CB QUI SUIVIT LA MORT DE MARIE
A l'exemple de son divin Fils, Marie, après sa mort, fut mise daas le tombeau. L'enchaînement naturel des faits suflBt pour motiver la représentation correspondante, soit que les Apôtres remplissent seuls le pieai devoir de Tensevelissemen t, soit que, pour plus de respect, on y fasse participer les Anges. Mais il est d'autres cinx^nstances assez souvent représentées pour qu'il soit utile d'en parler. Ainsi, tandis que le corps deHarieest porté au tombeau, les légendes rapportent, avec quelques variétés de détafl, qu'un téméraire mit la main sur la bière qui contenait ses restessacrés, et qu'il perdit l'usage decetie main, puisque, s^élant repenti, il obtint sa guérison aussi miraculeusement qu'il avait reçu son châtiment. Toilà ce qui fait le sujet d'un ou même de deux tableaux, dans un assez grand nombre de séries relatives à la mort et à l'ensevelissement de Marie; et, comme dans ce fait il n'y a rien que d'édifîantet de vraisemblable, nous* ne voyons pas de motifs pour en interdire absolument la reproduction. Les mystères de la Mort, de l'Ensevelissement^ de la Résurrection ou de l'Assomption entendue c^Rns le même sens, et du Couronnement deMarie, offrent cependant la matière d'un aasez beau développement pour qu'il nous paraisse préférable de s'eti contenter.
Afin d'en 6nir avec les légendes, nous parlerons ici du rôle qu'elles font jouer à saint Thomas; et, avant de décrire les compositions où on le voit recevant la ceinture de la sainte Vierge ou la portant à 1r main, noos les aurons ainsi dégagées de toutes les questions qu'elles peuvent soulever.
Deux versions principales ont circulé relativement à ce qui serait arrivé à saint Thomas dans cette rencontre. L'une et l'autre s'accordent pour le représenter comme étant en retard sur les autres Apôtres quand ils furent appelés près de Marie, de sorte qu'il ne .serait arrivé, par une permission de Dieu, qu'après la moH de la sainte Vierge. Désolé de ne pas avoir assisté aux derniers moments de Marie, L'Apôtre retardataire aurait demandé que l'on ouvrit son tombeau pour vénérer ses restes sacrés, et ce serait alors qu'on aurait reconnu que ce tombeau était vide, et que le corps de la Vierge sans tache avait été rejoindre son âme bienheureuse au céleste séjour ^ Dans cette version, donnée par Métaphraste,
i. Surins, DefprobutU Sanetorum MitoHUy T. IV, p*. 666. Métaphraste ne Domne p»
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il n'est pas question delà ceinture; mais selon la Lêgendêdorée — ou plutôt selon le récit que Jacques de Varazze, dans cette circonstance même, donne comme apocryphe, tout en le citant, - lors de son arrivée, saint Thomas aurait eu des doutes sur la résurrection de la très-sainte Vierge, comme il en avait eu sur celle de son divin Fiis, et il aurait reçu aussitôt, comme venant d'en haut, la ceinture de Marie, pour attester la vérité du fait.
Nous croirions facilement que la première de ces deux versions repose sur des traditions solides, et que la seconde en est un écho altéré, combiné avec certaines idées populaires sur le caractère de saint Thomas. H y a lieu de croire tout au moins que, dès le v« siècle, il se disait que saint Thomas avait été le premier dépositaire d'une précieuse relique réputée la cein- ^ture de la sainte Vierge. C'est bien plutôt^ en effet, au point de vue d'une faveur spéciale que l'heureux Apôtre aurait reçue, qu'il faut envi* sager le rôle qu'on lui attribue dans les représentations dont nous parlons, que pour le montrer sous un jour défavorable. Il faut croire, au contraire, qu'après avoir, en définitive, rendu un si salutaire témoi* gnage à la résurrection de Notre-Seigneur, il avait été bien guéri de ses dispositions à l'incrédulité.
