L ECLAT ?T LE MOUVEMENT, DANS LA DESCENTE DU SALNT-ESPRIT
La plupart des représentations de la Descente du Saint-Esprit que nous avons décrites jusqu'ici, rentrent dans l'ordre des idées générales plus que dans Tordre particulier des farts, et, cbezles mystiques eux-mêmes, ridée semble primer le sentim^t; ou bien, si on s'attache à une circonstance de fait, c'est pour exprimer l'expansion des grâces célestes : le Benedictional de Saint-OËthelwold, où elles se répandent sous forme do si vives flammes, nous eu a otfert le plus remarquable exemple. La composition de la Descenle du Saint-Esprit sur la Couronne de. lumière d'Aix-la-
4dO GUIDK DB I/ART GHRAtIEN.
Chapelle, celle du diptyque en iToire du iiv* ûède, ta musée d« can (voir T. II, p. U5) , participent du même caractère. Sous riofloenee da mouvement naturaliate propre i répoqoe de ïa Renaissance et aux trois siècles qui l'ont suivie, nous allone voir aussi^ dans la représentation de ce myatène, Tart poursuivre des efléts pittoresques, et chercher à donner riroage d'une violente commotion. Raphaël, cependant, si prompt, dam beaucoup de ses œuvres, & céder à cette impulsion, est resté modéré dam les deux Deieentesdm Saint'Enprii des tapisseries qui ont été exécutées d'après sas dessins ; l'une d'elles même est |4eine de recoeilleaaeBt, et l'on y retrouve des lAtes d'une expression toute suave et toute extatiqae, comme il avait appris à les peindre à l'école du Pérugm. On pourrait seulement désirer plus d'unité, on plutAl une meilleure gradation de sen* timent, entre tous les personnages, Apôtres, disciples et saintes Femmes, parmi lesquels la placidité de queiquea-uns est assez insignifiante. Cest peut-être pour l'avoir senti et parce quil avait laissé lui é<^apper en partie le. secret des expressions puissantes et sereines, que Rsphaël a voulu les acoentuer davantage dans la seconde de ses tapisseries \ c'est là qu'il a rendu, avec aissez de bonheur, l'effet du vent impétueux par lequel l'Esprit divin manifesta d'abord sa présence; mais, sans sortir de leur place et sans de grandes disparates d'attitude, les asaistants^peurdire rinspiration, forcent un peu leurs gestes, et ne la reflètent que médîocrsment dans leurs physionomies. Il faut bien, sans doute, faire la paît d'une exécution affaiblissant plus ou moins le trait du dessin original; mais il suffit de s'attecher aux figures de saint Pierre et de saint Jean, le (Mremier serrant les bras, le second les écartent, l'un et l'autre avec les expressions qui peuvent si facilement se feindre, pour comprendre que le génie de l'artiste avait dû, sous ce rapport, subir réellement quelque déviation.
Le dessinateur du Père de Natalis, plus archaïque dans stL Descente Ai Saint-Esprit qu'il ne l'est ordinairement, l'a rendue, d'une manière fort analogue à l'antique miniature de la Bible de Saint-Paul, à cela près que de nombreux disciples s'y joignent aux Apdtres, que le Saint-Esprit y apparaît sous forme de colombe, et qu'aucun personnage n'est représenté eo dehors du Cénacle. Nous ne parlons que de l'enceinte circulaire,, de l'ordonnance calme et régulière , exprimant par elle-même la solennité, le recueillement, au point même de pouvoir se passer, pour en donner l'idée^ du jeu des physionomies. •
Cette composition mérite d'être signalée comme faisant exception à son époque. Nous retrouvons au contraire, dans la vignette de Sébastien U Clerc, cette explosion bruyante, ce pittoresque et cette variété des attitudes, que le goût d'alors réclamait comme une condition de vérité. On
rtKscE^ïTE nu a*jN P-ESPsrr. \'-t\
voit, en effet, parla nuppresMon même cle la figure de )a colombe, qui, Hepuis le XfV* siècle, était derenae'l'un usagede plus en plas général, que l'artiste prétendait montrer les choses comme il pouvait imsfjner qu'elles s'étaient passées. A ce point de rue, H serait tout k fait dans l« faai : aseurément, la sainte Vierge n'étendait pas les bra», comme an «eteur qui Ceiat l'étenoeoient; les Apdtres n'étaient point non pins, les uns levés, les antres coadiés, deeAté et d'autre. Cependant, il n'y a pas trop d'exagération dans lears eipreasions, et,i prendre la obose k un autre point de vue, laissant de e6té ce qui peut semUer une sorte de rdalisme dans le œyiitérieux mtoie, si on n'y voit que le signe d'une grande commotion, on letrauveratrès-acoeptabie. On l'aimera même, dans ce sens qu'il est Lon de voir toutes les Earmes de l'art, tousiesgwiresde tal«tit, se nwllre au service de la pensée chrétienne.
Nous ae saurioiis accepter même avec d'égales restriclions une Btteente dv Saitil'Eipril, peinte par Varotari dit le Paéovanino, vers le milieu du XVII* siècle, et qui se voit dans la galerie de Venise. On accorde, d'ailleurs, que ce tableau n'a mérité d'être admis parmi tantd'œuvres de prix, que renferme cette riche collection, que pour la couleur, le relief et la vie de ses personnages ; il est mal dessiné et plus mal composé; les ApAtres s'y agitent on ne sait trop pourquoi, celui-ci dans un sens, celui-là d&ns un autre. Hais ce serait une raison pour nous taire sur cette composition, pIutAlqu'un motif d'en parler; si nous en parlons, c'est pour signaler ce groupe de trois prétendus Anges, qui gambadent si
Faux Ange) d'une Detetnie du Salnt-EtprU.
lourtlemant dans les airs, sans prendre le soin de se couvrir; maïs nous l'avmis fait pour eux. El peut-on imaginer que ces trois petits drûles< soient jetés entre le Saint-Esprit qui apparaît sous forme de colombe, et
43â GUiDE 1>£ L*ART GHRéTlËN.
ceux sur lesquels il doit répandre si abondamment ses grâces» —la sainte Vierge et les Apôtres, — comme pour les intercepter?
Voilà donc ce qu'on avait fait de l'art chrétien. Il est doux pour nous, après ravoir constaté, de nous rt^trouver en présence d'Overbeck. Voulant revenir à l'intensité du seotiment, il s'est vu obligé de revenir aussi à la placidité d'attitude, et tel est le caractère de sa Descente du Satm- Esprit, une de ses compositions les mieux réussies. Les Apôtres et les disciples, en nombre indéterminé, sont à genoux avec les saintes Femmes, autour de la sainte Vierge, qui seule est demeurée assise. Un édifice d'un caractère sévère étend sa voûte sur eux ; leurs têtes sont surmontées de petites flammes^ et la céleste colombe plane immédiatement au-dessus. L'artiste d'ailleurs, quaut.à.la disposition de ses personnages, est demeuré dans une sorte de genre semi- pittoresque, tempéré par rintentiott d'offrir à Tesprit un point d'appui dans la réalité historique, et de favoriser par-dessus tout les impressions pieuses.