Artttindusl., pi. xix
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nationale, qui nous a fourni précédemment une autre vignette représentant la Descente aux limbes, mais dans des conditions différentes de celJes où elle apparak maintenant sous les yeux de nos lecteurs. Elles*appliquait à l'histoire fabuleuse de Tlchneumon et du Crocodile; ici elle s'applique au phénix, et trois mystères sont simultanément représentés, le CruciHement, la Descente aux limbes et TAscension, pour dire it mort, la victoire sur la mort, et le triomphe définitif du Sauveur. H semble qu'en le faisant ainsi disparaître, on ait voulu dire qu'il échappe à la mort et à toutes les atteintes d'ici-|^s. Il faut reconnaître cependant que cette disposition a été surtout motivée par le défaut d'espace. On se l'expUrfue ainsi, et plus particulièrement, en la retrouvant sur cet autre diptyque du xiv^ siècle qui se voit au musée du Vatican, et qui, publié par Gori, a été gravé plus exactement dans les Annaleg Archéologiques^. Le Beato AngelicQ, au contraire, dans le panneau de l'Académieà Florence, en faisant disparaître le Sauveur plus complètement encore, — puisqu'il ne laisse pas même apercevoir ses pieds, voilés par un nuage, mais seulement une petite portion des vêtements, — n'était pas commandé-par le même motif : la proportion de ses personnages par rapport au champ de son tableau, lui permettait d'y trouver assez de place pour que Notre-Seigqeur se montrât tout entier. Hais, en homme accoutumé à contempler les choses invisibles, il a fait en sorte que l'on sentit d'autant mieux sa présence, qu'on ne le voit plus ^ les âmes qu'il a fait apparaître sur les physionomies de la sainte Vierge et des Apôtres, font mieux que le suivre, elles le possèdent iNe le possédant plus' sensiblement, elles sont cependant empreintes d'une certaine tristesse. La sainte Vierge sait qu'il doit revenir et qu'il faut attendre : elle se montre calme et résignée, et au lieu d'élever les yeux au ciel, elle rentre plutôt en ellemême. Les Apôtres ont les regards tournés là où leur divin Maître vient de disparaître , maisf avec un tel recueillement, que les deux Anges qui apparaissent dans un coin du tableau semblent craindre de les troubler. S'ils les avertissent, les voyant si bien avec Dieu, ce rie saurait être que pour les rappeler aux devoirsde la vie active, à l'accomplissement de leur mis.sion. N'était cet avertissement, on croirait que, Jésus monté au ciel, toutes les âmes qui lui sont uniesjouissent dès ici-bas de l'éternelle béatitude, et l'on ne remarquerait pas qu'il leur manquequelque chose. Ces âmes ne s'élancent pas, elles n'ont pas b^oin de s'élancer: elles sont dans le calme de la possession, quoique d'une possession insuflSsante. L'élancement des âmes est une autre forme de mysticisme; on l'observe appliqué au mystère de l'Ascension et très-caractérisé, au xiv^' siècle, dans la fresque du
1. Gori, Thet. vet. dypt., T. III, pi. xxxviii. Afin, arch., T. XXVll.
DE l'ascension. àM
CampoSanto. Les lêtcs, en s élevant, tombentà la renverse; le mouvement est trop forcé, mais il est naïvement vrai, et il répond à l'intensité des sentiments. Ce mode de représentation a été porté par le Pérugin au degré le plus exquis, tout particulièrement dans le tableau donné par le pape VUi VI au musée de Lyon, et qui en est le plus précieux joyau.
