Bosio, Hem. $oU., p
considéré comme figure de la Synagogue récalcitrante, le second comme figure de l'Église toujours fidèle, on a la preuve que, dès lors, avaient germé les pensées d*oii est provenu dans Tart le cycle de la Nouvelle Alliapce; mais rien ne nous donne à croire que, des écrits de ces savants docteui*s, il soit passé dès lors dans les compositions figurées. Tout annonce, au contraire, que, dans les sculptures des sarcophages, Toifrande de Caïn lui-même n'est aucunement prise en mauvaise part. Il semble que Dieu a égard uniquement à la nature des dons, et non à ceux qui les présentent. Ces dons sont les choses mêmes qu'Adam et Eve ont reçues comme un bienfait, sous couleur de châtiment : la brebis devenue plus précisément un agneau, Tépi de blé qui se change quelquefois en grappe de raisin. L'offrande qui en est faite en détermine mieux le caractère, car ce que Ton offre à Dieu en sacrifice, ce sont précisément les biens que l'on tient de lui. Et ces biens temporels, qui servent à l'entretien de notre vie, sont, dans la circonstance, la figure non équivoque de la seule offrande véritablement pure, du seul sacrifice véritablement efficace qui se perpétuent sur nos autels. De même, nous le répétons, que l'indignité du prêtre n'empêche pas l'efficacité sacramentelle, de même il semble que, dans le cycle des représentations répétées sur ces antiques tombeaux, Dieu oublie les intentions personnelles de Gain; ou plutêlCaïn disparaît, et il ne reste plus en vue que le prix attaché à la signification de son offrande : le froment ou le raisin. Le chrétien, en effet, en les voyant, oubliait tout lui-même, pour ne songer plus qu'au corps et au sang du divin Agneau, représenté dans les njains d'Abel, et en lesquels les produits ^u froment et du raisin devaient être changés. '
Quand on a voulu, dans la suite, exprimer l'accueil bien différent qui fut fait, en réalité, aux offrandes des deux frères, on n'y a pas laissé la moindre incertitude. Ainsi, dans les fresques de Saint-Savin, tandis que Dieu r,eçoit avec bienveillance et bénit l'agneau d'Abel, Caïn se tient par derrière d'un air fort peu satisfait. Au Campo Santo de Pise, Abel prie avec ferveur, et la flamme qui consume son sacrifice monte jusqu'à Dieu; Caïn est aussi à genoux, mais voyant la flamme qui se détourne de la gerbe de blé posée devant lui, il se montre bien plutôt irrité que suppliant. Ces exemples sont du xn* et du xiv« siècles. Dès le vi^ siècle, à Saint-Vital de Ravenne, voulant appliquer au sacrifice eucharistique le souvenir des sacrifices figuratifs d'Abel, d'Abraham et de Melchisédech,on s'est contenté de mettre Abel en scène, en écartant Caïn. Abel élève les mains au ciel, debout, en présence de l'autel où sont le pain et le vin offerts par Melchisédech, sans qu'il paraisse aucun autre objet de son sacrifice personnel. Mais nous avons vu qu'au revers de la croix du xn* siècle qui se trouve à Sainte-Marie-aux-Lys de Cologne, et autour de
la figure deTËglise placée au centre, — Melchisériech étant au sommet de celte croiic, Abraham et Isaac sur la tige inférieure, — Caïn et Abel étaient placés dans les deui branches latérales : le premier, avec sa gerbe, le second, avec son agneau, sans qu'il apparaisse aucune autre ditférence entre eux.
Les offrandes de Caïn et d'Abel, sur le sarcophage du musée de Latran> dont l'Église persounitiée occupe le centre, apparaissent comme le complément de la scène intermédiaire, oii Adam et Eve reçoivent leur sentence (T. J, pi. v). Sur cet autre sarcophage du même musée (T. Il, pi. xv), où la croix triomphante est au centre, où saint Pierre et saint Paul, Tun conduit au martyre, Fautre prêta le recevoir, se trouvent à droite et à gauche, les considérations qui précèdent donnent plus de poids ^ si ce n'est illusion de notre partiaux conjectures d'après les(]uelles la condamnation de la femme serait rappelée dans la scène du jugement, opposée à celle de ces offrandes.
Nous ne proposons, d'ailleurs, ces explications que sous toute réserve^ en attendant les décisions de nos juges, les maîtres de la doctrine et de la science.
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