MARIE RESTEE SUR LA TERRE
Jésus est monté au ciel, Marie est restée sur la terre. Il s'est donc établi d'intimes communications entre le ciel et la terre, et, le courant établi, il ne sera plus interrompu. Marte, à son tour, est allée avec son divin Fils se plonger dans l'océan des béatitudes éternelles: mais l'exemple qu'elle a donné, pendant qu'elle était sur la terre, a été fécond : elle est demeurée le type des rapports que ne cessent d'entretenir le céleste Époux et son Église, en général, et l'Ame fidèle, en particulier. C'est par la prière qu'on se tient en rapport avec Dieu; la prière est le canal par lequel il continue, de là haut, de répandre ses grâces jusqu'à nous: c'est par elle qu'on s'élève là- haut jusqu'à lui. Notre-Seigneur a institué des moyens de salut, ils reviennent tous à la prière. Il en est d'obligatoires: ils donnent plus d'efficacité à la prière; ils n'en auraient pas sans elle, du
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moins chez ceux qui peuvent prier; et ainsi tout, dans l'économie de la grâce et de la sanctification, revient à la prière.
Quand Jésus est monté au ciel, Marie ne s'est pas séparée de lui, parce qu'elle lui est demeurée unie par la prière; l'Eglise non plus ne se sépare pas de lui, parce que toujours elle prie. Marie est une image de la prière perpétuelle de l'Église. On voit combien est beau cet ordre d'idées, d'après lequel, dans l'antiquité chrétienne et pendant toute la première moitié du moyen âge, pour représenter l'Ascension, on a, au-dessous de Noire-Seigneur monté au ciel, fait apparaître sa très-sainte Mère en Orante , c'est-à-dire en«prière; et l'on repaarquera que, pour bien affirmer la signification qu'on entendait lui donner, on a eu soin, le plus souvent, de l'isoler des Apôtres, en les écartant d'elle à une certaine distance, à droite et à gauche.
Marie se voit ainsi, dans cette position très- caractérisée, au vi« siècle, sur les fioles de Monza (T. II, pi. xvn),etdans la miniature syriaque; au ix®, surlacouvertured'évangéliairedelabibliothèqueBarberini^', àuneépoque plus ou moins postérieure, dans la mosaïque qui orne la façade de l'église Saint-Frédian, à Lucques. Auxi" siècle, sur la porte de bronze de Saint- Paul, au xiiû sur celles de Bénévent, de Pise et de Monreale, l'attitude d'Orantc est peu accusée, les mains de la sainte Vierge n'étant que légèrement élevées devant la poitrine, et les Apôtres sont moins écartés; mais, au fond, la disposition est la même^ et la pensée n'est pas différente. Sur la Pala d'Oro, à Venise, où les mains de la sainte Vierge ne sont de même que légèrement élevées devant la poitrine, elle est, plus que nulle part ailleurs, isolée des deux groupes d'Apôtres, pressés à droite et à gauche. Sur une des fioles de Monza, par exception, et dans la miniature de la bibliothèque du Vatican, que nous avons donnée (T. II, pi. xxi), la sainte Vierge conserve la même attitude, quoique vue de profil, et non plus de face, position habituelle des Orantes. Au xm" siècle, dans la mosaïque de Monreale, où elle reparaît de face, elle s'éloigne cependant un peu plus des Orantes, ses mains venant à se joindre. Dans un bas-relief, sur une porte de la façadede la cathédrale, à Lucques, elle élève une main, et tient l'autre sur sa poitrine : le geste approprié à la prière venant à changer l'idée fondamentale de la prière demeure toujours la même. Ces variétés d'attitude, plus multipliées à mesure que l'on avance dans le moyen âge' ne le montrent que mieux.
i. ]] nous a été donné d*observer tous ces monuments sur les originaux , et c*esl après avoir eu entre les mains les fioles de Monza , que nous croyons pouvoir dire que c'est la sainte Vierge, et non pas une double figure de Notre- Seigneur, qu*on voit figurer, sur celui de ces petits monuments où Je personnage central est mal à propos représenté avec de la barbe, dans une vignette de Mozzoni, p. 77, B.
408 tiuiDE oë l'art chrétien.
Cette idée delà prière, et de Tunion avec le Fils de Dieu monté au ciel, est d'autant plus accentuée dans ces anciens monuments, comme propre à Marie, que les Apôtres, généralement, n'y prient pas; ils sont daus l'étonnement, la stupéfaction, l'admiration : on ne peut pas dire qu'ils prient. Le caractère que leur attribue, danscette circonstance, la fresque de l'ancienne I»asiiique de Saint-Clément ^ enfouie sous l'église actuelle, à Rome(pl. )x), estlemémequesur les fioles de Monza, que dans la mosaïque syriaque, quesur l'ivoire Barberini, etc. Ce monument n'a pas été compris dans nos précédentes énumérations, parce que nous ne pouvions d'emblée le considérer comme représentant l'Ascension, sans paraître tenir trop peu compte des auteurs éminents , M. de Rossi, le P. Mullooly *, qui ont cru, sans hésiter, qu'il représentait l'Assomption. Il faut convenir, en eifet, qu'à première vue, accoutumé que nous sommes, depuis le ziv« siècle, à voir Marie s'élever dans les airs, comme elle paraîtrait le faire danscette composition, cette pensée est la seule qui vienne naturellement. Elle est encore favorisée, — quand on iie considère qu'une gravureou une photographie, au lieu de l'original ^ par cette excavation au-dessus de laquelle s'élève la sainte Vierge, et qui paraîtrait ressembler assez bien à un tombeau, en supposant l'absence de toute perspective. Cependant, les continuateurs de Mozzoni ont compris que l'Ascension aurait bien pu être ainsi représentée, et, restant dans le doute ils ont évité de se prononcer entre les deux mystères'. Nous-môme d'abord avons douté, mais, depuis longtemps, il nenousre<<te plus d'incertitude. Une seule chose essentielle distingue cette composition du IX® siècle, de toutes celles au moyen desquelles, depuis le vi*" jusqu'aux xu'' et xni*, nous venonsdevoir qu'on avait représenté l'Ascension. C'est que la sainte Vierge s'y montre élevée audessus d'3s Apôtres, et, par consé(|uent, dans un isolement plus grand. Or, cette élévation était motivée par l'objet, tout à fait indépendant de la fresque, — un bas-relief probablement, — qui était fixé sur ce massif, audessus duquel repose Marie. On n'y voit maintenant qu'un blocage de maçonnerie, ouvert verticalement au milieu. Au sein de cette excavation devait pénétrer le marbre dontles sculptures, nous le supposons, ornaient la partie centrale du monument.
On a dû accepter d'autant plus volontiers une disposition qui portait ainsi à élever Marie et à la rapprocher de son divin Fils, monté dans les
1. Le nimbe carré de saint Léon IV, représenté en regard de saint Vite, à i*une des extrémités de cette peinture, en détermine ia date (847-855).
t. De Rossi, BulL d*ArrA., janvier 1863. Mullooly, 5. Clément and hi$ baiHêei\ Ruaie, 1869. p. 2-2.