Quanta la composition, il n'y a pas de ressemblance entre le tableau du Beato Angelico et celui du Pérugin. Celui-ci était revenu, plus par instinct que par système, aux éléments archaïques'des compositions primitives. Le Christ. IramobMe dans une auréole, n'est plus assis : il règne cependant plutôt qu'il ne s'élèv<\ Cette auréole est semée de têtes ailées de Chérubios, qui remplacent avantageusement, et sans prêtera aucune équivoque, les Anges qui la supportaient; d'aulres Anges rangés sur les côtés, (les instruments de musique à la main, font entendre leurs concerts. Sur la terre, la sainte Vierge a repris sa position isolée au milieu des Apôtres, dans le senti meut de la prière — celle-ci représentée comme on le faisait alors par les mains jointes — et de la contemplation la plus suave. Les Apôtres, avec saint Paul à leur tête, — joint à saint Pierre et maintenant sans incertitude, car l'Apôtre des Gentils porte ses attributs caractéristiques, l'épée avec le livre — y sont au nombre de douze. Ils n'étaient que onze dans les tableaux de Giotto, à Padoue ; du Campo Santo, à Pise; de Fra Angelico, etc. Ils étaient à genoux avec la sainte Vierge * dans toutes ces compositions, celle de Pise seule exceptée : la sainte Vierge, en effet, n'y ligure pas, et quelques-uns des Apôtres s'y sont levés. Cette position est plus en rapport avec l'élan que nous y avons remarqué. Cet élan esthétique étant le caractère propre au tablea'i du Pérugin, il était à propos que la sainte Vierge et les Apôtres fussent debout. C'est un trait de plus qui rapproche cette composition de celles de l'antiquité chrétienne et des premières pério. defsdu moyen âge. Cependant, quoique départ et d'autre la sainte Vierge tienne le milieu et soit en prière, il ne faut pas croire que ce soit absolument dans le même esprit; on exprimait principalement une idée: ce sont plutôt des sentiments qui sont rendus dans l'œuvre du Pérugin, plutôt surtout des sentiments personnels, qu!une idée gi^nérale, et ces sentiments sont communs à tous les Apôtres. Marie disait l'excellence de la prière : maintenant, elle doit nous exciter à la prière et à la contemplation par son exemple; il est donc dans Tordre que les Apôtres 8:;ieiil les premiers à le suivre. Toutefois des doux côtés, il v a communication d'idi'es et «raffeclions, et rien ne les exclut au détriment les unes de;» autres; siîu-
I. La sainte Vierge, «lans la fres|ue île Pai^oue. est placée sur le côté, en t«^le d'un groupe irApô>re8, les deux Anges étant au milieu. Elle reprend la place centrale dans les coiUpositions d'Angiolo Gaddi et de Fra Angelico.
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lement. le principal, tout à rbeare,devieniraccessoire,etréciproqaemebt. Ces nuances sont délicates, elles peuvent sembler subtiles, mais il faut pourtant s'en rendre compte pour faire la différence des époques, et distinguer le mysticisme du xiv*' et du xv' siècle, du symbolisme des écoles plus reculées. ComprenezcequeleSi4sc«n^to/i5de Giotto, du Beato ADg«lico, du Pérugin, ont de commun^ malgré de très-grandes variétés de composition, et vous comprendrez ce que nous voulons faire comprendre. — Ayez confiance en Marie, soyez uni à l'Ëglise; Jésus monté aucieiréguera sur vous, même sur la terre, sans attendre que vous alliez régner avec lui, là-haut: — et vous vous mettez ainsi en conformité de penséeavecee} anciens artistes qui, par de semblables moyens, vous disaient que le ciel ne se sépare pas de la terre. Attachez-vous à Jésus montant au ciel , soit que vous sentiez la peine de son absence, soit que vous aspiriez à vous élancer avec lui dans les régions où il habite : vous recueillerez les fruits de ces pieuses images qui, depuis, sans cesser de parler à Tesprit, se sont principalement adressées à vos cœurs.
