i celles dont furent tout d'abord récompensés l'ardent amour de Madeleine et II pieuse soUiciiude des disciples d'Emmaiis, puis celle qui, en triompbint de l'incrédulité desaiiitThomas,devint une des preuves les plus manifestes de la réalité du mystère dont l'Apôtre avait douté. Ces trois apparitions étaient choisies entre toutes pour donner beaucoup à penser, et pour satisfaire aux plus vifs besoins de l'âme- Après avoir porté notre étude sar l'apparition à Madeleine, nous croirons avoir rempli suffisamment notre tâche ^ en insistant dans une égale mesure sur les deui autres, nous contentant de rappeler succinctement comment se complète la série des représentations où Notre-Seigneur ressuscilé se manifeste à ses disciples, soit dans lei basreliefs de Notre-Dame de Paris , soit dans les vignettes de Simon Vostre. Celles-ci, en etki, composées à l'issue du moyen âge, en sont un écho assez fidèle, et leur importance en iconographie est assez grande pour qu'on puisse faire ce rapprochement, malgré la disproportio.n des monuments. De part et d'antre, après l'apparition aux saintes Femmes, vient 30 celle & saint Pierre; elle est suivie, dans les
vignettes, d'une scène qui a son fondemenl, d'AhKiUw "^" ^^"' l'Ëvangile, mais dans une iraditioo.
IHeiint d« Simon Vottre.) Selon cette tradition admise par saint Boniventure et par Catherine ËnMierich . Joseph
iniUnU p]«i l«rd, i (tin «• fM M «Driit ili inUrdit d'abord. Hiii, dasi l'ordra d«* Mi. an no peut idoMUre qv'gll* Mcoupégne II Hiiii« Vierga ta cette dKaAiUacv.
DE LA RéSUttREGTION. ^5
d*Arimathie aurait été emprisonné par les Jnifs, el Notre- Seigneur, lui apparaissant après sa Résurrection, Taurait ilélivré. C'est li ce qui est représenté après la scène dont nous parlons , avec cette lé^ gende : Quamodo apparuit Jésus Joseph in carcere exisienii *. Dans les basreliefs de Notre-Dame, on voit, aussitôt après l'apparition à saint Pierre^ Notre-Seigneur cheminer vers Emmaûs, avec les deux disciples qu'il a rencontrés; puis il reparattà table, assis avec eux, et rompant le pain. Cette seconde scène figure seule dans les vignettes, après la délivrance de Joseph d'Arimathie. Viennent ensuite , dans les deux séries, les apparitions aux Apôtres réunis, d'abord sans saint Thomas, puis avec l'Apôtre récalcitrant, et, plus tard encore, l'apparition sur le lac de Tibériade.
Les scènes qui suivent — deux dans les bas- reliefs, une dans les vignettes — oh Notre-Seigneur est au milieu de ses disciples, pourraient se rapporter en généra] à ces paroles des Actes Hes Apôtres : Prœbuiî seipsum vitmm post Passionem suam in multis argumentis^ perdies quadraginta apparens eis^ et < toquens de regno Dei * : « Leur apparaissant (à ses Apôtres) durant qua- <i rante jours, et leur parlant du royaume de Dieu ». L'une de ces scènes doit cependant représenter plus particulièrement la dernière instruction que Notre-Seigneur leur donna sur la montagne des Oliviers, avant TAs^ cension.
Relativement à l'apparition aux disciples d'Emmaûs , la même question se présente que pour celle à Madeleine. Noire-Seigneur prit- il alors une apparence propre à favoriser leur illusion ? ou cette illusion fut-elle uniquement le résultat de l'appesantissement de leurs yeux? Le plus vraisemblable, dans l'une et l'autre occasion, c*est que Jésus ne mit aucune atfectation dans aucun sens. Il se présente, comme le dit saint Bonaventure, sous la flgured'un voyageur, specie peregriniy avec ses traits naturels, dissimulés par la seule simplicité de son maintien, par le jeu de sa physionomie, avec un costume approprié à la circonstance, de nature à être peu remarqué. Duccio,' dans les fresques de Sienne, s'est
1. S. Bonavenlore, ÊtedU. Vitœ CkritHj cap. xc. L'Évangile apocryphe de Nieodème parle de rarreatatîon de Jotepli d*Arimathie , mais non de TapparitioD dont it an rail été favorisé.
t, Aet. Apoit, h 3.
