‹ Guide de l'art chrétienChapitre 198 sur 238 · J)e Peêtis · texte numérisé non relu

J)e Peêtis

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Suivant cette traditioa, Marie, après avoir bien réellement pajé 80o tribut à la mort, comme Tavait fait son divin Fils lui-même ^ ressosciu peu après et fut transportée corps et âme dans les demeures célestes, on elle habite à jamais. Voilà ce qu'on doit regarder comme certain. U;a incertitude quant au moment de cette résurrection. Généralement .on croit qu'elle eut lieu, comme celle de Jésus, trois jours après la mort, et cette opinion est bien celle qui cadre le mieux avec le sentiment chrétien.. Marie aurait donc été dans le loml)eau, et l'on aurait célébré ses funérailles.

On voit déjà, dans ces circonstances, un juste motif de représenter, a?ec

une sorte de préférence, la mort même de la très-sainte Vierge, ou plutôt l'assomption de son âme, comme ayant plus de prix encore que l'assomption de son corps, qui en devait être le complément. Mais il y a un autre iQOtif qui explique mieux peut-être ce qui fut la pratique de l'art chrétien. L'Assomption du corps de Marie s'accomplit mystérieusement et hors de tout regard humain. A une époque donc où l'on ne songeait pas à représenter le fait même de la Résurrection du divin Sauveur au moment précis de son accomplissement, il ne faut pas s'étonner que l'on n'ait pas non plus représenté le fait correspondant relatif à sa très-saiote Mère. Avant de représenter Marie comme montant au ciel, on l'a représentée comme y étant montée ; de même que, longtemps avant de représenter Jésus ressuscitant^ on le montre dans les apparitions qui suivirent sa Résurrection. Marie, montée au ciel, y est couronnée; et la plus ancienne représentation qui nous paraisse s'appliquer à l'Assomption de son corps, la montre dans la gloire céleste, déjà assise à la droite du Fils de Dieu, par application de ces paroles : Asiitit Regina a dextris tm$, « la Reine s'est assise à votre droite ». Telle elle apparaît au xii* siècle, dans la mosaïque de Sainte-Marie in Tramtevere^ à Rome, due au pape Innocent II (pi. xxv), et au xiu% dans celle de Sainte-Marie-Majeure, due au pape Nicolas III. Si, dans ces monuments, on la voyait seulement assise dans la gloire, on jugerait qu'on l'a ainsi représentée en sa qualité de reine, prise en général, et non dans son accession à la royauté, la prise de possession de son trône, ou, ce qui est pour elle la même chose, son accession à la céleste béatitude. Mjais le mouvement de Jésus, qui, à Sainte- Marie in Transtevere, lui met la main sur l'épaule; qui, à Sainte-Marie- Majeure, la couronne, atteste qu'il faut entendre ces représentations dans le sens d'un règne qui commence. 11 n'était pas dans le caractère de ces monuments de particulariser davantage le fait ; puis il s'agit du Couron-

1. Saint Épiphaae a paro croire que ia très-sainte Vierge n'était pas morte; mais il tf* resté seul de ce sentiment.

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. oemeni de Marie, mystère didtinct de celui de son Assomption, quoique lui tenant de très-près. Cette observation, d'ailleurs, quant à Sainte- Mane-Majeure, ne porte que sur la composition principale, puisque la mort de Marié est représentée immédiatement au-dessous, au milieu des tableaux qui offrent, dans une rangée inrérieure, un abrégé de sa vie: Dans les sculptures de beaucoup de nos cathédrales, au xui* et au xiv* siè« cie, le couronnement de Marte est dès lors immédiatement associé à la représentation de sa mort, et comme son complément. Dans une scène intermédiaire, à Amiens, à Senlis, à Chartres, la sainte Vierge reparait couchée sur un linceul et portée par les Anges; à Chartres, la scène est plus complète : huit Anges portent le corps virginal de leur Reine; huit autres se voient plus haut , deux portant l'âme de Marie, les autres l'accompagnant avec des flambeaux, la navette ou Tencensoir; ils vien* nent réunir cette très*sainte ftme h son corps. Ce corps n'est donc pas encore rendu à la vie, comme l'ont pensé, à Amiens, MM. Jourdain et Duval; il va la recouvrer. En effet, & part la comparaison décisive avec les sculptures de Chartres, on devrait dire que, si Marie est couchée, c'est qu'elle dort encore du sommeil de la mort ^.

MM. Jourdain et Duval nous apprennent aussi * qu'au portail de Longpré-Ies-Corps*Saints, construit au xn* siècle, sont sculptés l'Ensevelissement de la sainte Vierge et son Couronnement. Voit-on, de plus, son Assomption, dans le sens où on l'entend aujourd'hui, c'est*à*dire la voit-on ressuscitée et montant au ciel? Nous nous en rapporterions à des observateurs d'une sagacité aussi connue, s'ils nous décrivaient le monument; mais, par là même qu'ils comparent la composition de ses sculptures à celles du portail d'Amiens, nous demeurons persuadé que, dans les unes et les autres, il n'y a de représenté, avec la Mort et le Couronnement, que l'Ensevelissement ou les préludes de la résurrection. La première fois que l'Assomption de Marie en corps et en âme ait été plus directement représentée, à notre pleine connaissance, c'est dans les fresques d'Assise, par Giuntà de Pise, aussi au xni* siècle, et la représentation y prend un caractère de généralité très-remarquable. Le tombeau ob fat ensevelie la Mère de Dieu, est vide et ouvert ; elle est dans une auréole, au-dessus, avec son divin Fils, qui fait un mouvement pour la presser

1. A Amiens avant d'avoir fait la comparaison avec le portail de ia Vierge, a Chartres, nous avions cru à un ensevelissement par les Anges. A Pappui de cette opinion , on aurait les sculptures correspondantes, à Notre-^Dame de Paris, où Teasevelissenneiit est certainement accompli par les Anges. La scène du Couronnement vient immédiatement au-dessus, sans intermédiaire. Il en est de môme à Poitiers, avec cette différence que c*est la mort qui est représentée, et k Paris Tensevelissement.

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