Nous étions pour la première fois en route pour Tltalie, peu familiarisé avec les arts, n'ayant, par rapport à Tart chrétien , que des aspirations vagues, quand nous nous trouvâmes, au musée de Lyon, en présence du tableau du Pérugin. Aussitôt nos yeux s'ouvrirent avec délices i ce nouveau genre de beauté, qui pénétra jusqu'au fond de notre âme et y laissa des traces ineffaçables. Le musée de Lyon est riche; il y avait I& bien des chefs-d'œuvre ; cependant nos yeux, qui erraient dans le rest» de la «aile, restaient fixés, avec ceux des Apôtres, surledivin Sauveur. « Dansson a ellipse symbolique, il est là », écrivions-nous peu après, dans la chaleur de nos premières impressions, « il est là, exposé à nos regards, pour a dire que, monté au ciel, il est resté toujours auprès de nous; là on peut le « suivre, le voir par la foi, pourvu que les yeux et les cœurs demeurent « fixés là-haut, sur^tzm corda t Quelle suavité dans tous ces regards! quel a calme et quelle profondeur d'expression! on y découvre de la tristesse tt el de la joie. Jésus les quitte, mais il triomphe : de l'admiration, de « l'amour, de l'adoration, pasd'étonnement. Dans les uns rallendrissea ment domine, dans les autres l'élan chaleureux qui ne penserait qu'à « le suivre. »
l'ascension dans i/art modernf:.
Le torrent qui entraînait l'art dans des voies toutes autres que rexpre^sioji (les plus pioux sentiments, s'était grossi cependant, et. avant qu'un*'
nouvelle génération n'ait eu le temps de grandir, V Assomption peinte par le Pérugin, sur les murs de la chapelle Sixtine, avait été impitoyablement détruite, pour faire place à une œuvre plus conforme au goût qui ^ achevait de prévaloir. V Ascension, quenous avons tant admirée, dans la même position, aurait eu le même sort. On ne l'eût pas épargnée assurément, s'il se fût agi, par exemple, de lui substituer les peintures de la coupole de l'église Saint- Jean, à Parme, consacrée par le Corrége h la représentation du même mystère !
Nous ne contestons pas au Corrége le droit de Si'appeler un grand peintre. Qu'il s'écrie en frappant du pied : E io anche son pitiore^ en présence même d'un chef-d'œuvre de Raphaël : nous le répéterons avec ]ui, et cependant nous avons vu cette trop fameuse coupole. Pour le caractère , elle ne diffère pas de celle ou le Corrége a peint l'Assomption dans la cathédrale de la même ville, et qui est réputée son chef-d'œuvre, parce qu'elle se développe sur une plus grande échelle. Qu'a voulu le peintre? faire croire qu'on voit un corps monter dans l'espace ; montrer des spectateurs fortement impressionnés ; prendre prétexte de leurs vives impressions pour leur donner d'énergiques attitudes; les faire saillir comme s'ils étaient sculptés en relief dans ces hauteurs , oii toute trace do voûte doit disparaître pour le regard. Avec cela, voyez ces Anges : ce ne sont que de jeunes garçons qui font des tours de force dans les airs. Tour de force lui-même que ce grand travail, effort de génie, tantqu'on le voudra : maïs nous n'en avons pas rapporté une idée, il ne nous a pas fait naître un sentiment.
On se serait trop éloigné du goût qui avait ainsi entraîné un si grand maître, si on eût représenté désormais une scène comme celle de l'Ascension, sans beaucoup de mouvement et d'éclat. On craignait par-dessus tout d'être froid, il était impossible de demeurer placide. Giotto aurait offert un excellent modèle d'un Christ enlevé par un mouvement vif et facile; mais qui eût songé alors à imiter Oiotto ? On voulait que le jet fût impétueux, ou que, déjà hors de vue, le Fils de Dieu eût laissé ses disciples ébahis, effarés, ou agités des plus vives commotions. Nous revenons aux vignettes de Sébastien Le Clerc.
Le Christ a disparu, enveloppé dans une nuée lumineuse dont les derniers rayons répandent sur la scène un éclat encore foudroyant. Prenant à la lettre ces paroles du texte sacré : Ecce duo viri astiterunt juxta iiios in vesiibtts aibis^ : « Deux hommes, vùtns de blanc, se présentèrent soudain à eux D, le dessinateur a fait apparaître deux vieillards à longue barhc*; ils sont lancés dans l'espace, au centre de celte lumière, comme s'ils par-