Noaa.oe saurions dire qnelle est la «ignificatioo d'une antre figneCte qui précède l'Ascension , et où il semble qne la sainte Vierge est en conférence avec les Apôtres. Une antre TÎgnetle encore , dont nons n'avons pas parlé ; intercalée a« bas d'une page entre TApparition à saint Pierre et la Délivrance de Joseph d*Arimaihie , nMÏa qui ne paraît pas d«voiréire considérée comme intermédiaire dans Tordre des faits, montre Notre-Seigneur h table avecjes onze Apôtres. Elle nous semble aussi se rapporter au texte des Aeies des ApotrtSy auquel il faut alors ajouter ces mots du verset suivant : fil tùnvumns : ■ Et mangeant avec eux. » (v. 4.)
certftinement écarté de la vérité -de fait, en le représentant recouvert (t'unfi tuiii'jue ou d'un manteau de grossière fourrure, conformément à l'idée qu'on se faisnit du costume des pèlerins, en Italie, au xiv siècle'. En effet, dans les Ppesques du Campo Santo de Pisc, saint Renier est ainsi revêtu quand il prend l'habit des pèlerins, et il ne quitte plus ce costume, ni pendant sa vie, ni dans les apparitions où il est représenté après sa mori (T. m, pi. XVI, flg. i). Dans la pensée du peintre, ce n'est qu'une manière naïve de rendre le mol peregrinus, dans le sens de pèlerin qu'il avait pris, et non dans celui de voyagmr et A'élranger qu'il avait primili- Tement. Lesdeus disciples, au contraire, ont conservé leur tunique et leur manteau ordinaire.
Auxv'siècle, vers la fin, Stefano.de Ferrare, élève du Squarcirae, peintre dont le principal mérite était de faire mouvoir admirablement ses personnages, a représenté, dans un tableau publié par M. Rosini et de sa propre collection *, .Notre- Seigneur descendant rapidement le versant d'uiie colline, entre les deux disciples, sans interrompre une conversation animée. FI est difficile, (lit H. Rosini, de poser trois figures qai marclmnl avec plus de vérité. Nous trouTOus cependant qu'il y a de l'eKBgération daos leur marche précipitée ', et nous préférous beaucoup le groupe conçu dans le même sentiment, que nous donnons d'après une vi(;nette du xvi* siècle^. Un voit, d'ailleurs, que Slel'ano, préoccupé du genre de suc- 40 ces qu'il a obtenu, s'est étudié à disposer
, ,. . , ,.,. , le costume qu'il attribue presque identique-
(Vianetie du x*n liècie.' mentaux trois voyageurs, en vue de faciliter leurs mouvements. Leurs tuniques, releTées jusqu'à la cfiiiturf, laiss>mt pleinement à découvert les sottes de braies ou de pautalons doui ils sont pourvus. Ce n'est pas comme moins vrai , c'aU comme moins respectueux que tout autre, que nous o-itiquoas ce mode de représentation. Quant au chapeau que porte Notre-Seigneur dans ce tableau, on peut l'admettre ; mais nous ne le voudrions' pii ^i
1, D>ni l« tcinfl rie l'AoïpildUe, peiale p*r le Beilo AD|f«lico, daot la clulln de Siiri- M>r>-., el <|Uii nom «ToDi Teproduik (.T. U, p. S19j, Notr«-3«iKaeur eit tCM d'uae D»ii<n anilogue. Olte circoDiUnefl a eonlribad 1 fitre eoGrondre oolte leène itcc cdh dn ditciplet d'Ëmmiûi.
S. Roaini, Sloria dtlla PUI. itai, T. III. p. 151.