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Id., xix-xxii

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LA PRBMIÈRE VlblOiN DE L'aPOGALYPSE.

La première vision de l'Apocalypse est représentée dans un tympan du XII* siècle, sur la porte de Téglise de La Lande de Cubzac. Cette sculpture, publiée par M. de Caumont ', pour être grossière, n'est pas moins propre à donner des idées sur la manière de représenter la scène qui doit en ce moment nous occuper. Le tailleur d'images n'a point tenté de suivre à la lettre la description de saint Jean ; le faire absolument sérail impossible. On ne sait même pas comment définir ce glaive aigu des deux cùtés^ ex utraque parte acutui * , qui sortait de la bouche du Fils de l'Homme. Etait-ce une épée àdeui tranchants, ou à deux pointes, avec une poignée au milieu ?•.. Et comment mettre des étoiles dans la main? Le plus généralement, on a supposé le glaive à deux tranchants, et on l'a rais dans la bouche du Sauveur, comme s'il le tenait par le milieu, serré entre les dents : tel dans la verrière de Bourges, tel dans les vignettes de Y Office de la sainte Vierge^ publié par Thielman Kerver; alors le glaive ne sort pas de la bouche, il est tenu dans la bouche. Ce serait le cas de le représenter avec deux pointes, et une poignée qtii serait dans la bouche. On se rapproche davantage du texte, en montrant le glaive comme déjk sorti et lancé hors de la bouche, et alors il ne peut avoir qu*UDe pointe : c'est ce que l'on voit dans la gravure d'une Bible publiée à Hons, en 1713. Mais ce glaive lancé obliquement, et qui est en voie de s'enfoncer dans le sol, — disposition commandée par les exigences de la perspective, ^> ne dit pas mieux, dit plutôt moins bien, ce qu*il doit dire. Nou^ préférons le pn.cédé tout archaïque employé à La Lande de Cubzac. Le glaive s'y voit franchement étalé sur le côté, comme un symbole, à peu de distance delà bouche sacrée, dont il est réputé sorti. Alors tout naturellement, les sept étoiles sont mises en pendant de l'autre côté, et renfermées dans un disque : ce disque porte sur la main, étendue pour le soutenir, mais sans le moindre effort. L'idée est ainsi exprimée tout entière. L'auteur de l'estampe flamande du xvui" siècle ne l'a pas mieux rendue, et il a montré quelle est l'impuissance de l'imitation naturelle en pareille

i. Abécédaire, im,p,Ui, 1 Apoeat., 1, 16.

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matière, quand il a suspeodu sept étoiles île carton; une sur la main du Saaveur, sis autres tout autour. Gependanl admettez que la figure prin-

y»in du Chri*rport)iiil lu sspl éloile*. Hiia du Chriil Bnlourde de* sept itoilet.

(m* lièele *.) (ivii* tiède.)

cipate apparaisse comme au sein des régions célestes, cette disposition ne sera pas mal imaginée. C]est ce qu'il y a de mieux dans la composition. Hais il faudrait que tout y lût d'acco/d pour transporter nos regards dans de sublime» hauteurs. Ici les sept candélabres sont répartis fort gauchement, trois d'un côté, quatre de l'autre; les sept églises sont supprimées comme trop embarrassantes. Saint Jean se voit couché beaucoup trop néftligemmeut, et il est ou trop pi'ësde nous, ou trop près de la vision, pour ne pas nuire à toutes les impressions que l'arliste voudrait produire, d'autant plus qu'il s'annonce trop hautement comme voulant les obtenir.

Dans la sculpture, saint Jean aussi est représenté, et sans aucune préten* tion à la moindre illusion d'optique, simplement pour dire qu'il est là. Il est posé debout tout près du Christ, et, pour plusdecoromodité d'agencement, loin de ranger les sept églises sous ses yeux, on les a rejetées derrière lui, hors de la portée de ses regards. Elles sont représentées sous la forme de sept arcades, surmontées d'autant de coupoles, qui forment comme un seul monument à deux étages, et l'ensemble en est assez agréable à la vue. De l'autre côté, celle même tendance à tourner les symboles de la vision en figures décoratives, est exagérée au point de transformer les candélabres en rinceaux fantastiques.

