Id., VI
mier est aussi uu fléau ? Alors il représenterait la paste, etFarcqu'il porte à la main rappelle t'acilenient les atteintes mortelles d'une contagion qoi trappe ses victimes comme une flèche acérée. Mais la peste nesemblerat-ellepas devoir suivre la guerre et la famine, plutôt que les précéder? Commi^.nt surtout ne pas tenir compte des raisons qui doivent faire reconnaître, dans le premier cavalier, une image du Fils de Dieu? Il faut bien qu'il y ait un moyen de tout arranger; et, pour nous, sans aller jusqu'au fond de la difficulté, nous en aurons suffisamment rencontré le nœud, si nous réussissons à bien déterminer )e caractère qu'il convient de donner à la représentation de ces quatre merveilleux combattants.
Dieu a des ennemis,, et les ennemis de Dieu sont nécessairement les ennemis de tout bien, les ennemis de l'Église. Pour assurer le maintien de la Cité sainte, le règne de Dieu^ le salut et le triomphe des élus, il faut que les ennemis qui s'y opposent soient vaincus, mis dans l'impuissance de nuire; que finalement ils soient détruits. Ces ennemis sont de deux sortes : le péché et l'inclination au péché, d'une part; de l'autre, ceux qui s'incorporent au péché, se font péché, comme dit si énei^iquemeift la sainte Ecriture. Tout ce qui sert à réprimer, à détruire en noas le péché, devient, dans ce sens, un bien, jusqu'à la -mort et l'enfer, qui, par leur crainte salutaire, nous décident à nou^ vaincre nous-raêm»; tout ce qui apporte un frein, un obstacle aux mauvais desseins des hommes livrés aux séductions du mal, jusqu'à et y compris la mort et l'enfer, qui leur ôtent tout pouvoir de mal faire, qui les réduisent à l'étatqui leur est dû, tout cela se change en bien. Ce qui' était mal, comme suite du péché, entre les mains de Dieu se change en bien, comme remède au péché.
Le péché, c'est-à-dire tout ce qui est volontairement contraire à l'ordre établi et voulu de Dieu, met Dieu dans la nécessité de combattre pour le vaincre et le détruire, et les fléaux deviennent entre ses mains des instruments de combat et, par conséquent, de victoire. Il ne tient qu'à nous, à chacun de nous, que le résultat final se tourne en notre faveur, il ne tient qu'à nous que la guerre, la famine, la mort même combattent pour nous. Loin qu'elles nous soient cruelles, nous pouvons les regarder comme les soldats de l'armée qui nous défend. C'est alors que Jésus- Christ sera leur chef. Et cependant, entre les mains de Satan et en ellesmêmes, elles sont des puissances du mal : tout dépend du côté où on les regarde.
Ali ! vous vous dites l'humanité, et vous dites l'humanité maîtresse du monde I Forts des dons de Dieu, vous vous croyez forts contre Dieu. A votre point de vue, en effet, la méprise est facile : le Fils de Dieu, en s'incarnant, a pris de Tbomme tout ce que vous estimez dénûment et faiblesse; et rhumaiiilé, qu'il a reconstruite d'après son propre modèle.
DK l'apocalypse. 473
puise toute sa force dans ces conditions mêmes de faiblesse apparente. Vous vous estimez forts, parce que vous avez la santë, parce que vous avez rintelligence, parce que vous connaissez quel(|ues-unesdeslois de la nature et que vous savez les appliquer, parce que vous avez l'abondance et le nombre. Attendez! Dieu lance ses terribles coursiers! Quel est celui de vous qui pourra résister?
Le premier cavalier représente celui-là même qui est le maître, et qui dirige, dans l'intérêt de son règne souverainement désirable, ces agents de destruction qu'apportent dans le monde la révolte des Anges et les passions des hommes; mais il le représente à certains égards seulement, et il peut représenter autre chose. On ne lui attribue donc pas, en propre, les traits mêmes de notre divin Sauveur ; nous ne nous souvenons pas qu'on l'ait jamais fait; mais il convient de l'imaginer comme un noble et vaillant guerrier. On.se souviendra qu'il triomphe par la persuasion, bien plus volontiers qu'il ne terrasse ses ennemis ; que ses flèches viennent percer les flmes pour les faire mourir à elles-mêmes, pour les faire vivre en lui et régner avec lul^ avant d'atteindre les corps pour les en séparer; et que, toujours généreux pour les vaincus qui se rendent, il n'a de coups impitoyables que pour les obstinés dans le mal. Mais, d'une manière ou d'une autre, il faut qu'il l'emporte, et sa course est irrésistible.
Les autres cavaliers doivent participer de son caractère, puisqu'ils lui sont associés et qu'ils sont à ses ordres. Ils se rapprocheront de lui, cependant, par degrés : la guerre aura quelque chose de plus noble que la famine, et l'on sentira, en voyant la mort venir la dernière^ que c'est un remède extrême^ que, par rapport au vainqueur des âmes, à bien des égards, elle est son contraire. M. Didron a rapproché, dans les Annales arehéologiques ^ , trois remarquables représentations des cavaliers de l'Apocalypse : la plus ancienne est d'Albert Durer : c'est une gravure sur bois de 1498-, la seconde a élé sculptée à faible relief sur le tombeau de Jean de Langbeac, évéque de Limoges, mort en i54d, et se voit dans la cathédrale de cette ville; la troisième est de Cornélius. La moindre des trois, quant au mérite de la composition, est celle d'Albert Durer; elle manque d'élan. Nous préférons celle du sculpteur de Limoges à celle du peintre allemand, parce que, quoique moins rapide, la course des quatre chevaux nous parait, par son ensemble, d'un effet plus irrésistible. Il vaut mieux cependant que le premier cavalier, celui qui doit porter la couronne et qui est le chef, lance ses flèches en avant avec une portée indéterminée, comme l'ont représenté Albert Durer etCornclius,