Damian Harafli, Pigart rfel Niiovc TtUamtnto. Lyon
I>E LA RÉSURRBGTION. 39*7
ample qu'il rendit impossible radjoocUoa tlu nimbe. Le dessinateur de Simon Yoâtre a pu conserver celui-ci, tout en couvrant d'un chapeau la tête du Sauveur, de même que celle de ses compagnons. On peut aussi, comioe Fra Bartholomeo dans la fresque qui orne un dessus de porte du couvent du Saint-Harc, suspendre le chapeau derrière le dos. Il dit ainsi, comme attribut, tout ce que la circonstance peut demauder, et on n*est pas exposé u déligurer les traits divins que nous devons aimer à contempler.
L'histoire de rapparitiouaux disciples d'Emmausne parait pas dans les représentations de l'art chrétien avant le xi* ou le xn^ siècle. Un panneau lui est consacré sur les portes de Bénéveul et de Monreale.Sur la première, Notre-Seigneur est assis entre lesdeuxdisciples ; sur la seconde, il les aborde aux approches d'un château-fort. Au xui^ siècle, cette histoire a été traitée, avec un développement que nous ne lui avous^amais vu depuis, dans la mosaïque de cette même église de Monreale; aucun autre fait de l'Ancien ou du Nouveau Testament n'occupe autant de place. Quatre scènes lui sont consacrées; elles sont désignées par ces mots de l'Évangile : i^ Qui suât ht sermones quos confertis ad invieem ambulantes et estis tristes? esi'il dit d'abord; et Jésus aborde les deux* voyageurs, en les questionnant sur l'objet de leur entretien, â^ Et cognoverunt eum in fraetiane ponts; Jésus à table, au milieu deux, rompt le pain. 3® Nonne cornastrum ardens erat innobisfles deux disciples, après la disparition de Notre- Seigneur, se disent leui's impressions. A^ ïngressi sunt in Jérusalem; ils reviennent à Jérusalem annoncer aux Apôtres ce qui leur est arrivé.
Dans les bas-reliefs de Notre-Dame de Paris, on voit successivement Notre-Seigneur invité par les deux voyageurs et s'arrêtant avec eux à Emmaûs;etensuiteàtableaveceuxetroropantIepain.Cesontdeuxscènes d'un caractère intime et familier, où les sentiments, sans être très-accentués, «ont bien sentis. L'une et Vautre prêtent en effet singulièrement aux sentiments affectueux : comme expression, la première, d'une piété plus douce; la seconde, d'une piété plus ardente. Les instances des deux disciples pour retenir l'inconnu dont les paroles répandent tant de baume dans leur âme , sont aussi renduos avec beaucoup de charme dans le tableau de Fra Bartholomeo, à Saint-Marc de Florence. On voit que le peintre a imité la composition de Fra Angelico, oii Notre-Seigneur est accueilli par deux Dominicains; aussi est-il lui-même demeuré dans une généralité idéale « plus qu'il n'a cherché à entrer dans aucune circonstance particulière de fait, car ce groupe pourrait se rapporter à la pren ière rencontre de Jésus,Ior$qu'il aborde les voyageurs, aussi bien qu'au moment où il est retenu par eux ; ou plutôt, il neserapporteexpressément ni à l'une ni h l'autre, mais à Tensetnble les sentiments que la présence
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de Jésus doU exciter dans les ftmes, quand elles se reneontreot avec loi et daDs raocomplissemeni d'une bonne action, sans en avoir encore distinctement la conscience.
