‹ Guide de l'art chrétienChapitre 19 sur 238 · LA CHCTE ET LA SENTENCE, AU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

LA CHCTE ET LA SENTENCE, AU MOYEN AGE

Quand Tari est descendu des hauteurs où le tenait élevé rantii]uité chrétienne, le sujet de la chute d'Adam et d*Ève n'est plus considéré absolument au point de vue de la Rédemption, qui en changeait en pensées consolantes toutes les naturelles amertumes. On ne voit plus seulement te mal en tant qu'il a été pleinement réparé, mais on est averti de sa propre fragilité; on est invité à se tenir sur ses gardes, pour en éviter les funestes conséquences. Puis cette chute.étant le nœud de tous les mystères de cette vîe, on la donne comme une des bases de tout l'enseignement catholique. C'est ainsi que, dans les fresques de la Salle de la Signature. Raphaël en a associéja représentation à la figure de la Théologie. On voit par là même la haute importance qu'un pareil sujet dut con.server dans l'iconographie chrétienne. Quan<l il s'agit d'une série de faits historiques, et qu'il y apparaît à son rang, rien ne le distingue, sous ce rapport, de ceux qui le précèilent ou le suivent ; mais il n'est pas rare qu'il continue d'être pris isolément, pour des raisons qui lui sont propres, et que nous venons en partie d'énumérer.

La pensée même de ce qu'il y eut d'heureux dans une faute qui nous a

3â GUIDE DE i/aRT CHRÉTIEN.

valu un a tel Rédempteur », est exprimée dans YExultet^ cet admirable chant liturgique : 0 felix culpa , quœ talem et tantum meruit habere Redemptorem I Par conséquent, elle a cette signification quand elle est représentée parmi les miniatures dont on s'est plu à l'orner. D'Agincourt en donne un exemple du xi« ou du xn« siècle ^ Et, à la fin du moyen ftge, nous avons encore la preuve que la tentation et la chute de nos premiers parents ont été représentées dans la Bible des Pauvret et dans les vignettes de Thielman Kerver, en vue de la promesse réparatrice. Dans l'un et dans l'autre, elle est associée à Y Annonciation de la sainte Vierge^^ et Kerver lui applique ces paroles : Et ipsa conteret caput tuum^^ tt elle-même, elle te brisera la tête ». Cependant la vignette ne montre point Dieu qui les prononça : au contraire, on y voit représenté le moment fatal où Adam et Eve, mettant une main coupable sur le fruit dé- * fendu, ont besoin de cacher de l'autre ce qui devient aussitôt pour eux un sujet de honte.

Une autre vignette des mêmes ouvrages, conçue exactement selon l'es mêmes données, est associée à la Tentation de Notre- Seigneur. Cette association, à son tour, en détermine alors le sens ; il cesse d'être favorable, et ces mots : Vidit igitur mulier quod bonum esset lignum ad veseendum ^, et la femme vit que le fruit de cet arbre était bon à manger», portent la pensée uniquement sur la faute. La réparation, cependant, n'est pas loin, puisqu'il s'agit de mettre en relief le Sauveur victorieux de toutes les suggestions de Satan.

Reprenant l'ordre des époques, nous ferons observer que la chute d'Adam et d'Eve, sur diverses crosses publiées par le P. A. Martin, à partir du xi* siècle, et de saint Bernwald d'Hildesheim, paraissent se rattacher au cycle de la victoire du Sauveur sur le péché, où cette pensée est exprimée souvent, au seul moyen du serpent, dont la tête termine la volute. Qu'il tienne la pommedans sa gueule, ou qu'il ne la tienne pas, ces monuments s'expliquent les uns par les autres. On comprend que la pensée est la même. Cette pensée s'explique mieux encore quand on a vu le monstre infernal, au lieu de la pomme, instrument de la chute, obligé de porter la croix, instrument de sa défaite ; quand il exhale vainement sa rage contre l'Agneau divin, qui porte cet emblème vainqueur. Quelquefois il est mis en lutte contre sainlMichel, qui le transperce. Quand,

Page 1