‹ Guide de l'art chrétienChapitre 204 sur 238 · OB L' ASSOMPTION · texte numérisé non relu

OB L' ASSOMPTION

Jean, ce que pouvait être et ce que devait être l'art vraiment chrétien ; germe qui se développa, une couple d'années après, dans notre premier voyageen Italie. Nous n'avons jamais oublié cette Vierge, dont l'ftme s^est exbelée vers Dieu dans la prière, et dont le corps s'affaisse, non plus par reflet d*ane défaillance momentanée, mais parce que sa vie s'en est allée au ciel. Ce n'est pas, cependant, cette figure qui nous avait le plus frappé. Il en est une autre, voisine, où le corps de Marie, après sa mort, est étendu, non pas sur un lit, mais sur un linceul porté par les Apô- 1res. Il respire tant de calme, de sérénité, il est si moelleux, si flexible, qu'on ne saurait mieux dire que là il n'y eut aucune de ces luttes qui roidissent les membres. Nous nous souvenions du mot de Bossuet : « Madame fut douce envers la mort. » Si le grand orateur a pu se servir de ces termes en parlant d'une jeune princesse qui, surprise à Timpro- Tîste, termine par une pieuse mort une vie passée dans les plaisirs, que dire de la moi't de la Vierge des vierges, et de la douceur ineffisible de cette fin, qui fut sans combat, parce que tous les ennemis qu'il faut vaincre alors avaient été réduits d'avance, par leur défaite, à la plus complète impuissance? Nous nous trouvions, peu d'annëes après, dans une vallée du Tyrol, près du li.t d'une jeune paysanne à laquelle le Sauveur avait donné en partage une portion de ses plus vives souffrances. Pour éviter tout danger d'illusion, nous voulions nous attacher au spectacle de la patience de Domenica Lazzari, plus qu'à celui des stigmates saignants qu'elle portait aux pieds, aux mains et comme une couronne autour du front ; et, la voyant aux prises avec des crises terribles, sans un mouve- Hient de sa part pour se raidir contre le mal, nous la comparions, dans notre esprit, à la Vierge de Solesmes. Nous revenons à cette Vierge, pour faire remarquer qu*il était utile, dans ces sculptures, de représenter Marie morte, après l'avoir représentée au moment où elle rendait le dernier soupir ; autrement, la voyant seulement à genoux et en défaillance, on n'aurait pas compris assez clairement que l'on avait voulu représenter sa^mort : on aurait pu croire qu'il ne s'agissait que d'une défaillance momentanée. Il serait donc excusable de l'avoir couchée sur un lit, pour prévenir toute équivoque. D'ailleurs, ne pourrait*on pas supposer que Marie, effectivement, se serait couchée pour mourir, précisément parce qu'elle savait qu*elle allait mourir, et parce qu elle accep.tait la mort? Elle se serait couchée comme on se couche pour s'endormir, afin que son saint corps demeurât, quand son âme l'aurait quitté^ dans la position la plus décente et la mieux appropriée au sommeil de la mort.

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