Parmi les artistes qui ont^ traité le sujet de la fraction du pain daas rhôtellerie, nul n'était plus capable de le bien rendre que Jean BeUioi et Raphaël. Le premier y a mis une grande sérénité, dans le tableau qui eA resté à Venise. Cette sérénité respire surtout dans la figure du Christ; mais l'impression des deux disciples, exprimée par un mouvement de la main, ne s'élève pas assez au-dessus de l'étonnemeut. Quant à la tapisserie du Vatican , on sent que Raphaël en a donné le dessin , mais on sent trop qu'il ne l'a pas exécutée. On voit que son idée dominante était de faire jaillir de la figure de Notre-Seigneur un éclat de sa divinité, an moment où il se fait reconnaître. D'ailleurs, les accessoires du tal^leau ont été combinés en vue de Tomementation qui convient & une riche tapisserie. Somme toute, le tableau le plus célèbre et le plus digne de l'être, qui existe sur ce sujet, est celui du Titien, que nous possédons au Louvre. L'artiste y a mis ses grandes qualités, d'une part ; il est demeuré,de l'auti^ dans les coavenances, par rapport au sentiment chrétien. Son Christ a quelque chose de la sérénité et de l'éclat des deux précédents, et \^9 deux ligures des disciples, portraits, dit-on, du cardinal Ximenès et de Charles- Quint, si elles ne disent pas grand'chose à l'esprit et au cœur, ne nuisent pas aux impressions que la pensée du sujet peut y faire germer. Âaeun de ces tableaux, cependant, n'approche du Cornasirumardens eraimneUi; aucun ne rend ces cœurs que les paroles du Sauveur embrasaient de si douces flammes , cette reconnaissance faite au moment de la fraction du pain, lorsque Notre-Seigneur est près de disparaître, laissant ses deux disciples sous le coup de leurs plus vives impressions.
TÉMOIGNAGE Ofi SAINT THOMAS.
Quand saint Thomas fut appelé à jouer l'un des rôles les plus ilnpo^ tants dans le cycle iconographique de la Résurrection, vers le a* siècle au plus tard, bien loin de le représenter comme doutant encore, oo voulut qu'il rendit sans hésiter, au Sauveur, le témoignage qui fut le résultat définitif de ses hésitations mêmes Son geste ne tend pas à b véritication du fait : Notre-Seigneur apparaît et lève le luras pour mettre à découvert la plaie sacrée ; saint Thomas la montre du doigta attestant
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qu'à ce irait on doit le reoonnaitre , et coiMie eelui qui fui mis è mort, et comme son Sei^t^ur et son Dieu. C'est ainsi qu ils sont Tun et l'autre représentés sur le diptyque de la basilique ambroisienne , à Milan ^, siu* la porte de la basilique de Saint-Paul >, et dans une miniature du XIII* sièele, de la: bibliothèque Harleienne, publiée par lady Bastlake ^. Si la main de TApâtre, dans d'autres monuments, s'avance jusqu'il atteindre le côté ouvert du Sauveur, ce n'est pas qu'il doute eneore« mais pour obéir plus littéralement à l'injonction de Jésus. Notre- Seigneur lui fait ausai toucher ses mains, dans les bas-relîefi de Notre- Dame de Paris.
Giotio est allé plus loin; dans les petits panneauide TAeedémie^à Florence, il a fait pénétrer la main de saint Tiiomas dans Tintérieur même de la plaie, demeurée assez ouverte pour la recevoir ^. Ce qui caractérise cette progression dans la voie d'une constatation plus minutieuse, ce n*est aucunement, à notre avis, le besoin d'une époque où les écrits auraient été moins portés à croire, mais une disposition à particulariser le fait dans un sens personnel , et une tendance à l'exprimer conformément à sa réalité : tendance combinée d'ailleurs avec un fond toujours subsistant de naïveté, quant à là manière de concevoir et de rendre cette réalité même.
Le sentiment de pieuse mysticité qui devait, à oette époque, préserver riirt de l'affaissement auquel il se trouvait exposé par cette tendance même , se montre vivement d'ailleurs dans l'élan du saint Thomas de Giotto. Il y a là autre chose que la main qui pénètre dans oe côté ouverti Puis le geste perristaiit du Sauveur^ élevant sa propre main pour se rendre à lui-même le premier des témoignages, rattache de très-près cette composition aux précédentes.
Nous nous transportons à la fin du xv« siècle , pour observer, dans la
1. Gori, Tkes, vel. dipL, T. 111, pi. xxxiv. Afin, areh., T. XXll , p. 194. Labarte, Arli induti,, pi. xni.