1. Ou ramirquera que, par inite d'une JnadTcrlince dn deHioilenr tôt boit, tel naioi lonl deTcauet de* niain* gancbs*.

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Oïl nous pardonnera, encore une fois, de nous tant arrêter sur deox monuments d'une exécution aussi médiocre; mais^ mieux qu'aucun autre de ceux que nous pourrions citer, ils offrent un point d'appui à nos observations. En signalant les côtés par oii ils ont bien rencontré et en critiquant ceux où ils sont en déiaut, nous arrivons également à déterminer les conditions d'une bonne pomposition. Qu'une main plus habile, avec, un égal sentiment de la majesté divine, sculpte un Christ qui se dresse, comme à La Landç de Cubzac, sur la porte d'une église; que son saint Jean soit posé de même au milieu de la scène, comme s'il en était acteur, on ne s'occupera pas de savoir comment elle se présentait devant lui et non pas autour de lui ; ou plutôt, si on le voit bien dessiné, et dans uo sentiment d'admiration noblement soutenu, on admettra qu'il n'ait dans ce moment à contempler que la personne même du Sauveur, tout le reste étant rappelé à notre pensée, sans avoir besoin d'occuper actuellement la sienne. On pourra demander avec raison que les candélabres soient plus reconnaissables; mais ce n'est là, après tout, qu'un accessoire, et dans les termes que nous venons de décrire, on réunit tous les éléments d'une œuvre pleinement satisfaisante. Il est plus difficile de réussir dans les conditions de composition pittoresque et d'knitalion naturelle, dont notre estampe nous donne l'idée; cependant, dans cette voie elle-même, il y a manière de bien faire. Maintenant ce n'est plus au ciseau, c'est au pinceau 'd'agir : en combinant les effets de perspective et de lumière, ou peut faire apparaître comme dans le lointain des espaces éthérés, une magnifique figure, qui, dans son éloignement, paraîtra grande encore parce qu'elle ^era réputée immense; elle sera très-apparente par son éclat, étant plus brillante que le soleil. Alors tout naturellement autour de sa main, les étoiles pourront faire l'effet d'une constellation. Les lumières des candélabres en formeront une autre qui l'environnera. Leurs formes et celles des églises pourront rappeler les apparences que l'on aime à retrouver dans les nuages, mais elles seront moins vaporeuses et plus distinctes. Les candélabres et les églises, alternant les uns et les autres, seraient très-convenablement disposés comme une auréole qui renfermerait la figure divine ; un large glaive serait lancé hors de sa bouche, un peu obliquement afin qu'il ne disparaisse pas par un effet de la perspective. On tomberait dans cet inconvénient, si, Notre-Seigneur étant vu absolument de face, cet emblème avait la pointe dirigée sans inclinaison en avant Cette vision remplissantla partie supérieuredu tableau, saint Jean pourrait en occuper le bas, et alors il serait réputé rapproché de nous. Il y aurait là, cependant, toujours unegrande difficulté d'agencement; tourné vers la vision, comment nouslaissera-t*il apercevoir quelque chose de son visageet desimpressionsqui doivent être le modèle des nôtres? Ces difficultés dispa-

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ratlraieot, si on le plaçait de profil sur l'un des côtés du tableau. Mais, dans ce cas, le côté opposé^ s'il restait vide, serait d'un effet désagréable. On peut y suppléer, au moyen de l'Ange envoyé tout d'abord à saint Jean pour être près de lui le ministre des révélations divines ^ Alors on suppo* sera que ces paroles que le saint évangéliste entendit retentir comme le son de la trompette s, viennent d'être prononcées par cet esprit céleste^ qui se tait maintenant pour admirer lui-même le spectacle qui se déroule sous nos yeux. Supprimez saint Jean, vous le pouvez, mais il ne vous sera plus possible, faute d'un acteur posé sur le premier plan, d'en feindre un second qui soit très-Laut et très-éloigné, quoique très-visible : tous les symboles, placés très-près de vous, ne se prêteront plus à aucune illusion d'optique, et il sera bien préférable, dès lors, de s'en tenir franchenaent à des disposions elles-mêmes toutes symboliques.

A ce point de vue, la vignette de Thiehnan Kerver est adroitement composée : Notre-Seigneur étant assis, il a été facile de ranger autour de lui les sept églises, comme si elles ornaient les degrés et les couronnements de son trône; et ce trône devenant comme le retable d'un aut£l, les sept candélabres y prennent place très-convenablement, entre les clochetons des églises, comme au jour d'une illumination solennelle. Les sept étoiles, vu l'exiguïté de l'espace, feraient une assez pauvre figure, sur la main du Christ, et le dessinateur n'a pas été mal inspiré en les faisant disparaître. Il aurait pu leur trouver une place au faite de la composition, mais, dès lors qu'on ne les verrait pas à celle que saint Jean leur assigne, il est assez indifférent de ne pas les voir du tout; et, quant à répée, eu égard aussi aux condition!» d'espace, il n'était pas faci:e de la représenter autrement que tenue dans la bouche. On rappelle le texte de saint Jean, on en exprime la substance, au moyen des emblèmes dont il s'est servi; mais, plus l'on examine la chose de près, plus on voit qu'il serait chimérique de chercher à les rendre rigoureusement dans les termes mêmes où il les décrit.

Ce qui semblerait offrir le moins de difficulté, c'estde représenter la ceinture d'or de Notre-Seigneur; il y en a une -cependant pour donner à cette ceinture l'importance qu'elle mérite, et le sculpteur de La Lande de Cubzac l'a si bien senti, qu'après l'avoir dessinée assez notablement large, non content de lui attribuer deux longs prolongements, qui tombent sur le devant de la tunique, il a voulu qu'on pût y lire encore ces mots : Zona durea. Dans aucune des autres représentations, elle n'est omise, mais elle n'a rien qui puisse attirer l'attention. Le petit fleuron dont elle est surmontée dans la vignette de Thiehnan Kerver, ne sau-

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