On croit posséder à Prato là ceinture de la sainte Vierge, et cette pieuse croyance ne se sépare pas d'un sentiment tout spécial de vénération pour l'Apôtre privilégié qui en aurait d'abord reçu le dépôt. Les murs de la chapelle où se conserve, dans la cathédrale, la relique dont s'honore la villede Prato, sont tout entiers recouverts depeiitturesd'Angiolo Gaddi. Ces peintures représentent, outre l'histoire de Marie, celle de sa ceinture depuis le don qui en aurait été fait à saint Thomas, jusqu'à son arrivée en Toscane. Un jeune croisé de Prato, par suite de son mariage avec la fille d'un prêtre grec, en serait devenu l'heureux possesseur, t Cet amour d'outre-mer, « mêlé aux aventures chevaleresques d'une croisade, — dit M. Rio ^ cette a relique précieuse donnée pour dota une pauvre fille, la dévotion des « deux époux pour ce gage vénéré de leur bonheur, leur départ clândesa tin, leur navigation prospère avec des dauphins qui leur font cortège à « la surface des eaux, leur arrivée à Prato, et les miracles répétés qui, joints « à une maladie mortelle, arrachèrent enfin au moriboiid une déclaration a publique à la suite de laquelle la ceinture sacrée fut déposée dans la « cathédrale : tout ce mélange de passion romanesque et de piété naïve
saint Thomas, il dit seulement : un des Apôtres ; mais généralement on est d*aceord pour attribuer le fait à saint Ttiomas. (VoirSianda, Vtta delfa Madré di Dio, p. 341 ; Orstni, JKsfoir« de to Mèrt de Dieu^ p. 3S7.) Les MéditaUamt de CaUierine Emmerieh sont eooformes à celte Torsion. Nous ne cherchons pas à maltiplier les témoignages : il nous suflBt d'entrevoir sur quels fondements peut reposer la pratique de Tart.
446 GUlDiî 1» l'art CHRâTIBN.
« était fait pottr«ravivèr, s'il en était besoin, rimagination d'Angalo a Gaddi. Aussi cette fresque est-elle son cheF-d'œuvre. Je signalerai pins c particulièrement le compartiment où il a peint la Mort et le Couronne-* 0 ment de Marie... ^ >
Néanmoins, parmi les souvenirs d'une visite faite dans cette ^lise, ceux que nous a laissés un tableau de Kidollb Ghirlandajo, représentaot directement le don fait à saint Thomas, priment tous les autres par leur douceur. Le môme sujet est représenté parmi les bas-reliefs de la chaire, œuvre de Donatello. Le Don de la ceinture est aussi le sujet spécial d*0D tableau de François Granacci, donné dans YÉtruria pittricœcomme spécimen de ses œuvres. Ce tableau est lui-même conçu dans un sentiment tràs-suave qui lui donne beaucoup d'analogie avec la manière de Ridolfo Ghirlandajo, tandis qu'il u'en a aucune avec celle de Michel-Ange, avec qui Granacci avait des rapports personnels plus intimes. Ce tableau est qji tableau d'autel, où, de chaque côté de saint Thomas et du tombeau ouvert et rempli de fleurs, saint Jean- Baptiste, saint Paul, saint Etienne et saint Laurent figurent comme patrons secondaires, au-dessous des Anges qui accompagnent Marie. Il serait curieux de savoir si l'église ou l'autel auquel il était destiné, se trouvait sous le patronage principal du mystère de * l'Assomption ou de Tapôtre saint Thomas.
Les données sont & peu près les mêmes dans la composition de Laça délia Robbia dont nous publions la partie centrale. Il y a toutefois celte différence, outre que le cortège angélique de Marie est plus nombreux, que les autres Saints dont est accompagné saint Thomas—: saint FrançtHs d'Assise, saint Georges, et une sainte martyre dont on ne distingue pas assez les attributs caractéristiques — sont à genoux, aussi bien que laimême, et prennent part directement, dans un sentiment mystique, à la scène gracieuse qui se passe sous leurs yeux.
On remarquera que, dans tous ces tableaux, saint Thomas est représenté jeune et imberbe. Dans ceux de Ridolfo Ghirlandajo, de Granacci, il a oe caractère de candeur juvénile que Raphaël lui a particulièrement attri* bué dans son Couronnement de la Vierge au Vatican. Gela tient à U fraîcheur d'idées qui respire dans cet épisode.
Dans le bas^relief principal du Tabernacle d'Or &ifi Miehele^ entièrement consacré à la sainte Vierge, et où Marie, enlevée au ciel par les Anges, apparaît au-dessus de la scène où sa mort est représentée, il n'y a plus aucun doute quant à l'importance donnée au rdle de saint Thomas et au don de la ceinture. Mais la pensée principale de la composition n'est pas là. La place qu'ils y tiennent comme accessoire n'en estpeutrêtreque